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150 ans de Dexia BIL: «Global par vocation et luxembourgeois par tradition»



Marc Hoffmann, président du comité de direction de Dexia BIL, revient sur les 150 ans d'histoire de la banque, vécues en osmose avec le développement économique du pays.

Le 8 mars dernier, Dexia BIL a officiellement, fêté ses 150 ans d'existence. Une date anniversaire que la banque a souhaité associer étroitement avec l'histoire du pays, au travers, notamment, d'une grande exposition itinérante (une trentaine de villes et villages figurent sur sa feuille de route), élaborée dans un camion et traitant, de manière pédagogique, différents aspects de cette histoire, de l'agriculture à l'industrie et les transports à travers les âges, en passant par la viticulture, le commerce, la famille, la finance ou encore la mode et les sports.

Entre le pays et "sa" BIL, c'est probablement bien plus qu'une simple histoire d'amour dont il s'agit. Et même si aujourd'hui, la Banque Internationale à Luxembourg s'est fondue dans le moule du groupe franco-belge Dexia, elle n'en a pas pour autant perdu son identité ni sa reconnaissance nationale.

"Le changement de nom, de BIL en Dexia BIL n'a pas vraiment été un événement traumatisant pour nous, quel que soit le point de vue où l'on se place, explique Marc Hoffmann, président du comité de direction de Dexia BIL. Quand nous nous sommes retrouvés devant cette décision, nous nous imaginions une montagne. Une fois fait, cela s'est finalement avéré un non event".

Aujourd'hui, la grande majorité des gens continue d'évoquer la BIL et certains, parmi les plus anciens, parlent même encore de l'InterBank, en référence à sa première appellation germanique. "Cela montre clairement l'attachement des Luxembourgeois à une institution qui les a accompagnés en permanence", note M. Hoffmann.
Entré au sein de la BIL en 1995, après un parcours de onze années qui l'a mené de Bruxelles à Paris, en passant par New-York et Londres, Marc Hoffmann commença sa carrière "luxembourgeoise" en tant que senior vice president, conseiller du comité de direction, responsable des marchés financiers, à une époque où la salle des marchés de la BIL était en pleine réorganisation.

Un an plus tard, il devint membre à part entière du comité de direction, en charge des activités de banque privée, banque financière, banque institutionnelle et BIL Fund Services. En 1999, il fut désigné vice-président du comité de direction puis succéda, en octobre 2001, à André Roelants aux fonctions de président, âgé alors, seulement, de 43 ans. Il intégra, dans le même temps, le comité exécutif du groupe Dexia.

C'est donc à un dirigeant "nouvelle vague" que revient l'honneur de présider aux destinées de cette "vieille dame", au moment de souffler ses 150 bougies.

Monsieur Hoffmann, que vous inspire ce chiffre de 150 ans?

"150 ans c'est long! C'est assez extraordinaire et on ne trouve guère de sociétés ayant cette longévité. En ce qui nous concerne plus spécifiquement, il est remarquable de constater à quel point la BIL a accompagné le développement du pays, qui n'est finalement pas beaucoup plus âgé qu'elle, puisque nous avons 17 années d'écart.

Parler de l'histoire de la BIL, c'est donc parler de l'histoire du pays. Nous avons connu des moments forts, d'autres plus difficiles, mais nous avons toujours su nous développer au diapason du pays. Nous sommes un peu consanguins, en quelque sorte...

La BIL a, certes, 150 ans d'âge, mais n'est pas vieille pour autant.

Dans nos colonnes, il y a trois mois, Jean-Claude Finck, le directeur général de la BCEE, qui fête également ses 150 ans d'existence cette année, évoquait la recherche d'équilibre entre tradition et modernité. Ce souci est-il également le vôtre?

"Je pense qu'il s'agit là d'un sujet qui nous concerne un peu moins, car la notion de modernité, nous ne l'avons jamais remise en question. Nous avons toujours été précurseurs dans beaucoup de domaines et toujours pris des initiatives stratégiques qui, pour d'autres, peuvent paraître plus pointues encore. La modernité a toujours fait partie de notre dynamique au quotidien. Nous avons toujours cherché à innover, à nous améliorer, pour être leaders dans les domaines dans lesquels nous sommes actifs.

