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Ralph «Dizzy» Diseviscourt

Des marchés financiers de la BIL au Guinness Book sur un vélo



«Dizzy» fusionne ses entraînements avec ses trajets pour le boulot. (Photo: Thomas Kirsch –  https://www.facebook.com/te.ka.169 )

«Dizzy» fusionne ses entraînements avec ses trajets pour le boulot. (Photo: Thomas Kirsch – https://www.facebook.com/te.ka.169 )

Employé depuis une vingtaine d’années à la Banque internationale à Luxembourg (BIL), Ralph Diseviscourt possède une passion dévorante pour le cyclisme, qui lui fait parcourir entre 40.000 et 45.000km par an. Le week-end dernier, il a même amélioré deux de ses propres records du monde…

Ralph Diseviscourt (45 ans), qu’on surnomme «Dizzy», est responsable trésorerie en salle des marchés à la BIL. Une banque au sein de laquelle il officie désormais depuis une vingtaine d’années.

À l’époque, il était encore un «coureur du dimanche» sur son vélo, qui avait donné la priorité à ses études. Aujourd’hui, il est présent dans le Guinness Book des records. Et pas qu’une fois. Cet «ultracycliste» – comprenez qu’il aime parcourir les très longues distances – a notamment terminé, en 2018, deuxième de la Race Across America. Cette course qui fait traverser les États-Unis d’ouest en est sur près de 5.000 kilomètres. Il avait alors mis 9 jours, 12 heures et 33 minutes pour effectuer sa traversée.

Le week-end des 14 et 15 août derniers, il a, à nouveau, fait parler de lui en battant sur le vélodrome de Rochefort, en Belgique, deux records… qu’il détenait déjà. Rencontre avec un employé de la BIL pas comme les autres.  

On imagine que faire du cyclisme longue distance comme vous le faites est une passion dévorante. Mais comment la combiner avec un travail comme le vôtre à la BIL?

Ralph Diseviscourt. – «Je fusionne mes entraînements avec mes trajets pour le boulot. J’habite Wiltz et je viens travailler à vélo. J’ai donc 60km aller et autant pour le retour. Par tous les temps. Et si mon agenda professionnel me le permet, j’allonge un peu la sauce en faisant une sortie pendant le temps de midi. Ou je pars un peu plus tôt le matin. Parfois, je quitte la maison vers 4 ou 5h du matin. En roulant à une moyenne de 30km/h…

Et c’est bien accepté par vos employeurs?

«La BIL me supporte dans ma passion, en tant que sponsor. Au sein de ma banque, ils savent bien que mes priorités restent bien définies: le travail passe avant le vélo. Il peut ainsi m’arriver le soir de combiner vélo et transports en commun si un dossier professionnel m’oblige à rester plus tard au bureau. Et puis, je suis également marié et papa de deux enfants. Une autre priorité.

J’habite Wiltz et je viens travailler à vélo. J’ai donc 60km aller et autant pour le retour. Par tous les temps.
Ralph Diseviscourt

Ralph Diseviscourt,  ultracycliste et responsable trésorerie en salle des marchés,  BIL

Vous venez donc de battre deux records du monde à vélo, qui étaient déjà en votre possession. Pourquoi?

«Entre ma précédente tentative, que j’avais réalisée au Luxembourg, à Vianden, en 2020 , et cet été, d’autres cyclistes ont essayé de battre mes records. En Norvège, en Australie… Et j’étais persuadé que quelqu’un pourrait me battre. Et si, au final, personne n’a finalement réussi à dépasser mes performances, de mon côté, je m’étais préparé. Afin de tenter de placer la barre encore un peu plus haut. Et c’est le genre de préparation qui demande des mois d’entraînement…

Beaucoup de compétitions ont été annulées parmi les courses amateurs ‘ultradistances’ auxquelles je prends part habituellement. En raison de la situation sanitaire, évidemment. Une tentative comme celle du week-end du 15 août est plus simple à mettre en place. On a juste eu un contretemps en raison des inondations que la région de Rochefort a connues cet été. Au départ, elle devait avoir lieu à la mi-juillet. On a donc dû reporter de quelques semaines…

Vous possédez plusieurs records…

«Il existe différentes sortes de records. Ceux que je détiens ne sont pas couverts par l’UCI (l’Union cycliste internationale, qui régit toutes les grandes courses du cyclisme classique, ndlr), mais par la WUCA, la World Ultracycling Association, qui s’occupe spécifiquement des courses d’ultradistances. C’est elle qui possède un partenariat avec le Guinness Book des records.

