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Pandémie

Le monitoring de l’épidémie se transforme avec Omicron



Un monitoring très étroit des hospitalisations est toujours plus que nécessaire avec le variant Omicron, de même qu’un suivi des isolements par secteur professionnel afin d’assurer le bon fonctionnement de la société. (Photo: Nader Ghavami/Maison Moderne)

Un monitoring très étroit des hospitalisations est toujours plus que nécessaire avec le variant Omicron, de même qu’un suivi des isolements par secteur professionnel afin d’assurer le bon fonctionnement de la société. (Photo: Nader Ghavami/Maison Moderne)

Avec Omicron, les infections explosent, mais pas les hospitalisations, ce qui impacte le suivi de l’épidémie. Un monitoring très étroit des hospitalisations est nécessaire, ainsi qu’un suivi du nombre d’isolements par secteur professionnel, afin d’assurer le bon fonctionnement de la société.

Le variant Omicron remplace les variants précédents «à une vitesse sans précédent» en Europe (de 15,3% des cas à la mi-décembre, il représentait déjà 67,1% des cas fin décembre) et l’Europe connaît depuis son arrivée une explosion du nombre de cas de Covid-19. Mais «les taux d’hospitalisation et de décès n’augmentent pas proportionnellement», constate le Laboratoire national de santé (LNS) dans un rapport publié mercredi 19 janvier.

Cette évolution de la pandémie de Covid-19 n’est pas sans conséquence sur le suivi de celle-ci par les experts du ministère de la Santé. Depuis le début de la pandémie, cinq indicateurs-clés sont scrutés en particulier: le nombre de cas déclarés, les hospitalisations en soins normaux, celles en soins intensifs ainsi que les décès et la présence du virus dans les eaux usées.

Monitoring étroit des hospitalisations

«Au début de la pandémie, ces cinq indicateurs étaient en phase: plus de cas de Covid impliquaient plus d’hospitalisations, puis plus de personnes en soins intensifs et finalement plus de décès», explique Joël Mossong, épidémiologue au ministère de la Santé. «Il existait ainsi une certaine probabilité de passer des cas vers les hospitalisations, et ainsi de suite.»

Mais, depuis l’arrivée du variant Omicron, la situation a changé: «Nous observons un découplage entre ces différents indicateurs», constate-t-il. «Avec l’augmentation du nombre de cas, nous nous attendions à une hausse des hospitalisations puis des soins intensifs. Mais nous ne voyons pas cela.»

L’observation des indicateurs de l’épidémie se focalise par conséquent moins sur le nombre de cas, et davantage sur les hospitalisations. «Nous suivons les hospitalisations et les soins intensifs au jour le jour, avec un monitoring qui s’effectue de manière très étroite», indique Joël Mossong.

Âge et statut vaccinal

Si l’âge des personnes infectées a toujours été un critère important depuis le début de la pandémie, le statut vaccinal de celles-ci est désormais aussi scruté. «Un nouveau critère que nous observons est le nombre de personnes âgées de 50 ans et plus qui ne sont pas vaccinées», explique Joël Mossong. «S’il y a beaucoup de cas dans cette catégorie de personnes, cela peut engendrer des formes graves et donc des hospitalisations en soins intensifs. Cela devient un petit peu compliqué pour l’observation. Mais, pour l’instant, ces indicateurs ne vont pas dans un sens qui pourrait avoir un grand impact sur les soins de santé.»

Un autre indicateur suivi de près désormais est celui du nombre de cas d’isolement ou de quarantaine par secteur professionnel et par tranche d’âge, afin de déterminer l’impact sur le fonctionnement de la société et sur l’économie, alors que le nombre d’infections par jour n’a jamais été aussi élevé . «Un des grands problèmes est qu’il y a trop de personnes soit malades, soit en isolement, ce qui peut alors avoir un impact sur le bon fonctionnement de la société», explique Joël Mossong.

Équilibre à trouver

«Cela permet ainsi de savoir si les mesures que nous prenons actuellement avec les isolements et les quarantaines n’ont pas trop d’impact sur certains secteurs, surtout en ce moment, alors que nous risquons d’avoir de nombreux cas dans les semaines à venir», ajoute -t-il. Un des secteurs qui pose, à l’heure actuelle, le plus de problèmes en matière d’absences dues au Covid-19 est, par exemple, celui des crèches, où le taux de vaccination boostée du personnel est moins élevé et où le taux d’incidence continue à augmenter.

De manière générale, il s’agit de trouver un équilibre afin que les mesures permettent de garder un certain contrôle sur l’épidémie, mais ne deviennent pas contre-productives.

Il faut en tout cas s’adapter en permanence dans le suivi et le contrôle d’une épidémie dont les conditions sont en constante modification. «Ce qui a été vrai il y a quatre mois ne l’est plus actuellement, parce que les variants changent, le profil immunitaire de la population aussi, donc cela reste malheureusement un pilotage à vue», constate Joël Mossong.