Cet état de fait remonte aussi à notre vocation première. La BIL a été, dès sa fondation, internationale, car ses précurseurs avaient tout de suite imaginé que la banque ne pourrait trouver son développement qu'au-delà des frontières nationales.

Sans compter que le privilège de frapper monnaie qui a été le nôtre jusqu'à l'introduction de l'euro, nous a donné une spécificité qui nous a toujours distingué de tous nous concurrents...

Comment se positionne aujourd'hui Dexia BIL dans le marché national et international?

"Nous sommes extrêmement bien positionnés par rapport à un ensemble de métiers particulièrement porteurs. Dans l'administration de fonds, nous sommes aujourd'hui le 9e acteur mondial, suite au rapprochement que nous avons concrétisé avec Royal Bank of Canada. Au niveau de la gestion d'actifs, Dexia BIL est l'actionnaire majoritaire de Dexia Asset Management, qui affiche avec 100 milliards d'euros d'actifs sous gestion et qui est le précurseur en matière de gestion éthique, avec une part de marché d'environ 10% en Europe.

Pour ce qui est de la banque privée, nous restons un des acteurs essentiels de la place du Luxembourg, avec un fonds de commerce local très important, complété par un réseau en dehors du pays, notamment via la Suisse.

Dans le domaine de la banque retail, nous disposons, dans le pays, d'un réseau de quelque 40 agences. Cela représente pour nous un marché très important, la véritable épine dorsale de la banque. Nous sommes à peu près contents de la position que nous occupons dans ce domaine, mais avec la volonté d'innover en permanence. Nous sommes sans cesse en train d'améliorer l'existant. Nous refaisons, par exemple, l'ensemble de nos agences sur le même modèle que celui de l'agence Indépendance.

Nous avons également un autre grand chantier en cours, avec le regroupement, au sein d'une même agence, place de Paris, de nos deux agences du quartier gare.

Nous revisitons en permanence notre présence au Luxembourg et nous l'adaptons à la nouvelle donne démographique du pays. Nous ouvrons aussi une nouvelle agence à Junglinster, qui est devenu un pôle important de développement...

Dans un contexte d'internationalisation des échanges et des réseaux, que représente aujourd'hui la notion d'ancrage luxembourgeois pour une banque telle que la vôtre?

"Nous sommes un acteur global par vocation et luxembourgeois par tradition. Nous avons notre spécificité, notre culture, notre dynamique, qui apportent beaucoup au groupe Dexia. Il est vrai que nous sommes, aujourd'hui, dans un monde différent et on ne peut y faire obstacle. Ce serait s'opposer au trend normal de notre époque. Il faut donc bien l'accompagner, tout en essayant de préserver le meilleur de la tradition locale.

En quoi consiste, selon vous, ce meilleur?

"Nous savons que nous avons un marché local relativement limité, ce qui nous pousse à être particulièrement innovants et ouverts sur les marchés internationaux. Cela n'est pas forcément le cas de plus grandes banques actives sur de plus grands marchés domestiques. Il faut savoir que nous réalisons près d'un quart de notre résultat sur le marché luxembourgeois. Cela nous oblige forcément à une forte discipline pour trouver les revenus au dehors...

Pas question, donc, de revendiquer plus que de raison, votre spécificité luxembourgeoise...

"C'est quelque chose qui doit être compris, mais qui ne doit pas être détruit. Nous affichons une culture propre et ouverte, à l'image du pays. Plus de la moitié de notre staff n'est plus luxembourgeois. Nous sommes capables d'attirer pas mal de talents et de générer ce type de développement très ouvert. C'est cet atout qu'il faut privilégier...

Être luxembourgeois ne veut pas dire qu'il faut protéger ce 'luxembourgeoisisme' par des exclusivités particulières...

Cela ne vous empêche pas de revendiquer votre action en tant qu'entreprise citoyenne. Est-ce un critère essentiel à vos yeux?