Au sein de la BIL, ils savent bien que mes priorités restent bien définies: le travail passe avant le vélo.
Ralph Diseviscourt

Ralph Diseviscourt,  ultracycliste et responsable trésorerie en salle des marchés,  BIL

D’un côté, on retrouve les records qui consistent à parcourir le plus rapidement possible une distance définie. Cela existe pour 100km et miles, 200km et miles, 300km et miles, et 500km et miles. Après, il y a également des records du plus grand nombre de kilomètres avalés en 6 heures, 12 heures et 24 heures. Et, au final, je les possède tous, à l’exception de celui de 12 heures!

Et vous venez d’améliorer ceux sur 500 miles et 24h…

«Oui, j’ai parcouru ces 500 miles dans un temps de 20 heures, 41 minutes et 12 secondes (soit une amélioration de 20 minutes, ndlr). Et en 24 heures, j’ai couvert plus ou moins 927km. La distance exacte est actuellement en attente d’homologation par la WUCA. Et j’ai lancé un bureau d’ingénieurs pour mesurer la distance exacte du vélodrome. Il est fort probable que le tour fasse un peu plus que les 400 mètres annoncés. À première vue, nous l’avons évalué à 402 ou 403 mètres. Une petite différence, mais qui peut en faire une beaucoup plus importante sur les 2.318 tours que j’ai parcourus!

Il faut combien de temps pour se remettre d’une telle tentative?

«Je vous avoue qu’une fois que les muscles sont froids, c’est difficile de bouger [rires]. Pour le reste, je ne suis pas monté sur mon vélo le lundi qui a suivi. Ce qui est assez exceptionnel pour moi. J’ai recommencé doucement le mardi pour me décrasser. En général, pour se remettre, il faut compter un mois par tranche de 1.000 kilomètres … Je vous laisse faire le calcul pour une épreuve comme la Race Across America [sourire].

Je ne fais que deux à quatre épreuves pas an. Pas plus. Ou alors sans être à 100%.

Dans le milieu du cyclisme luxembourgeois, on dit que vous auriez peut-être pu devenir professionnel…

«C’est une bonne question. Aurais-je eu les capacités physiques suffisantes? Je ne sais pas, mais on ne peut pas l’exclure… Quant à la discipline et la volonté nécessaires, je les ai peut-être. Ce sont en tout cas des qualités que je possède. J’ai commencé assez tard la compétition, puisque j’ai pris ma première licence pour courir dans la catégorie amateur à 28 ans. Avant ça, je ne prenais part qu’à des courses cyclosportives (celles des ‘coureurs du dimanche’, ndlr). J’ai donné la priorité à mes études, et je n’ai aucun regret par rapport à ça. Le fait d’avoir débuté chez les amateurs en étant aussi âgé explique sans doute que je sois encore à ce niveau à 45 ans, un âge où la majorité des coureurs sont en fin de carrière. C’est peut-être pour ça que j’ai toujours une telle envie de rouler.

Aurais-je eu les capacités physiques suffisantes pour devenir cycliste professionnel? Je ne sais pas, mais on ne peut pas l’exclure…
Ralph Diseviscourt

Ralph Diseviscourt,  ultracycliste et responsable trésorerie en salle des marchés,  BIL

Je dois rouler, sur une année, entre 40.000 et 45.000km. C’est probablement supérieur à ce que font la plupart des cyclistes professionnels. 

Lors des championnats nationaux de contre-la-montre, où, au Luxembourg, pros et amateurs se mélangent, vous avez déjà réussi à battre quelques professionnels…

«Je me souviens notamment de 2011, où j’avais signé le deuxième chrono de tous les participants, derrière le professionnel Christian Poos, mais devant Laurent Didier, l’ancien équipier des frères Schleck. Je me sentais toujours à l’aise dans les contre-la-montre, et celui-ci était particulièrement long, avec une cinquantaine de kilomètres au menu. C’était un type d’effort différent, et cela me convenait bien.»