POLITIQUE & INSTITUTIONS — Justice

Le gouverneur de la banque centrale sur le gril

Le Luxembourg se joint aux enquêtes contre Salamé



La justice luxembourgeoise s’est jointe aux enquêtes française et suisse sur l’étendue et l’origine du patrimoine du gouverneur de la Banque centrale du Liban, Riad Salamé. (Photo: BCL)

La justice luxembourgeoise s’est jointe aux enquêtes française et suisse sur l’étendue et l’origine du patrimoine du gouverneur de la Banque centrale du Liban, Riad Salamé. (Photo: BCL)

Comment le gouverneur de la Banque centrale libanaise, Riad Salamé, a-t-il fait pour investir des centaines de millions d’euros dans de l’immobilier, se demandent les justices française, suisse, et désormais luxembourgeoise. 

Le Luxembourg pouvait difficilement faire autrement. Six mois après le dépôt d’une plainte, en France, par l’association Sherpa , pour «des faits de blanchiment en lien avec l’externalisation de capitaux considérables à compter de la crise de l’automne 2019, mais également des conditions suspectes dans lesquelles ont été acquis, par des responsables libanais privés ou publics, ces dernières années, sur le territoire français, des biens immobiliers parfois très luxueux», les enquêteurs, en France et en Suisse, ont découvert un dédale de sociétés dans de nombreux pays européens.

Ce vendredi, l’Organized Crime and Corruption Reporting Project indique que la justice luxembourgeoise s’est jointe à l’enquête. Une enquête qui se demande comment l’actuel gouverneur de la Banque centrale du Liban, Riad Salamé, installé là par les Hariri dont il était le banquier personnel chez Merril Lynch, a pu accumuler des centaines de millions d’euros de fortune personnelle.

Trois sociétés visées au Luxembourg

Au Luxembourg, trois sociétés sont visées, dont il est le bénéficiaire économique ultime, Fulwood Invest, BR 209 Invest et Stockwell Investissement.

Selon les derniers bilans disponibles, Stockwell aurait dans son patrimoine quatre immeubles commerciaux et autant de parkings au Feilitzstrasse 7-9, à Munich, et un immeuble situé Gärtnerplatz 1, toujours à Munich, acquis en 2017, qui ont rapporté plus de 400.000 euros à la société. Ils ont été acquis pour 6,4 et 3,7 millions d’euros et la société rembourse des crédits de 4,2 millions d’euros au Luxembourg et de 3,1 millions d’euros en Allemagne.

Au fil du temps, Fulwood a acquis six propriétés, au Royaume-Uni, pour 39,1 millions de livres, et a revendu celle de King’s Court cette année pour 11 millions de livres, empochant une plus-value de 1,2 million au passage. Toutes ces acquisitions ont été financées par des prêts de l’actionnaire unique, BR 209 Invest.

Cette dernière consolide cinq lignes, dont Fulwood. Deux immeubles de bureaux à Bruxelles (Louise 209A 1 et Louise 209A 2), un immeuble de bureaux à Munich (Afiaa Dock 13) et H-Invest.

Selon l’OCCRP, les sociétés sont administrées par des proches du gouverneur de la Banque centrale du Liban, en l’occurrence son fils, Nadi Salamé, pour Fulwood et BR 209 Invest, et par son neveu, Marwan Issa El Khoury, pour Fulwood. À mesure que les médias ont commencé les publications, les «comptables» ont disparu du paysage. Comme Jean Naveaux, qui a quitté Fulwood début juin, et Jalyne, qui était au rang des administrateurs fin juin. Ou comme Jean Gabriel et CD Management, qui ont démissionné de Stockwell au début de l’été.

Selon le New York Times, qui a mené l’enquête avec quatre journalistes sur trois continents, «M. Salamé, 70 ans, a refusé d’être interviewé pour cet article, n’a pas répondu à nos questions écrites et nie toute malversation. Il maintient s’être constitué une fortune personnelle de 23 millions de dollars au cours de ses 20 ans de carrière chez Merrill Lynch, avant sa nomination à la tête de la Banque centrale.»