POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Luxembourg Recovery

Mon idée: «Instaurer un devoir de vigilance»



Michael Feit, responsable Coopération internationale chez Caritas. (Photo: Maison Moderne / Archives)

Michael Feit, responsable Coopération internationale chez Caritas. (Photo: Maison Moderne / Archives)

Dans le cadre de notre opération «Luxembourg Recovery: 50 idées pour reconstruire», partagez une idée concrète, une expérience ou une mesure à mettre en œuvre pour faciliter le rebond de l’économie luxembourgeoise. Aujourd’hui, Michael Feit (Caritas) propose l’instauration d’un devoir de vigilance au service des droits humains et de l’environnement.

Le pitch: Le coronavirus et le fonctionnement de notre économie ont une chose en commun: ils exposent les employés dans les pays pauvres à une situation de précarité. Un devoir de vigilance contraignant pourrait constituer un garde-fou législatif pour garantir une vie digne à tous les employés dans les chaînes de valeur mondiales.

L’idée: La crise actuelle met en évidence les fragilités dans la manière dont notre économie mondiale est organisée, avec des chaînes de production très éclatées et très complexes, y compris dans les secteurs de l’alimentation et de la santé. Cette segmentation de la production a permis aux entreprises de recruter des travailleurs dans des pays dans lesquels les salaires sont bas et les droits syndicaux méprisés, et de polluer là où les normes environnementales sont les moins exigeantes.

Sachant que 450 millions de personnes travaillent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et que celles-ci représentent 80% du commerce international, le constat est lourd: 320 millions d’employés dans le monde gagnent moins de 1,25USD par jour; chaque jour, 6.300 personnes meurent d’un accident de travail ou d’une maladie liée au travail, soit plus de 2,3 millions de morts par an; dans 70% des pays du monde, les salariés ne bénéficient pas du droit de grève et plus de 25 millions de personnes sont victimes de travail forcé. Outre l’externalisation des coûts environnementaux et sociaux de notre modèle économique, la crise met en exergue sa très faible capacité de résilience face à un phénomène extrême. Et c’est d’autant plus inquiétant que les scientifiques affirment que des phénomènes de cette ampleur risquent de se reproduire régulièrement en raison du réchauffement climatique et de la perte de la biodiversité.

Selon Olivier De Schutter, prochain rapporteur des Nations unies pour l’extrême pauvreté et les droits humains, «nous ne pouvons plus rechercher à tout prix la croissance économique et considérer que les impacts sociaux et environnementaux peuvent être compensés ensuite, en redistribuant les ‘fruits de la croissance’ et en réparant les dommages aux écosystèmes; c’est notre modèle même de croissance qui doit, d’emblée, intégrer ces contraintes».

Pour remédier à cette situation, nous devons revoir très profondément les systèmes productifs, agricoles, industriels et de services, afin de les rendre plus justes socialement et plus durables. C’est précisément ici que l’introduction d’une législation nationale pour un devoir de vigilance s’avère indispensable. Ce dernier obligerait les entreprises ayant leur siège principal ou domiciliées au Luxembourg à identifier dans leur chaîne de valeur les risques d’éventuelles violations des droits humains et leur impact environnemental, à évaluer leurs mesures de prévention, à créer un mécanisme d’alerte ou encore de permettre d’introduire un recours collectif en cas d’abus.

Les différents exemples qui existent déjà dans certains pays prouvent que des mesures contraignantes n’entravent pas le dynamisme de l’économie. Les intérêts économiques peuvent donc être poursuivis tout en respectant les droits humains.

L’enjeu est surtout de passer d’une économie édifiée sur le culte de la croissance et le consumérisme à outrance à une économie dans laquelle le profit cesserait d’être une fin en soi et deviendrait un moyen.

L’auteur: Michael Feit, responsable Coopération internationale chez Caritas

Toutes les idées sont bonnes à prendre, nous ne souhaitons restreindre ni votre réflexion ni votre imagination. Si, comme Michael Feit, vous souhaitez contribuer à cette initiative, vous pouvez nous envoyer votre idée sous ce format:

- un mot-clé, par exemple: fiscalité;

- un titre explicite, par exemple: baisser la TVA dans la restauration;

- un résumé en 300 signes maximum;

- un développement en 3.000 signes maximum;

- une photo de vous qui permettra d’illustrer l’article sur paperjam.lu.

À l’adresse: luxembourgrecovery@paperjam.lu .