Quelle sera votre priorité pour la Ville si vous êtes réélue bourgmestre à l’issue des élections communales?
– «La qualité de vie de nos habitants est essentielle, et ce dans tous les quartiers. Or, c’est un défi énorme, car la Ville a connu une croissance extraordinaire au cours des 10 ou 15 dernières années. Je veux donc qu’elle conserve une atmosphère agréable et conviviale pour ses habitants, tout en leur permettant de profiter de l’ensemble des services que la commune peut leur offrir.
Avez-vous quelques chiffres pour illustrer et bien comprendre l’étendue de ce défi?
«La Ville de Luxembourg représente 2% du territoire national, dont la moitié est constituée de forêts, de parcs, de champs. Donc, sur 1% du territoire vit 20% de la population du pays et, surtout, se situent plus de 40% des emplois. Nous sommes aujourd’hui 133.000 habitants, avec une croissance entre 2,5% et 3% chaque année. Et, pendant la journée, nous sommes même le double – plus de 250.000.
Dans ces conditions, comment comptez-vous préserver, et même améliorer la qualité de vie des habitants?
«En jouant sur de nombreux tableaux, que ce soit au niveau du logement, de la mobilité, de l’aménagement urbain, des espaces verts, des crèches, des écoles, des aires de jeux… En essayant également de créer cette atmosphère de convivialité dans les centres des quartiers, notamment en plantant des arbres. Mais aussi en veillant à ce que les habitants puissent s’approvisionner dans les commerces situés le plus près possible des habitations. Car c’est cela, la qualité de vie: pouvoir vivre dans son quartier avec des commerces de première nécessité ainsi qu’une école et des crèches pour ses enfants.
La crise du logement n’est pas liée qu’à la capitale, mais elle y est particulièrement prégnante. Quelle solution proposez-vous?
«Le premier plan d’urbanisme, le plan Vago – qui date des années 60 –, prévoyait que la Ville pouvait atteindre 167.000 habitants. Donc il y a encore de nombreuses possibilités de construire. Et nous avons de grands projets. Il y a notamment la porte de Hollerich, où 50% des terrains nous appartiennent. Ainsi que le grand projet Paul Wurth-van Landewyck qui a été adopté, et où il y aura plus de 2.000 habitations. Nous avons le site Villeroy & Boch où, là aussi, près de la moitié des terrains nous appartiennent et où nous allons commencer à bâtir. Et puis l’énorme projet route d’Arlon, qui accueillera plus de 1.000 habitations.
Ces logements auront-ils vocation à être abordables? La Ville n’en compte pour l’instant que 2,5%…
«Ces logements devront rester aux mains de la Ville, pour les louer, et de préférence en logements abordables. Car un de nos grands problèmes, ce sont ces gens qui travaillent mais qui n’ont pas les revenus leur permettant de vivre en ville. Je veux vraiment les aider et leur permettre de vivre dans un logement digne.
Plus de logements, cela signifie plus d’habitants, et donc un vrai défi au niveau de la mobilité. Comment y répondre?
«Tout d’abord, le problème vient des 40% d’emplois concentrés dans la ville, donc de l’extérieur. Il serait beaucoup plus simple d’avoir de la mobilité douce si ces 120.000 personnes n’avaient pas à faire ces trajets chaque jour. Les transports publics sont bien sûr très importants pour résoudre ce problème, mais la compétence de la Ville se limite au territoire de la commune. Donc les efforts au niveau national sont très importants afin que les gens puissent venir par le biais des transports publics et non pas avec leur voiture individuelle. Dans cette perspective, il faut continuer à créer des P+R autour de la ville, puis amener les gens dans le centre-ville grâce au tram ou au bus.

Le premier mandat de Lydie Polfer remonte à plus de 40 ans. (Photo: Maison Moderne)
Mais comment organiser la mobilité douce au cœur de la ville?
