LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Sorties

Un œil sur une œuvre (7/10)

La malle de Pescatore au Lëtzebuerg City Museum



Malle courrier Louis Vuitton de Maurice Pescatore (photo: Les 2 Musées de la Ville de Luxembourg / C. Weber)

Malle courrier Louis Vuitton de Maurice Pescatore (photo: Les 2 Musées de la Ville de Luxembourg / C. Weber)

Dans le cadre de l’opération «Un été pas comme les autres», Paperjam propose de découvrir une œuvre exposée actuellement au Luxembourg. Cette semaine, partons à la découverte d’une malle exposée au Lëtzebuerg City Museum.

Cette malle de voyage du type «courrier» n’est pas tout à fait comme les autres puisqu’elle a appartenu à l’industriel, homme politique, sportif, voyageur, chasseur et auteur luxembourgeois Maurice Pescatore, comme l’indiquent ses monogrammes peints sur les deux côtés. De telles malles étaient conçues pour être envoyées par courrier dans les trains et bateaux (d’où leur nom «steamer trunk» en anglais). La présente vient des ateliers de la maison de maroquinerie parisienne Louis Vuitton, reconnaissable à sa célèbre toile «damier», introduite et patentée en 1888. Elle est présentée dans l’exposition permanente «The Luxembourg Story» qui retrace plus de 1.000 ans d’histoire urbaine.

Vue de la malle ouverte (Photo: Les 2 Musées de la Ville de Luxembourg / C. Weber)

Vue de la malle ouverte (Photo: Les 2 Musées de la Ville de Luxembourg / C. Weber)

Maurice Pescatore est né le 6 mars 1870 au château Giscours, le domaine viticole qui avait été acquis en 1849 par son arrière-grand-oncle Jean-Pierre Pescatore (1793–1855). Son père éponyme, né en 1846, avait épousé Isabelle Nothomb, fille de Jean-Baptiste Nothomb qui fut chef du gouvernement belge de 1841 à 1845.

De la part de sa grand-mère, sa famille détenait d’importantes parts de la faïencerie Villeroy & Boch à Rollingergrund. Maurice entre au service de l’entreprise en 1894 et la dirige de 1898 à 1915. En 1896, à Bruxelles, il épouse Gabrielle Barbanson, issue d’une famille de banquiers et d’industriels. Il est élu bourgmestre de la commune de Rollingergrund en 1905 avant d’entrer, en 1908, à la Chambre des députés pour devenir, avec l’avocat Robert Brasseur, une des figures de proue de la ligue libérale. En octobre 1919, suite au désaveu de sa politique probelge exprimé dans les résultats du référendum sur la monarchie et l’union économique, il s’éloigne de la politique.

Pratiquant lui-même de nombreuses activités sportives – tennis, vélo, patinage, équitation, tir, nage, alpinisme, escrime et sports nautiques –, il est l’initiateur du Comité national olympique luxembourgeois, créé en 1912. Ami du baron Pierre de Coubertin, le rénovateur des Jeux olympiques de l’ère moderne, Maurice Pescatore est devenu membre du Comité olympique international en 1910. À partir de 1912, le Luxembourg participe aux Jeux olympiques.

Une des plus grandes passions de Maurice Pescatore est cependant la chasse. Après son retrait de la politique, il s’installe dans sa propriété du Scheidhof près de Sandweiler, d’où il part pour de nombreux longs voyages, surtout en Afrique. Dans plusieurs articles parus dans «Chasse et Pêche – Lëtzebuerger Juegd a Fëscherzeidong», il relate ses excursions au Maroc, au Soudan ou en Abyssinie (Éthiopie) où d’ailleurs il investit, avec d’autres entrepreneurs européens, dans la culture du café.

Le paquebot Albertville (Photo: Compagnie maritime belge, 1928)

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Maurice Pescatore en chasseur de gros gibier (Photo: image publiée dans «Chasses et voyages au Congo» (1932), p. 97)

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Maurice Pescatore en chasseur de gros gibier (Photo: image publiée dans «Chasses et voyages au Congo» (1932), p. 97)

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En novembre 1928, il s’embarque pour un long voyage en Afrique qui sera son dernier. Après avoir débarqué à Dar es Salam en Tanzanie, il prend le train jusqu’au lac Tanganyika pour continuer en bateau jusqu’à Stanleyville (aujourd’hui Kisangani), d’où il descend le Congo. Contrairement au 19e siècle, quand la grande chasse était encore utilisée comme un instrument stratégique par les autorités coloniales, Pescatore doit déjà se procurer une autorisation pour abattre des animaux rares, et il est obligé d’en remettre les cadavres au musée du Congo belge à Tervuren. Maurice Pescatore est mort d’une fièvre maligne le 30 avril 1929, près de Dakar (Sénégal), à bord du paquebot Albertville au retour de sa traversée de l’Afrique.

Le journal de son expédition de chasse est publié en 1932 à titre posthume par son épouse sous le titre «Chasses et voyages au Congo» (Éditions de la Revue mondiale, Paris). Dans cet important volume, Pescatore relate ses aventures de chasseur de gros gibier, auxquelles il joint de nombreuses observations et réflexions sur les pays qu’il traverse et les hommes qu’il y rencontre. Malgré l’esprit résolument moderne de Pescatore, son récit reflète aussi l’attitude coloniale vis-à-vis des populations indigènes qu’il regarde avec bienveillance, mais en même temps avec un sentiment de supériorité. Les Africains, pour lui, sont de «grands enfants» sauvages incapables de relations d’égal à égal avec les Européens.

La malle marquée «MP» qui fait aujourd’hui partie des collections du Lëtzebuerg City Museum a dû accompagner Maurice Pescatore durant ses voyages lointains et fut très vraisemblablement rapatriée au Luxembourg avec la dépouille mortelle de son propriétaire.

Lëtzebuerg City Museum