"Nous avons toujours accompagné le développement du pays à différents stades. Nous avons, ainsi, été un des grands financiers de la sidérurgie et nous avons fourni un capital de départ important pour bon nombre d'entreprises. Nos derniers investissements importants en sont la preuve: en décidant de nous implanter à Esch-sur-Alzette, nous contribuons clairement à la reconversion et à la redynamisation du sud du pays. Nous y avons engagé un premier développement à hauteur de 150 millions d'euros puis, dans la foulée, initié une seconde phase, alors qu'il n'y avait, sur place, qu'un grand terrain vague.

Ces prises de participation ont-elles encore le même sens aujourd'hui? Avez-vous encore une stratégie particulière en la matière?

"Il est vrai que si, à l'époque, un tel engagement était naturel, il ne constitue plus tellement le rôle de la BIL aujourd'hui. Nous ne sommes plus actionnaires que d'un nombre très limité d'entreprises. Il va de soi que nous serons toujours partants pour des initiatives pour lesquelles il serait susceptible d'avoir des retombées directes sur le développement de nos affaires, mais nous ne sommes pas pour autant des venture capitalists...

Cela dit, même si ces participations ne sont pas essentielles pour nous, elles ne sont nullement remises en question. Nous n'avons aucunement une stratégie de désinvestissement... C'est, pour nous, un degré de civilité de les avoir.

L'implantation à Esch-Belval dont vous parliez, constitue-t-elle un tournant majeur dans l'histoire de Dexia BIL?

"On ne peut pas vraiment parler d'événement majeur. Notre vocation n'est pas de remplir les immeubles. Il s'agit là d'un outil de travail, mais que l'on espère être le meilleur possible... Le siège social de Dexia BIL restera dans l'Immeuble l'Indépendance à Luxembourg. C'est la nouvelle entité RBC Dexia Investor Services qui s'implantera à Esch, dans le courant du dernier trimestre de cette année. Le site sera suffisamment grand et flexible pour s'accommoder du développement futur de la société dans les années à venir.

Comment s'est concrétisée cette décision d'établir ce nouveau complexe administratif à Esch?

"Ce fut le fruit de longues discussions et d'intenses réflexions. Nous avons fait le choix d'être les premiers à parier sur le développement d'un tel site. Au début, nous étions vraiment seuls, au milieu des friches et des champs. Ce choix n'a été possible que dans la mesure où nous avions engagement à long terme par rapport au pays et à notre développement dans celui-ci...

Est-ce aussi une façon, pour vous, d'illustrer de manière concrète le concept de développement durable?

"Cette notion de présence ou développement durable est en effet très importante pour nous, tout en restant assez modeste quant au concept. Être socialement responsable, ça peut sembler un peu fourre-tout au départ, car il y a beaucoup d'aspect en jeu, notamment l'écologique ou le social. Nous essayons donc d'être sensibles à cela, et ce, à tous les niveaux. 

Nous avons, sur ce sujet, l'adhésion complète du personnel qui a bien réalisé qu'il ne s'agissait pas, en la matière, de vains mots. En 2002, nous avons traversé un moment difficile après la chute des marchés boursiers, mais nous avons vécu cette situation sans réelle crise de personnel, car nous avions su mettre en place des mesures alternatives. Le fait d'être socialement responsable est reconnu et tout le monde y adhère facilement.

Nous revendiquons le fait d'avoir des engagements forts sur certains points, notamment dans le rôle des femmes au sein de la banque, ce qui est fort apprécié... Cela se traduit, par exemple, par notre initiative de lancer le Woman Business Manager of the Year Award.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur le développement de la banque depuis son intégration dans le giron du groupe Dexia?

"Je pense que tout s'est très bien passé jusqu'à présent, mais tout reste à voir ce que le futur va nous amener. La place de la BIL dans le groupe dépendra évidemment du développement de Dexia. Or, dans le contexte actuel de consolidation bancaire, nous avons du mal à dire ce que sera le groupe dans cinq ou dans dix ans. Nous avons donc du mal à imaginer où se trouvera la BIL dans le même temps. Cela dit, nos bases sont plutôt bonnes. Nous sommes leaders dans un certain nombre de métiers au sein du groupe, et ce sont des métiers d'avenir. Je suis persuadé que nous aurons toujours place importante à jouer...