«Tout d’abord, nous voulons prendre des mesures pour réduire, voire empêcher le trafic de transit – même si, évidemment, les résidents doivent toujours pouvoir avoir accès à leurs habitations. Puis les quartiers doivent être organisés de manière à ce que chacun puisse faire ses achats de première nécessité dans un rayon abordable, ce qui encouragera les gens à recourir à la mobilité douce. Et quand je parle de mobilité douce, je parle surtout des piétons. Ou alors du vélo, et pour encourager le recours à celui-ci, il faut des projets concrets pour améliorer la sécurité ainsi que la connectivité. Par contre, il n’est pas possible de parler de mobilité seulement en parlant du vélo. Il faut aussi recourir au bus, au tram ou au train. Mais aussi à la voiture, car on ne pourra pas avoir une ville sans voitures. Celle-ci aura donc toujours sa place.
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Comment fait-on pour attirer de nouveaux commerces dans les quartiers?
«Le commerce a changé. Aujourd’hui, les jeunes commandent énormément de choses sur internet et ne vont plus dans les magasins. Avec le ministère de l’Économie, nous avons donc mis en place une plateforme sur laquelle les magasins peuvent s’inscrire afin que les gens puissent voir ce qu’ils ont à offrir – avec l’objectif de les inciter à venir en magasin. Mais le commerce doit aussi s’adapter aux besoins et aux goûts de la clientèle. Il y a un an et demi, alors que plusieurs magasins étaient vides, nous avons créé les pop-up stores: nous payons un certain loyer et nous sous-louons pour de petites périodes, souvent à de jeunes entrepreneurs qui testent le marché – et cela fonctionne très bien. Mais ce n’est pas une fin en soi, car cela montre qu’il y a un problème.
Peut-on parler d’un véritable problème d’insécurité à Luxembourg-ville, ou s’agit-il davantage d’un sentiment d’insécurité?
«Ce n’est pas un sentiment d’insécurité, c’est un fait d’insécurité. Quand, d’une année à l’autre, les infractions augmentent de 25%, ce n’est pas un sentiment. Or, quand on se soucie de la sécurité des gens, ce n’est pas le “tout sécuritaire”, ce n’est pas liberté contre sécurité, car la sécurité, c’est aussi la base de la liberté. Quand on entend ce qui se passe… Chaque jour, dans les parcs, des jeunes attaquent des gens au couteau – il faut réagir!
En politique, la confiance est essentielle. Elle se construit et ne se décrète pas.
C’est un thème que vous portez depuis longtemps, mais la situation ne semble pas s’améliorer…
«Nous faisons énormément en matière de prévention sociale. Mais, malgré cela, la criminalité a augmenté… Il faut donc d’autres moyens pour la justice et pour la police, notamment en ressources humaines, ou en leur donnant les moyens d’être plus efficaces.
Vous portez, tout comme le CSV, l’idée d’avoir à nouveau une police municipale…
«Le bourgmestre n’est pas le chef de la police, donc nous ne pouvons pas fixer les priorités, car ce n’est pas de notre ressort. Or, cette situation n’est plus possible. Bien sûr, il faut travailler ensemble avec la police nationale et au niveau de l’instruction judiciaire. Mais il faut aussi une présence policière qui puisse être gérée par la Ville.
Vous avez été bourgmestre de Luxembourg-ville durant de nombreuses années. Qu’est-ce qui peut convaincre les électeurs de vous élire à nouveau à la tête de la capitale?
«En politique, la confiance est essentielle. Elle se construit et ne se décrète pas. Or, au cours des longues années où j’ai exercé des responsabilités, les gens m’ont fait confiance et m’ont confié des responsabilités. Je peux être fière de beaucoup de projets que j’ai initiés et menés à leur terme. Et j’ai toujours eu comme ligne de conduite de ne pas faire de promesses que je sais ne pas pouvoir tenir. Ce sentiment de confiance est aussi très important au sein de l’administration de la Ville. Nous sommes près de 4.000. Le respect vis-à-vis de tous est, pour moi, essentiel, car vous ne faites rien toute seule.»
Cette interview a été rédigée pour l’édition magazine de parue le 24 mai 2023. Le contenu du magazine est produit en exclusivité pour le magazine. Il est publié sur le site pour contribuer aux archives complètes de Paperjam.
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