ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

10 milliards d’euros de transactions en un an

Mangopay passe un cap… et en vise un autre



Romain Mazeries et Mangopay ont franchi le cap des 10 milliards d’euros de paiement en 2021. Des chiffres en forte croissance dans un secteur en pleine ébullition. (Photo: Maison Moderne/archives)

Romain Mazeries et Mangopay ont franchi le cap des 10 milliards d’euros de paiement en 2021. Des chiffres en forte croissance dans un secteur en pleine ébullition. (Photo: Maison Moderne/archives)

Huit ans après sa création, Mangopay, sous licence de la CSSF, a franchi la barre des 20 milliards d’euros de transactions, dont 10 cette année. Une trajectoire extraordinaire pour la fintech luxembourgeoise qui masque une dette de plus de 15 millions et un actionnaire qui s’interroge.

«Je suis très fier de toutes les décisions qui ont été prises, des augmentations de capital qui ont été réalisées et de la très bonne direction que nous avons choisie depuis nos débuts, au moment où personne ne parlait encore de la plateformisation des paiements. Passer de 500 millions d’euros de transactions en 2015 à plus de 10 milliards d’euros cette année, de 3-4 millions de chiffre d’affaires à 60 millions cette année, et de trois employés au Luxembourg, en 2013, à 250 dans différents pays, est un beau succès, même si les gens ont tendance à oublier que nous sommes une fintech luxembourgeoise!»

Il n’en faudrait pas beaucoup pour que Romain Mazeries s’agace. Depuis fin août, la fintech, qui communique assez peu, cherche à évoquer son évolution. Même quand certaines dimensions sont moins positives que le volume des transactions, le CEO de Mangopay se dit «ravi d’échanger en toute transparence».

Les pertes, d’abord. De plus de 15 millions d’euros l’an dernier. «Elles sont assez normales dans un cycle de croissance comme le nôtre. Ce qu’il faut voir, c’est la confiance et le soutien que nous témoigne notre actionnaire (Crédit Mutuel Arkéa depuis fin 2015, ndlr)!», assure le jeune entrepreneur. C’est vrai, après avoir remis 3,5 millions d’euros en 2019, la banque mutualiste française en a remis 6,5 millions en 2020 et déjà 7,5 millions cette année en trois augmentations de capital. Elle devrait encore remettre la main au portefeuille avant la fin de l’année et probablement l’an prochain, année présentée comme l’année charnière où la fintech franco-luxembourgeoise devrait (enfin) être bénéficiaire.

«Ces investissements sont liés à notre fonds propre prudentiel et à notre obligation européenne de protection des fonds et de renforcement de nos fonds propres», assure-t-il. «C’est une question de volumétrie. Plus nous faisons de volume, et plus nos obligations de fonds propres prudentiels sont élevées. Bien que nous soyons rentables depuis 2018, nous avons choisi de continuer nos investissements dans le développement à la fois de notre produit et de nos équipes.»

Cet été, à quelques jours de rendre des comptes semestriels, pour la première fois, l’actionnaire principal s’est interrogé à voix haute sur la poursuite de son engagement dans Mangopay et Leetchi, fintech en difficulté. Aux Échos, Julien Carmona, le nouveau président du groupe depuis mars dernier, ne reconnaît pas, mais ne nie pas que les deux fintech auraient été placées sur une liste des assets à vendre et se fait conseiller pour cela par la Deutsche Bank . «Qu’un actionnaire fasse une revue de portefeuille n’a rien d’alarmant ni de préoccupant», nuance M. Mazeries. «D’autant moins que je suis en discussions permanentes avec eux et que le Crédit Mutuel est un partenaire privilégié.» Comprenez un client de premier plan de la solution de paiement.

«Continuer le lancement de nouvelles verticales»

Mais nous sommes à l’heure d’une consolidation du secteur pour faire émerger des géants. Worldline a récemment racheté Ingenico, ce qui en fait un des leaders du marché européen, Nexi a fusionné avec son concurrent SI. D’un autre côté, l’intérêt des big tech, comme Google, Amazon, Facebook, Microsoft et Apple, grandit pour conserver clients et utilisateurs dans leur écosystème. «Notre force est notre flexibilité qui nous permet de répondre à tous les types de business models. Dans les prochains mois, nous allons continuer le lancement de nouvelles verticales, le renforcement de notre dispositif ou de nos outils anti-blanchiment, le déploiement des paiements instantanés, que ce soit virements entrants ou sortants, ou encore le renforcement de notre présence en Europe de l’Est, et notamment à Varsovie», ajoute celui qui compte aujourd’hui 130 millions d’utilisateurs, dont 30 millions qui ont un compte de paiement.

Dernier sujet qui «fâche», l’annonce spectaculaire, par la CNIL et ses consœurs lituanienne – où Vinted est enregistrée – et polonaise, de l’ouverture d’une enquête. «Elles se concentrent en particulier sur le fonctionnement du site web, qui exige l’envoi d’une copie numérisée de la carte d’identité afin de débloquer le montant des transactions effectuées sur le compte d’un utilisateur. Les contrôles porteront également sur la base légale associée à ce dispositif, sur la procédure et les critères pour bloquer un compte, ainsi que sur les durées de conservation des données», indique le gendarme français de la donnée .

Qu’est-ce qui se cache derrière cette enquête? «Vous demanderez à la CNIL!», dit M. Mazeries. «La seule chose que je puisse vous en dire est que nous appliquons à Vinted exactement le même processus et les mêmes règles pour les mêmes obligations qu’aux 2.500 plateformes que nous servons. Cela est de notre responsabilité.» Vrai, mais si la CNIL y voyait justement un problème, Mangopay devrait adapter le dispositif pour tous ses clients.

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