POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Bilan parlementaire du CSV

«Mieux vaut être Don Quichotte qu’une marionnette»



Le CSV regrette une «obstruction du gouvernement face à toutes nos propositions», ce qui est vu comme une «arrogance inacceptable». (Photo: Maison Moderne)

Le CSV regrette une «obstruction du gouvernement face à toutes nos propositions», ce qui est vu comme une «arrogance inacceptable». (Photo: Maison Moderne)

Le CSV a dressé le bilan de son année parlementaire. Une occasion d’évoquer ce gouvernement «qui ne veut pas d’un vrai débat démocratique», mais surtout les mois à venir, avec, en ligne de mire, le double scrutin 2023.

C’est vrai, le soleil brille enfin, et les Rives de Clausen ont comme un air d’été. Mais cela n’explique pas tout, et notamment pas ce nouvel état d’esprit qui semble animer le CSV. Il est évident que le parti a décidé de serrer les rangs, de mettre les deux années de présidence de Frank Engel de côté, en même temps que les tensions que celui-ci avait fait naître entre les uns et les autres… Claude Wiseler , le président, s’est d’ailleurs félicité «des bonnes relations entre la fraction et le parti. Tous les grands dossiers sont désormais débattus au sein du comité national, en toute transparence. Nous travaillons de manière collégiale.» Et la communication est mieux coordonnée.

Même le fait que certains cadres du parti soient dans le viseur de la justice , en parallèle aux «affaires Engel» , n’y change rien. Le prochain congrès national entérinera les changements dans les statuts du parti, comme cela a été prévu. Pour le reste, «la justice fait son travail, et nous tenons compte de l’existence de la présomption d’innocence».

Tout cela doit contribuer à «rassurer les membres et à en attirer de nouveaux, nous en avons besoin».

Quand on refuse tout débat, qu’il n’y a même plus moyen de discuter, on perd l’esprit de la démocratie parlementaire.
Claude Wiseler

Claude Wiseler,  président,  CSV

Martine Hansen , à la tête de la fraction avec Gilles Roth, a aligné les chiffres d’un travail parlementaire «conséquent» en 2020-2021: 434 questions parlementaires, 10 propositions de loi, 120 motions, 47 amendements, 6 débats/interpellations… qui ont cependant eu un impact concret limité: 1 proposition de loi acceptée, idem en ce qui concerne deux amendements, tout comme cela a été le cas pour 19 motions. Pour Martine Hansen, il est évident que «cela démontre la volonté qu’il n’y ait pas de débat parlementaire. Aucune de nos propositions n’est acceptée, car elle vient du CSV. C’est une arrogance qui est inacceptable, alors que notre rôle est de mener un contrôle de l’action du gouvernement. Mais celui-ci ne veut pas d’opposition, même si celle-ci est constructive.»

«Qu’il y ait un clivage entre majorité et opposition, c’est le jeu. Mais quand on refuse tout débat, qu’il n’y a même plus moyen de discuter, on perd l’esprit de la démocratie parlementaire», regrette Claude Wiseler. De là le souhait de rendre publiques les séances en commission, «rejeté pour de nombreux mauvais arguments», regrettent en chœur Wiseler et Roth. Tandis que Martine Hansen estime que c’est peut-être aussi une manière de cacher pudiquement l’attentisme et la grande docilité de députés de la majorité «qui se contentent de lever la main».

Certes, le travail de fond semble pour le moment tel celui de Sisyphe, à répéter inlassablement, et ne se traduire de manière concrète que timidement. Mais ce n’est pas cela qui va faire changer la détermination des élus CSV. «Je préfère être Don Quichotte qu’une marionnette qui lève la main quand on me le demande», dit Martine Hansen.

Covid, fiscalité, jeunesse, environnement, santé…

Dès la rentrée, le CSV restera donc très attentif aux lois Covid et à l’évolution de la pandémie, à la relance économique, à la jeunesse et à l’enseignement. Mais aussi à la politique environnementale, «pour laquelle on a besoin de pragmatisme, et non plus d’idéologie», et au logement. Tout comme à la fiscalité, même si la «réforme qui devait être un dossier majeur de ce gouvernement est à l’eau. Alors que la dette n’a jamais été aussi élevée et les finances publiques en aussi mauvais état», fait valoir Gilles Roth. Qui ne soutiendra pas l’impôt Corona du LSAP, qui «est une mesure bien sympathique, mais inapplicable et sans doute même pas légale». 

Le CSV fera aussi des soins de santé un dossier majeur. D’autant que «la structure avec l’hôpital au centre des soins évolue. Beaucoup de choses se font à la maison, la prise en charge est de plus en plus ambulatoire… Mais il faut des moyens pour cela, et un cadre», avance Claude Wiseler. Un groupe de travail au sein du parti a été dédié à ce thème.

Les élections communales pour mobiliser les sections locales

Le constat est donc limpide: le CSV a décidé de projeter son regard au-delà d’aujourd’hui et de demain. C’est une stratégie globale qui sera mise en place dès la rentrée, avec le double scrutin communal et législatif de 2023 en ligne de mire. Le parti au fort ancrage local jouera gros, même si rééditer les très bons scores communaux de 2017 sera sans doute difficile. «Mais nous sommes heureux que les élections locales aient lieu avant les législatives. Cela mettra les sections locales en ordre de bataille et aura, on l’espère, du moins, un effet d’entraînement», souligne le rusé Claude Wiseler. 

De plus, les élections communales seront un moment idéal pour propulser ou jauger la valeur de jeunes recrues, qui pourront alors trouver place sur les listes pour les législatives. Ce que les prochaines modifications des statuts du parti vont désormais rendre possible. Un signe de plus que le CSV voit loin et veut se donner les moyens de ses ambitions.