Cela veut-il dire que vous naviguez un peu à vue?

"Non, je pense tout de même que nous dominons assez bien notre avenir proche, même s'il est certain qu'il y a de multiples ouvertures possibles. Cela n'est pas forcément gênant. Nous avons une base de plan stratégique de développement. Il viendra ensuite s'y greffer des éléments qui nous sont encore inconnus et qui pourraient le modifier substantiellement.

Vous êtes témoins, depuis de nombreuses années, du développement de la place financière luxembourgeoise. Comment le jugez-vous?

"Il faut bien considérer que plusieurs métiers différents cohabitent, avec des orientations différentes pour chacun. Le métier le plus porteur est certainement celui de l'administration de fonds. Le Luxembourg y est évidemment très bien placé et même si ce sont encore les acteurs nord-américains qui dominent la scène, le marché européen, même s'il est encore peu consolidé, est un acteur crédible par sa taille, sa couverture géographique et sa profondeur en termes de produits offerts. Nous sommes clairement bien positionnés pour l'avenir.

Au niveau de la gestion d'actifs, nous nous sommes spécialisés dans quelques niches particulières, comme les placements éthiques par exemple et je pense que l'avenir nous donnera raison.

Quant à la banque privée, nous notons une certaine accalmie après la période d'incertitude qui a entouré le maintien du secret bancaire, avec une innovation en matière de fiscalité. Nous avons donc des conditions de départ pour le futur qui sont plutôt bonnes.

La problématique du secret bancaire semble être assez éloignée, aujourd'hui, des préoccupations de chacun. Ressentez-vous la même chose?

"Nous avons en effet l'impression que tout s'est un peu calmé. C'est devenu, aujourd'hui, un 'non-sujet'. Mais il ne faut pas se leurrer: il y a certaines échéances et l'accalmie relative du moment ne veut pas dire que pour autant que le problème a disparu. Dans un métier en particulier, oui, il s'agit là d'un vrai sujet. Comment cela va-t-il resurgir et avec quelle force? Là est toute la question.

Au-delà de cette question, comment voyez-vous l'évolution à venir de la place financière?

"La consolidation bancaire va continuer, mais jusqu'où va-t-elle aller? Cela aura de toute façon des répercussions pour le Luxembourg. Sa capacité à garder la tête en dehors de l'eau dépendra de sa capacité à innover et à toujours générer d'autres avantages compétitifs par rapport à d'autres alternatives de localisation. Aussi longtemps que le Luxembourg offrira un cadre attractif aux grands groupes bancaires, ceux-ci n'hésiteront pas à venir ici.

Cette différenciation se fera-t-elle davantage au niveau de la qualité des services, plutôt que celle des produits qui ont tendance à de plus en plus se ressembler?

"Cela dépend de ce que l'on fait. Dans un marché institutionnel et professionnel comme l'administration de fonds, c'est effectivement la qualité du service qui prime. Mais en banque privée, la qualité des produits et des performances offerts aux clients continuera à primer au-delà des éléments plus intangibles de services...

Y a-t-il encore de la place pour l'innovation?

"Oui, on arrive toujours à innover. Il s'agit même d'un grand défi que d'être capables d'innover en permanence, de se remettre sans cesse en cause, de lancer de nouveaux services et agir de manière différente des autres. C'est une condition indispensable à un bon développement. Je peux vous dire qu'il y a pas mal de choses qui sont en préparation.

Hormis celui en cours à Esch-Belval, quels sont les autres grands chantiers qui vous attendent dans les prochains mois?

"L'autre grand sujet qui nous préoccupe actuellement a débuté le 1er janvier dernier avec l'intégration de la Royal Bank of Canada. Nous avons ainsi extrait de la BIL un département très lourd, avec un millier de personnes, que nous avons d'abord logés dans une société à part, avec un statut bancaire, avant de créer une réelle nouvelle entité. La priorité est donc pour nous de bien gérer et bien digérer cette grosse opération...

Cela prendra du temps avant que tout soit finalisé, même si les choses les plus urgentes seront bouclées dans le courant de cette année. Mais culturellement, pour que le groupe ait sa propre identité, cela prendra un peu plus de temps sans doute".