PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS

Affaire Landsbanki

2.500 pages qui fâchent



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L'avocat luxembourgeois du collectif des victimes, Benjamin Bodig, estime qu'on empêche les victimes d'organiser leur défense. (Photo: David Laudent / archives)

Benjamin Bodig, l’avocat luxembourgeois du collectif des victimes de la banque Landsbanki a claqué la porte du tribunal de commerce le 4 novembre, alors qu’il devait plaider le retrait d’Yvette Hamilius de la liquidation.

La partie n’est pas gagnée pour le collectif des victimes de la banque Landsbanki, qui tente de secouer le cocotier de la justice luxembourgeoise pour que l’enquête sur les défaillances de la banque et du système mis en place pour commercialiser des produits toxiques à des retraités, fasse des progrès et détermine les responsabilités, y compris celles de la liquidatrice Yvette Hamilius.

Ce n’est pas sur le volet pénal cette fois que les deux camps, collectif d’un côté, liquidatrice de la banque de l’autre, se sont affrontés à une nouvelle reprise, mais devant la chambre du conseil du tribunal de commerce, donc à huis clos.

Les avocats du collectif avaient adressé le 7 octobre une lettre aux juges en exigeant le retrait de la liquidatrice actuelle, Me Yvette Hamilius, qu’ils accusent de parti pris contre eux. Il est vrai que dans un entretien au Wort, l’avocate avait fait la démonstration qu’elle préférait les victimes islandaises de la banque à celles ayant souscrit des prêts toxiques en hypothéquant leurs maisons et qu’elle compare volontiers à des retraités désoeuvrés qui sirotent leur rosé de Provence sous la pergola de leurs villas.  

Dans la même interview, Me Hamilius répétait qu’elle n’avait pas décelé au Luxembourg le moindre indice de fraude dans la manière dont les prêts toxiques de type «equity release» avaient été vendus par les commerciaux de Landsbanki, alors que la banque, en manque de liquidités, était déjà aux abois.

Le bâtonnier en défense de la liquidatrice

La lettre signée des quatre avocats européens (outre Benjamin Bodig, Bernard Maingain, Juan Espejo et Maxence Laugier) du collectif avait été écrite quelques semaines après un arrêt de la chambre du conseil de la Cour d’appel exigeant que le juge d’instruction luxembourgeois ouvre une enquête pour association de malfaiteurs, faux bilan et blanchiment (visant aussi la liquidatrice pour réaliser des actifs suspects de la banque). Dans l’intervalle, le juge a choisi de ne retenir que l’infraction de blanchiment, rejetant les deux premières, décision contre laquelle le collectif a fait appel. Une décision est encore attendue.

Faisant suite à la lettre du 7 octobre, Me Bodig reçut fin octobre une convocation pour être entendu le 4 novembre dernier en chambre du conseil, selon un communiqué de presse du collectif des victimes. La liquidatrice était défendue par deux avocats, dont le bâtonnier Me Rosario Grasso. «Deux avocats intervenaient pour Me Hamilius et communiquaient plus de 2.500 pages de dossiers à quelques heures de l’audience. L’un d’eux est bâtonnier», précise le communiqué.

Voulant prendre le temps de lire dette volumineuse documentation, Me Bodig a alors sollicité une remise de l’audience «par respect du contradictoire», selon les termes du communiqué. Les avocats de Me Hamilius s’y sont opposés tout comme le tribunal un peu plus tôt. «Pratiquement, on empêchait les victimes d’organiser leur défense», souligne le collectif.

«Semblant de débat contradictoire»

Furieux, l’avocat luxembourgeois a déposé une note pour rappeler les principes fondamentaux de respect des droits de la défense, du caractère contradictoire de la procédure et du droit à un procès équitable, avant de se retirer de la salle d’audience «pour ne pas cautionner un semblant de débat contradictoire, sans même de débat public».

Le collectif se dit «choqué» et rebondit sur le dossier «LuxLeaks» dans lequel il voit «des pratiques de collusion entre des opérateurs économiques privés, des consultants grassement rémunérés et des conseils juridiques s’adonnant à des montages douteux». Il profite aussi de l’énorme pression de la communauté internationale pesant sur le Luxembourg pour réclamer l’institution d’une commission d’enquête au sein du Parlement européen sur l’affaire Landsbanki. Une lettre des quatre avocats des victimes avait d’ailleurs été adressée dans ce sens à la Commission européenne en août dernier.