POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Revue de presse

J.-C. Hollerich, archevêque et lobbyiste de l’Église



257333.jpg

En mars 2019, lors de leur assemblée de printemps, les évêques de l’Union européenne ont reçu Jean-Claude Juncker, président de la Commission. (Photo: Comece/EU)

Mgr Jean-Claude Hollerich a précisé qu’il avait demandé au pape la nomination d’un évêque auxiliaire afin d’être secondé en raison de ses engagements internationaux. L’archevêque de Luxembourg préside en effet la Comece, organe qui «accompagne la politique de l’Union européenne».

L’Église luxembourgeoise compte désormais – son ordination est prévue le 29 septembre –  un évêque auxiliaire en la personne de Leo Wagener . Celui-ci était vicaire général depuis 2015 et laissera une partie de ses fonctions à l’abbé Patrick Muller.

Si le chanoine Wagener a été choisi pour cette fonction par le pape François, c’est sur suggestion de l’archevêque de Luxembourg, Monseigneur Jean-Claude Hollerich. Cela en raison de ses «engagements internationaux qui demandent des déplacements fréquents à l’étranger», a-t-il d’ailleurs précisé.

Accompagner les politiques et initiatives législatives

Jean-Claude Hollerich préside en effet la Comece (Commission des épiscopats de la communauté européenne).

Un organe porté sur les fonts baptismaux en 1980. Sa mission principale est «d’accompagner les politiques et initiatives législatives de l’Union européenne dans chaque domaine d’intérêt pour l’Église par le biais de contacts réguliers avec les décideurs politiques de l’UE, les parlementaires européens et les hauts fonctionnaires des institutions européennes».

Sur son site internet, le journal Le Soir consacre d’ailleurs un long article à l’action discrète de la Comece, car plusieurs dizaines de documents sur les contacts entre le milieu religieux et l’Union européenne viennent d’être rendus publics.

Un budget supérieur à celui de BMW ou Oxfam

Inscrite au registre de transparence de l’UE, la Comece ressemble à s’y méprendre à une entreprise de lobby. D’ailleurs, son budget annuel d’un peu plus de 1,2 million d’euros est supérieur, explique encore Le Soir, à ce que dépense BMW dans ses relations avec les institutions européennes et plus qu’une ONG internationale comme Oxfam.

Mais l’Église se défend d’agir dans le même but que les 20.000 autres lobbyistes qui gravitent près des salles de réunion à Bruxelles. «L’Église a un statut spécifique et ni elle ni ses représentants ne sont des lobbyistes ou des représentants d’intérêts privés. Depuis 2.000 ans, l’Église poursuit une mission de service public», écrivait ainsi la Comece en 2017 à Frans Timmermans, premier vice-président de la Commission européenne.

Néanmoins, un travail de fond a bel et bien lieu. Dans cette même lettre, par exemple, la Comece demandait des clarifications sur la définition du terme «époux/se» dans la directive sur les droits des citoyens dans l’Union et des membres de leur famille de circuler et séjourner librement dans les États membres. Ainsi, un État n’autorisant pas le mariage gay devait-il reconnaître les effets de cette union conclue dans un autre État membre l’autorisant? L’UE a répondu que oui.

Je suis un fervent défenseur de la doctrine sociale de l’Église. (...) Tout cela fait partie d’une doctrine que l’Europe n’applique pas assez. 

Jean-Claude Juncker,  président de la Commission européenne

Le Soir révèle aussi que la Comece a tenté d’intégrer, en vain, le comité d’experts chargé des conseils sur le RGPD (règlement général sur la protection des données). Des demandes ont aussi été faites pour bénéficier de taux réduits de TVA sur la construction de bâtiments religieux (sans succès) ou les couches-culottes.

Des entrevues ont également eu lieu ou ont été demandées par les instances religieuses dans le cadre de dossiers comme la séparation des activités bancaires ou la non-interdiction du travail le dimanche.

En mars 2019, lors de son assemblée de printemps, la Comece a encore reçu le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker . À cette occasion, celui-ci a rappelé être «un fervent défenseur de la doctrine sociale de l’Église. C’est un des enseignements les plus nobles de notre Église. Tout cela fait partie d’une doctrine que l’Europe n’applique pas assez souvent. Je voudrais que nous redécouvrions les valeurs et les principes directeurs de l’enseignement social de l’Église.»

257325.jpg

Très vite après les élections européennes, la Comece a été reçue par le pape François. (Photo: Comece)

Et peu après les élections européennes, les responsables de la Comece étaient reçus par le pape afin de «discuter des futurs défis du dialogue entre l’Église et l’Union européenne». 

L’Europe, sa politique, ses prises de position, ses avis et ses directives font donc l’objet d’une vigilance aussi attentive que bienveillante de la part de l’Église, c’est une évidence. La Comece a d’ailleurs été une des premières à se réjouir officiellement de l’ élection d’Ursula von der Leyen à la présidence de la future Commission . Celle-ci, selon Mgr Hollerich, partageant les préoccupations de l’Église sur le changement climatique et étant pour une Europe sociale. Sans oublier son attitude envers les réfugiés.