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Tokénisation

Masterworks affole les (non) collectionneurs d’art



Basquiat est un des «produits d’appel» de Masterworks, qui a sélectionné 1.000 artistes qui affolent les compteurs en salle des ventes. (Photo: Shutterstock)

Basquiat est un des «produits d’appel» de Masterworks, qui a sélectionné 1.000 artistes qui affolent les compteurs en salle des ventes. (Photo: Shutterstock)

La start-up américaine Masterworks est devenue une licorne cette semaine. Son business: acheter de l’art contemporain et revendre chaque œuvre «en pièces détachées» à des investisseurs éclairés.

Imaginez un Basquiat. «All Colored Cast (Part II)», créé en 1982, par exemple. Estimation? 22 millions de dollars. Évolution de la valeur entre 1986 et 2018? 22% pour des œuvres similaires. Comme dans le domaine du vin, un Basquiat 1982 est une très bonne année, et il n’est pas rare que les prix s’envolent dans les bonnes maisons d’enchères: 50,8 millions de dollars pour le «Versus Medici» en mai dernier, ou 93,1 millions de dollars pour «In This Case». L’artiste a même atteint 110,5 millions de dollars en 2017, le record pour un Américain.

Comment fonctionne Masterworks ? La start-up, qui a levé 110 millions de dollars cette semaine, a investi 400 millions de dollars dans l’achat d’œuvres d’art d’une shortlist d’un millier d’artistes cette année et investira un milliard de dollars l’an prochain. 

Investira? Oui, parce qu’une fois l’œuvre acquise et les droits reliés digitalisés et sécurisés à la SEC, la start-up en revendra les parts en quelques mois à des investisseurs triés sur le volet et qui doivent montrer patte blanche, même s’ils n’investissent que 1.000 dollars, pour devenir membres.

Car l’œuvre est bloquée de trois à dix ans. Lors de sa revente, les bénéfices seront répartis entre les investisseurs au prorata de leur investissement initial. Presque. Parce que l’investisseur paie 10% de prime lors de l’investissement, des frais de 1,5% par an relativement similaires à un fonds d’investissement classique, et Masterworks se réserve 20% du bénéfice. Autrement dit, les investisseurs ne peuvent prétendre qu’à 80% du pactole.

150.000 investisseurs, la plupart du temps complètement hors du monde de l’art, selon le fondateur et CEO Scott Lynn, ont mis en moyenne 30.000 dollars. La start-up, qui s’offre de la visibilité à grands coups de publicités, a retiré celle qui annonçait un retour sur investissement de 800 fois l’investissement initial. 

C’est peut-être parce que les investisseurs ne verront ni ne toucheront jamais leur œuvre qu’ils ont surtout des profils financiers plus que de collectionneurs.

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