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«Malgré le Covid, la mobilité étudiante reste importante»



Catherine Léglu pense que des annulations de mobilité, principalement hors Europe, sont à craindre pour le second semestre de cette année académique. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne/archives)

Catherine Léglu pense que des annulations de mobilité, principalement hors Europe, sont à craindre pour le second semestre de cette année académique. (Photo: Matic Zorman/Maison Moderne/archives)

Étudier à l’étranger fait partie intégrante d’un cursus à l’Uni. Mais la crise sanitaire est venue considérablement perturber la mobilité des étudiants. La vice-rectrice aux affaires académiques explique comment l’Uni tente de trouver de solutions à chaque problème qui se pose.

Quelle place occupe la mobilité des étudiants au sein de l’Uni?

Catherine Léglu. –  «C’est quelque chose qui est très important. La mobilité est d’ailleurs obligatoire de par la loi de notre université, ce qui n’est pas le cas partout en Europe, et cela depuis sa fondation en 2003. Chaque année, 600 de nos étudiants partent et 600 arrivent de l’étranger pour suivre nos cours. C’est donc très ancré, prévisible, inscrit dans le calendrier académique.

Mais la crise sanitaire est venue bousculer tout cela?

«Le Covid est venu en effet perturber la mobilité. On a vu des difficultés survenir dès le début de la pandémie. Très vite, il est apparu que les étudiants chinois qui devaient venir en février ne le pourraient pas.

Quand la pandémie a commencé à se diffuser en Europe, fin janvier et début février, il est devenu clair qu’on allait devoir envisager des mesures à plus grande échelle. 
Catherine Léglu

Catherine Léglu,  vice-rectrice aux affaires académiques,  Uni

Ce fut un premier signal d’alerte? 

«Oui, ce fut le premier signe qui nous indiquait que l’on devait commencer à envisager des annulations de mobilité, des reports… Et voir comment les compenser. Quand la pandémie a commencé à se diffuser en Europe, fin janvier et début février, il est devenu clair qu’on allait devoir envisager des mesures à plus grande échelle. Durant le printemps, notre ministère de tutelle nous a autorisés à annuler ces mobilités, mais à les valider quand même. Ce qui dispensait les étudiants de devoir recommencer un semestre pour mettre en pratique cette mobilité. 

Mais ne pas pouvoir partir alors que l’étudiant attend cela avec impatience est quelque part difficile à vivre pour un étudiant. Comment l’Uni a-t-elle réagi?

«Il a fallu rassurer nos étudiants. Mais aussi leur dire que si l’université où ils devaient aller offrait des cours à distance, il fallait essayer de les suivre. On a eu ainsi des étudiants qui étaient en mobilité en Autriche et qui sont restés là-bas et ont suivi les cours autrichiens à distance. D’autres étudiants sont rentrés chez eux.

À chacun de choisir donc…

«Soit l’étudiant restait en mobilité là où il était et suivait les cours à distance. Soit il revenait chez lui, décrochait de sa mobilité et tentait d’être accepté pour suivre des cours chez nous alors qu’il n’y était pas à 100% inscrit. Cela a été un gros problème pour eux. 

Qu’en est-il pour ce premier semestre de l’année académique 2020-2021?

«Nous ne sommes plus dans la même situation puisque nous avons pu garder certaines mobilités européennes dans le cadre d’Erasmus. En revanche, c’est pareil en ce qui concerne les mobilités transatlantique ou transasie: la plupart des universités ont décidé d’annuler toutes leurs mobilités. Elles donnent priorité à la gestion de la crise avec leurs étudiants présents. 

La rapidité avec laquelle il est devenu évident qu’on allait devoir annuler les mobilités a été très surprenante.
Catherine Léglu

Catherine Léglu,  vice-rectrice aux affaires académiques,  Uni

La situation est donc tout à fait extraordinaire?

«Il y a des situations lors desquelles on demande aux étudiants de ne pas partir, par exemple pour des raisons de sécurité ou sanitaires. Mais une pandémie globale de ce genre est exceptionnelle. Et la rapidité avec laquelle il est devenu évident qu’on allait devoir annuler les mobilités a été très surprenante.

