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Art contemporain

La maison rêvée



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L’installation d’Ulla von Brandenburg est incontestablement l’œuvre la plus remarquable de l’exposition. (Photo: Andrés Lejona)

Le Casino Luxembourg a invité le collectif InSitu qui a conçu une exposition pensée autour de la maison et du potentiel psychologique de l’environnement domestique.

Le collectif InSitu se compose de quatre commissaires d’horizons variés, mais qui se sont rencontrés à Berlin: la Française Marie Graftieaux, l’Autrichienne Nora Mayr, le Luxembourgeois Gilles Neiens et l’Australienne Lauren Reid. Ensemble, ils ont mené déjà plusieurs projets d’expositions qui ont comme point commun la volonté de dialoguer avec leur lieu de présentation et de créer des univers immersifs et multisensoriels.

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Les membres du collectif InSitu. (Photo: Insitu Collective Berlin)

Pour le Casino Luxembourg, ils ont eu envie d’explorer le potentiel psychologique de l’environnement domestique en concevant l’exposition «I dreamed I was a house».

Dans cette perspective, ils ont sélectionné cinq œuvres qui correspondent, pour eux, à cinq pièces d’une maison: l’entrée, la salle à manger, la chambre des parents, la chambre des enfants, le bureau et la cave. À chaque fois, le visiteur vit une expérience sensitive et éprouve des émotions différentes.

«L’analyse psychologique des rêves nous explique que lorsqu’on rêve d’une maison, on rêve de soi. Nous avons donc abordé chaque espace de la maison comme une facette différente d’une personne», explique Gilles Neiens. «Cette exposition permet de reconsidérer l’espace du Casino», a déclaré Kevin Muhlen, directeur du centre d’art. «Cette approche, qui consiste à travailler avec des commissaires invités, nous offre la possibilité de raviver le lieu et de provoquer la rencontre.»

«C, Ü, I, T, H, E, A, K, O, G, N, B, D, F, R, M, P, L, II» de Ulla von Brandenburg. (Photo: Andrés Lejona)

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«À la carte», Aurora Sander. (Photo: Andrés Lejona)

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Une exposition-maison

Le visiteur commence par traverser ce qui représente le couloir d’entrée de la maison: l’œuvre d’Ulla von Brandenburg est une succession de rideaux relevés à un endroit pour permettre le passage. En traversant ce tunnel de tissu, on ressent physiquement une sensation de transition, et on se prend aussi un peu pour Alice au pays des merveilles, le passage se faisant de plus en plus étroit.

Attiré par le son d’une vidéo, le visiteur découvre, à la fin, un écran sur lequel une succession d’autres rideaux se lèvent, mais sans jamais rien révéler. «Cette œuvre est aussi un discours sur le savoir», explique Marie Graftieaux. «Le son que l’on entend est une interprétation du poème ‘Conversation avec la pierre’ de Wislawa Szymborska, qui pose la question du savoir et de l’impossibilité de tout savoir. On entre étape par étape, on pense pouvoir trouver une explication, mais en fait, c’est une action vaine, car il est impossible de tout savoir.»

Puis, on arrive dans la salle à manger, la pièce certainement la plus sociale de la maison. À la fois lieu de divertissement et d’hospitalité, nous sommes accueillis par des créatures inspirées du monde sous-marin. Un crabe-robot sert les plats, les mets sont dressés sur la table-coquille.

Avec un très grand humour, Aurora Sander transforme un des tableaux de la salle en vidéo dans laquelle une dynamique sociale bien particulière est expliquée à la manière d’un documentaire animalier: l’écosystème de l’art contemporain, où les artistes sont des poissons multicolores, les curateurs des crabes prédateurs, et les galeristes des coquillages qui capturent les artistes sur leur passage.

Place à l’intimité

Puis, on découvre la chambre parentale, où la sensualité, l’intimité et l’érotisme sont suggérés par Julie Favreau grâce aux matières, et une vidéo dans laquelle le son et l’image sont associés pour créer un effet d’«autonomous sensory meridian response» (ASMR) qui est «un effet censé être proche de celui de l’orgasme» explique la commissaire Nora Mayr.

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«Delicat Pulse, video still», Julie Favreau. (Photo: Julie Favreau)

Après les parents, les enfants, et leur univers coloré imaginé par Anna Hulačová: les outils agricoles deviennent de nouveaux jouets pour ces enfants sans visage dont la forme est inspirée de l’esthétique soviétique dans laquelle l’artiste a grandi.

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«Sunshine heritage for sons and daughters», Anna Hulacova. (Photo: Andrés Lejona)

En transition, on passe par l’étude d’Alvaro Urbano, un espace mélancolique, propice à l’introspection, scandé par le rythme de la pluie qui coule le long de la fenêtre. Pourtant, ici, tout est illusion, puisque les meubles sont en carton et la plante verte en métal.

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«Child Unleashed», Markus Selg. (Photo: Andrés Lejona)

Et pour terminer, on passe par la cave, certainement la pièce la plus métaphorique. Ici, on plonge dans les entrailles de notre conscience, avec un mélange d’objets personnels de l’artiste Markus Selg et des objets créés.

Un lieu renfermé, avec des motifs psychédéliques, un désordre apparent qui est pourtant porteur de nombreuses significations. Un collage de la vie de l’artiste qui, à travers cette installation, nous invite à nous poser la question suivante: «Et vous, si votre conscience était une maison, à quoi ressemblerait-elle?»