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Microsoft, une menace pour l’Allemagne



À la différence de l’Allemagne, Microsoft est surtout omniprésente dans le monde de l’éducation au Luxembourg, à la faveur de son contrat-cadre avec le ministère de l’Éducation. (Photo: Shutterstock)

À la différence de l’Allemagne, Microsoft est surtout omniprésente dans le monde de l’éducation au Luxembourg, à la faveur de son contrat-cadre avec le ministère de l’Éducation. (Photo: Shutterstock)

Selon une étude de PwC réalisée à la demande du ministre allemand de l’Intérieur, l’État allemand est trop dépendant des logiciels et du matériel de Microsoft. Une question qui s’est déjà posée au Luxembourg.

Horst Seehofer voulait savoir. Le ministre allemand de l’Intérieur sait. 96% des ordinateurs des fonctionnaires allemands fonctionnent sous Office ou Windows, ont repris tous les médias allemands en fin de semaine dernière.

Dans  l’analyse stratégique de marché sur la réduction de la dépendance vis-à-vis des fournisseurs de logiciels uniques qui a été rendue fin août , PwC Allemagne souligne qu’à tous les niveaux, le gouvernement allemand est «fortement dépendant» de très peu de fournisseurs de logiciels, ce qui se traduit par «des points de pression au sein du gouvernement fédéral, qui vont à l’encontre des objectifs stratégiques du gouvernement en matière de nouvelles technologies».

Ces préoccupations sur la sécurité de l’information chez Microsoft pourraient «mettre en danger la souveraineté numérique du pays».

Des centaines de millions de contrats

Cet été, les ministres ont accepté de prolonger les contrats de Microsoft jusqu’en 2022. L’an dernier, les licences Microsoft avaient coûté 73 millions d’euros, soit 25 millions d’euros de plus que prévu. Ce chiffre ne prend pas en compte les commandes des collectivités locales allemandes, qui portent le total à des centaines de millions d’euros.

Le gendarme allemand de la protection des données, équivalent de la CNPD, n’est pas parvenu à savoir si Windows 10 répond aux règlementations nationales, ni même où partent diagnostics et informations télémétriques.

Dans une première réaction, Microsoft a répété qu’il ne voulait qu’améliorer les services aux citoyens. Comme il n’existe pas de plan B, le ministre de l’Intérieur a déjà indiqué qu’il évaluerait les alternatives. Ce qui ne serait pas sans poser un problème lié à la multiplication des systèmes d’exploitation.

Quid au Luxembourg?

La question de la dépendance du Luxembourg aux outils du géant américain n’a jamais été posée en ces termes, mais seulement en raison du  contrat-cadre signé entre le géant américain et le ministère de l’Éducation  et régulièrement renouvelé depuis. En 2017, selon les statistiques disponibles, ce contrat devait profiter à près de 100.000 élèves et 13.000 enseignants.

La question du suivi des données a été posée en juillet dernier au Luxembourg par le député CSV Paul Galles .

Quatre ans après une première question des Verts,  à laquelle il avait répondu en français, le ministre de l’Éducation, Claude Meisch , répond cette fois en luxembourgeois.

La réponse a d’ailleurs été enregistrée la veille de la publication par les médias allemands de l’étude de PwC.

Le ministre y dit que toutes les fonctions de transferts de données vers Microsoft ont été désactivées par défaut pour les ordinateurs et les programmes utilisés dans les institutions scolaires luxembourgeoises.

Le ministre avait été plus précis encore, en 2017,  lors d’une réponse à la question de son camarade de parti Gilles Baum , en donnant toutes les statistiques d’utilisation de ces outils.