Certains étudiants de l’Uni qui auraient dû partir lors de ce semestre outre-Atlantique et qui ne le peuvent pas suivent-ils quand même les cours à distance?

«C’est quelque chose dont on a discuté cet été, car quelques universités l’ont proposé, mais cela n’a pas été accepté. Car le but de la mobilité est aussi de voyager, d’être dans une autre culture, un autre pays… Pas d’être en ligne et de suivre des cours dans une langue apprise comme 3e ou 4e langue. On a proposé à ces étudiants soit de se replier sur une solution de mobilité Erasmus, soit de reporter cette mobilité à plus tard. 

Vous avez pu facilement proposer des solutions de rechange aux étudiants?

«Cela s’est fait dans certains cas. Mais pour cet automne, il a fallu prendre des décisions claires. Plusieurs universités allemandes ont ainsi reporté le début du semestre à novembre. On a donc dû annuler ces mobilités-là, car cela aurait décalé le calendrier académique de ces étudiants, qui n’auraient pu commencer le second semestre dans les temps chez eux. Mais on a pu leur offrir des alternatives. 

Même si à l’Uni la mobilité est obligatoire, qu’est ce qui influence le choix de la destination?

«Il y a trois raisons principales. Nous avons tout d’abord des étudiants qui ne veulent pas trop s’éloigner, garder un contact avec leur famille. Ceux-là iront à Metz, Trèves ou Nancy et pourront rentrer chez eux le week-end. Ensuite, des étudiants veulent vivre l’expérience d’un autre pays, d’une autre culture qu’ils connaissent parfois un peu, comme le Portugal, l’Italie… Enfin, on a ceux qui veulent quitter, aller loin et vivre une expérience qu’ils ne pourront peut-être pas avoir par ailleurs. Ceux-là partent par exemple en Australie, au Japon, en Corée du Sud… Souvent c’est l’idée de pouvoir étudier dans un autre cadre, de découvrir une autre langue, explorer une autre culture qui motive plutôt que les études elles-mêmes. Même si on a parfois des étudiants qui demandent à aller dans une université précise qui propose un cursus précis. 

Nous avons 400 partenariats de mobilité, dont 350 dans le cadre d’Erasmus.
Catherine Léglu

Catherine Léglu,  vice-rectrice aux affaires académiques,  Uni

Comment envisagez-vous les choses pour les mois à venir, parvenez-vous à mieux anticiper les événements?

«On se doute hélas qu’il y aura des annulations au second semestre, surtout dans le cadre non UE. On voit partout dans le monde des secondes vagues. Rien n’est encore certain, beaucoup d’étudiants ont reporté leur mobilité au second semestre et on essaye de trouver des solutions pour eux en cas d’annulation. Cela crée en plus un goulot d’étranglement puisqu’il y a ceux qui devaient partir au dernier semestre de l’année académique 2019-2020 et qui ont reporté avec l’espoir de partir maintenant, ceux qui devaient partir maintenant, mais ont reporté à janvier ou février… Si ceux-là ne peuvent pas partir, cela va être compliqué, car ils vont s’ajouter à ceux qui auraient dû partir normalement en janvier ou février. Cela va augmenter d’un coup le nombre d’étudiants qui doivent partir, mais aussi ceux qui devraient arriver chez nous.  

L’Uni pourrait-elle à un moment refuser des étudiants étrangers faute de place?

«Dans le cadre d’Erasmus il y a souvent un numerus clausus pour le nombre de places, prévu dans les accords. L’avantage avec Erasmus c’est que l’on sait donc à l’avance combien de places sont accessibles puisque le principe est un échange. Si on envoie 10 étudiants, on devrait en recevoir normalement 10.

Combien d’universités sont-elles partenaires de l’Uni dans le cadre de la mobilité?

«Nous avons 400 partenariats pour les bachelors et les masters. Et sur ces 400, 350 sont des échanges Erasmus. Parfois, il s’agit de plusieurs départements dans une même université ou de plusieurs universités dans une même ville. 

La mobilité reste donc importante?

«Oui, elle demeure très importante, notamment car on estime que l’université est aussi le moment d’avoir une ouverture sur le monde. Et la mobilité fait partie de cela.  Maintenant, le crise sanitaire va changer sans doute aussi notre rapport au voyage, le rendre plus difficile.»