ENTREPRISES & STRATÉGIES — Artisanat

à la rencontre des jeunes artisans (5/10)

Melucéline: des robes de mariée aux masques



Céline Bijleveld voit son activité pénalisée non seulement par le confinement, mais aussi par les mesures sanitaires toujours en vigueur qui mettent à mal l’organisation de mariages et événements. (Photo: Céline Bijleveld)

Céline Bijleveld voit son activité pénalisée non seulement par le confinement, mais aussi par les mesures sanitaires toujours en vigueur qui mettent à mal l’organisation de mariages et événements. (Photo: Céline Bijleveld)

Céline Bijleveld est styliste avec un penchant particulier pour les robes de mariée. Mais la crise sanitaire a mis un coup de frein à son activité, qu’elle a temporairement réorientée.

La passion guide son coup de ciseau et son coup de main: Céline Bijleveld confectionne des vêtements sur commande et sur mesure pour des mariages, mais aussi d’autres occasions spéciales.

«Pour moi, un vêtement est quelque chose de personnel. Pendant la création d’un vêtement, moi-même, mais aussi le client, nous construisons une relation personnelle avec cette pièce», explique la jeune femme de 28 ans.

Elle a lancé voici deux ans son propre atelier de couture, Melucéline, où elle reçoit à Eschdorf surtout des femmes âgées entre 25 et 45 ans qui souhaitent un vêtement unique pour une occasion spéciale. Mais le confinement et la crise du coronavirus ont brutalement mis à mal les mariages et autres événements. «Malheureusement, actuellement, on ne fête rien», déplore la jeune artisan membre de Jonk Handwierk .

Elle a donc décidé de mettre son savoir-faire à contribution de la crise sanitaire actuelle en se lançant dans la confection de masques. Au total, 800 pièces sont sorties de son atelier. «Ceci m’a aidé financièrement, mais ne peut pas compenser une saison entière de robes de cérémonie perdue. De plus, après un premier rush, les gens n’ont plus eu besoin de masques ou avaient simplement trouvé ‘moins cher’ à l’étranger», explique-t-elle.

Privée de revenus, rongée par la peur

La couturière s’est vu refuser une aide à laquelle les indépendants sont pourtant éligibles. «Cette impuissance face à la situation était imprévisible et assez déstabilisante», se souvient-elle. Elle qui estime avoir été privée de son droit de gagner sa vie garde du confinement le souvenir de «la peur de l’existence».

Je me sens oubliée et la solidarité ne joue pas toujours dans tous les sens.
Céline Bijleveld

Céline Bijleveld,  couturière,  Melucéline

«Après ce sacrifice que j’ai fait pour la santé publique et que je trouve tout à fait normal, je me sens oubliée et la solidarité ne joue pas toujours dans tous les sens», déplore Céline Bijleveld.

Elle qui est consciente que les indépendants ont pour habitude de travailler beaucoup et de se débrouiller seuls déplore cet abandon de la part des autorités. «J’ose attendre du gouvernement, mais aussi de la société en général, que les indépendants soient aussi respectés comme une partie importante de la société et de l’économie, même si on n’est ‘que’ des PME et entreprises individuelles.»

Pour la couturière, le plus dur est encore à venir, car même si la vie a repris un peu son cours, ce n’est pas le cas du secteur de l’événementiel auquel son activité est rattachée.

Mais créative de nature, Céline Bijleveld grouille toujours d’idées de nouveaux projets et produits. En matière de digitalisation par exemple, elle est passée au CAD pour ses patrons. Un logiciel réalise désormais les modèles, avec à la clé un gain de temps et de matières premières.

La crise est aussi une source d’enseignements pour l’artisan: elle se dit sensible à l’importance de vivre en harmonie avec la nature et bien qu’elle assure avoir les épaules larges, «elles ne peuvent pas être infiniment larges».