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Le Meco déplore une «politique de l’autruche» écologique



Blanche Weber dénonce l’absence de stratégie écologique à long terme se soldant par un déchirement du pays sur des dossiers industriels. (Photo: Sébastien Goossens / Archives Maison Moderne)

Blanche Weber dénonce l’absence de stratégie écologique à long terme se soldant par un déchirement du pays sur des dossiers industriels. (Photo: Sébastien Goossens / Archives Maison Moderne)

Le Mouvement écologique a dénoncé jeudi l’incohérence de l’articulation entre politique industrielle et environnementale.

La conférence de presse convoquée par Blanche Weber était prévue avant que Fage n’annonce renoncer à son projet d’implanter une usine à Bettembourg. Mais ce retrait ne fait que confirmer les six griefs du Meco envers l’action gouvernementale qui manque de «courage» pour élaborer un «réel concept politique».

1. Une législation désuète

Le Meco dénonce le fait que la loi actuelle sur les autorisations d’établissement ne comporte «aucune mise en œuvre suffisante de la réglementation sur la consommation d’énergie ou sur les émissions de CO2», alors même que le Grand-Duché s’est engagé à réduire son empreinte écologique à travers l’accord de Paris, notamment.

La loi actuelle demande également que «la meilleure technologie disponible» soit appliquée, alors que cela n’empêche pas la production visée de «violer les principes écologiques» ou de supposer une consommation de ressources «problématique» ou encore de dépasser les limites «supportables», citant la pollution de l’air par Knauf et la consommation de réserves nationales d’eau par Google et Fage.

Le Meco rappelle qu’il demande «depuis plus de 15 ans (!) une vérification de durabilité», qui est d’ailleurs visée dans l’accord de coalition, ainsi qu’un ancrage du principe de précaution dans la législation. «La politique doit enfin montrer sa capacité à forger un concept», estime le Meco.

Par manque de stratégie réelle, aucune transition écologique du modèle économique n’est mise en route.
Blanche Weber

Blanche Weber,  présidente,  Mouvement écologique

2. Le manque d’un débat réel sur un développement économique encadré par l’écologie

Croissance verte, diversification, clusters, circuits courts… Sans ligne directrice, «des disputes de longue haleine sur des dossiers sont préprogrammées, une polarisation inutile des opinions émerge», estime le Meco, déplorant que «par manque de stratégie réelle, une transition écologique du modèle économique n’est pas mise en route». Les crispations autour des cas Fage, Knauf et Google «sont l’expression directe du fait que ces questions ne sont pas clarifiées».

3. Que faire maintenant que la croissance luxembourgeoise a atteint sa limite?

Le Meco argumente que les limites de la croissance ne se manifestent pas seulement en termes de mobilité, d’installation ou de biodiversité, mais aussi de justice, de système de santé, d’éducation, sans oublier le cercle infernal d’un modèle social nécessitant toujours plus d’actifs. Mais la «politique de l’autruche» pratiquée par la politique évacue les «réelles questions sur l’avenir avec des déclarations comme ‘croissance verte’», dénonce-t-il.

4. La Grande Région, «atout ou danger»?

Le Meco soulève l’ambivalence du Luxembourg par rapport à la Grande Région, pourvoyeuse de main-d’œuvre, mais aussi point de chute d’industries ayant échoué à s’installer au Grand-Duché, comme Knauf – et peut-être bientôt Fage –, craignent certains. Infrastructures, fiscalité, mobilité, industrialisation sont autant de sujets qui devraient être discutés non dans un «esprit de concurrence», mais dans la collaboration avec nos voisins. «Il serait temps de voir le PIB bien-être comme un instrument de mesure réaliste et de valoriser différemment la répartition des activités économiques dans la Grande Région», plaide le Meco.

Le temps où un pays entier se déchire à propos de l’autorisation ou non d’une entreprise doit être révolu .

Meco

5. «Sus à un État intransparent»

Le Meco ne se prive pas de rappeler que deux partis de la coalition au pouvoir (DP et Déi Gréng) s’étaient opposés avec virulence au gouvernement CSV-LSAP Juncker-Asselborn II au sujet de l’affaire Livange-Wickrange, dénonçant la promesse écrite délivrée à un promoteur immobilier sans aucune consultation préalable. Une situation très comparable à celle d’un ministre de l’Économie, Étienne Schneider , vendant un terrain «à un prix dérisoire au lieu de le louer sur base d’un bail emphytéotique», estime le Meco, qui dénonce encore le refus du gouvernement de dévoiler le memorandum of understanding signé avec Google.

Accès aux informations, droit de recours et débat sur la transparence des dossiers industriels doivent être assurés, selon l’asbl.

6. Des discussions délicates remisées sous le tapis

Pour finir, le Meco dénonce le «manque de courage politique», qui conduit les gouvernants à prendre des «décisions attendues depuis longtemps» en développant «un concept politique à long terme et durable». Il en veut pour preuve le silence autour de la réforme fiscale – dont le Meco espère qu’elle inclura une taxe carbone – ou le report des étapes fixées dans le plan climat. Idem pour l’étude sur les dépenses contreproductives de l’État, «existant dans de nombreux pays, promise par un accord gouvernemental dans les années 1990», mais jamais mise en œuvre. Enfin le PIB bien-être reste occulté par le PNB, regrette le Meco.

«Le temps où un pays entier se déchire à propos de l’autorisation ou non d’une entreprise doit être révolu», conclut le Meco, qui met en avant l’attente des citoyens. «66% des 1.000 personnes sondées par TNS Ilres, sur commande du Meco, estiment que ‘le moment pour des changements fondamentaux est venu’ et 71% se prononcent pour une réforme du système économique.»