POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

La stratégie de sortie de crise

«Ne pas négliger les effets secondaires du confinement»



«Je comprends que cela doit se faire par étapes, avec des règles sanitaires très strictes, mais il serait logique qu’après l’ouverture de certains magasins, d’autres puissent ouvrir sous peu», estime Luc Frieden. (Photo: Romain Gamba/Archives Maison Moderne)

«Je comprends que cela doit se faire par étapes, avec des règles sanitaires très strictes, mais il serait logique qu’après l’ouverture de certains magasins, d’autres puissent ouvrir sous peu», estime Luc Frieden. (Photo: Romain Gamba/Archives Maison Moderne)

Luc Frieden représente la voix des entreprises dans le groupe de personnalités que le gouvernement va consulter dans le cadre de la sortie du confinement. Le président de la Chambre de commerce plaide pour une réouverture des commerces de façon encadrée dans le courant du mois de mai.

Tout comme pour la composition du programme de stabilisation de l’économie qui avait été bouclé en concertation avec le patronat, les prochaines phases du «déconfinement»,  qui débute lundi 20 avril avec la reprise des chantiers, seront menées en concertation avec un «groupe ad hoc», comme l’a qualifié mercredi le gouvernement en présentant sa stratégie .

Son rôle: «Accompagner les mesures décidées dans le cadre de la lutte contre le virus et évaluer de manière régulière les effets secondaires de ces mesures et du confinement.»

«C’est une initiative intéressante, car la composition du groupe est très diversifiée», déclare  Luc Frieden . Le président de la Chambre de commerce fait partie de celles et ceux que le Premier ministre a appelés pour, en l’occurrence, représenter la voix économique. À noter que ce groupe ne s’est pas encore réuni et n’a donc pas pesé sur les décisions présentées mercredi.

L’absence de l’école pendant un certain temps doit aussi être discutée quant à son impact.
Luc Frieden

Luc Frieden,  président,  Chambre de commerce

«Il ne faut pas négliger l’ensemble des effets secondaires, l’impact humain et économique, de ce confinement et des mesures qui ont été décidées», ajoute Luc Frieden, qui voit dans la sollicitation du gouvernement une démarche en ligne avec l’idée d’unité nationale pour laquelle il avait déjà plaidé sur Paperjam . «Cette unité nationale implique également que les secteurs public et privé puissent se concerter étroitement pour préparer la suite dès à présent», ajoute-t-il.

Jeudi, le ministre de l’Éducation nationale, Claude Meisch (DP), a détaillé  le calendrier du retour – progressif – à l’école pour les 150.000 élèves concernés . Là aussi, l’impact du confinement sera à suivre avec attention.

«Il ne faut pas sous-estimer cette dimension de la formation des jeunes, qui me tient à cœur à titre personnel, car c’est tout de même l’avenir de notre pays. L’absence de l’école pendant un certain temps doit aussi être discutée quant à son impact», estime Luc Frieden.

Dans l’attente pour les commerces

Alors que les premiers secteurs rouvriront lundi, le président de la Chambre de commerce «attend avec impatience», «au cours du mois de mai», que les commerces puissent rouvrir dans la prochaine phase du déconfinement.

«Je comprends que cela doit se faire par étapes, avec des règles sanitaires très strictes, mais il serait logique qu’après l’ouverture de certains magasins, d’autres puissent ouvrir sous peu.»

L’expérience sur le terrain dès le début de la semaine prochaine dans les magasins de bricolage devrait s’avérer utile pour ajuster le calendrier et redonner sa liberté au commerce.

Je comprends parfaitement la situation difficile dans laquelle se trouvent beaucoup d’indépendants.
Luc Frieden

Luc Frieden,  président,  Chambre de commerce

Luc Frieden a naturellement suivi la polémique qui enfle entre le ministre du Travail et les indépendants, qui voient dans la prise de position  de Dan Kersch  (LSAP) tantôt une provocation, tantôt une vision passéiste de la société, tantôt une profonde méconnaissance des réalités.

«Je comprends parfaitement la situation difficile dans laquelle se trouvent beaucoup d’indépendants, étant indépendant moi-même», note Luc Frieden, avocat par ailleurs chez Elvinger Hoss Prussen. «Beaucoup d’indépendants ne peuvent pas bénéficier des différentes mesures d’aide de l’État et n’enregistrent aucune activité pour l’instant. Il faut dès lors dépasser la polémique et regarder les cas concrets. Les indépendants jouent un rôle important pour l’économie du pays. Je crois qu’il faut qu’on vienne en aide à ces personnes, et je partage notamment l’analyse de la CLC qui a été communiquée hier.»

Mercredi soir, la CLC, la Fédération des artisans et l’Horesca, par la plume de leurs présidents, publiaient une lettre ouverte au ministre du Travail non pas pour demander des excuses, mais «des actes», «des actes politiques, des actes soulignant que le gouvernement dont vous faites partie a pris la mesure du désespoir et de la situation difficile des indépendants et commence enfin à les traiter comme des citoyens et non comme des parias».

Dépasser les polémiques s’avérera nécessaire compte tenu de l’impact économique de la crise du coronavirus. «Je crois que l’impact économique sera fort en 2020 et 2021 et en même temps, si on prend un certain nombre de mesures, on peut amortir le choc, mais choc il y aura. Car l’économie mondiale a été touchée», conclut l’ancien ministre des Finances.

Outre Luc Frieden, le groupe ad hoc que le gouvernement a formé est composé de:

Nora Back , présidente de la Chambre des salariés;

Alexa Ballmann , présidente du JHL (Jonk Handwierk);

Erny Gillen , expert en éthique;

- Claudia Monti, médiateur (Ombudsman);

- Gilbert Pregno, psychologue et président de la Commission consultative des droits de l’Homme;

- René Schlechter, président de l’Ombuds-Comité pour les droits de l’enfant (ORK).