LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Culture

Secret d’histoire (8/10)

Le Luxembourg raconté en histoire: 1942



Le profil de la Grande-Duchesse Charlotte orne une épingle de la résistance avec le signe de la victoire, collection Lëtzebuerg City Museum. (Photo: Lëtzebuerg City Museum)

Le profil de la Grande-Duchesse Charlotte orne une épingle de la résistance avec le signe de la victoire, collection Lëtzebuerg City Museum. (Photo: Lëtzebuerg City Museum)

Le Luxembourg se raconte aussi par son histoire, les grandes dates et les petites anecdotes, ces événements qui ont façonné le Grand-Duché jusqu’à ce qu’il devienne ce qu’il est aujourd’hui. Tout au long de l’été, Paperjam a demandé à l’historien Guy Thewes, directeur des 2 Musées de la Ville de Luxembourg, de raconter l’histoire du pays à travers 10 dates. Pour cette septième étape dans le temps, repartons le 30 août 1942.

30 août 1942

L’enrôlement de force des Luxembourgeois

Malgré les garanties des traités internationaux et un statut de neutralité, l’indépendance du Grand-Duché reste longtemps précaire. À deux reprises, le pays sera occupé par les Allemands. Pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), l’occupation se limite à une présence militaire. Par contre, au cours du second conflit mondial, le Luxembourg traverse la plus grande épreuve de son existence. Dès 1940, il passe sous administration allemande directe. Les mesures de l’occupant nazi visent l’annexion de fait du Luxembourg – même si celle-ci n’est pas officiellement déclarée – et la germanisation de la population. Le 30 août 1942 marque le tournant définitif vers un régime de terreur.

Ce jour-là, le chef de l’administration civile allemande, le Gauleiter Gustav Simon, introduit le service militaire obligatoire pour les jeunes Luxembourgeois. Cette décision provoque des actes de désobéissance et des grèves spontanées un peu partout dans le pays. La réaction de l’occupant est immédiate: exécutions des meneurs et déportation des récalcitrants. En tout, 10.211 Luxembourgeois ont été enrôlés de force dans la Wehrmacht. Plus d’un tiers ont refusé de porter l’uniforme allemand et sont entrés dans la clandestinité. 2.848 incorporés de force sont morts sur les champs de bataille ou en captivité. 1942 représente une véritable cassure: la résistance s’accentue et la collaboration devient encore plus odieuse.

Le gouvernement luxembourgeois, en exil à Londres, prend pleinement conscience du danger qu’encourt l’identité nationale si la victoire se fait trop attendre. Il abandonne toute neutralité. Son engagement sans faille dans le camp des alliés est à l’origine de la formidable «carrière internationale» que le Luxembourg entamera une fois libéré en 1944. En revanche, les relations germano-luxembourgeoises mettront de longues années à se normaliser après la guerre. 

Épingle de la résistance avec le profil de la Grande-Duchesse Charlotte et le signe de la victoire, collection Lëtzebuerg City Museum (Photo: Lëtzebuerg City Museum)

1 / 4

Le Luxembourg parmi les pays alliés en guerre contre l’Allemagne hitlérienne, affiche, vers 1942, collection Lëtzebuerg City Museum (Photo: Lëtzebuerg City Museum)

2 / 4

Affiche annonçant l’exécution des grévistes, 1942, collection Lëtzebuerg City Museum (Photo: Lëtzebuerg City Museum)

3 / 4

Aigle nazi de la période d’occupation, 1940-1944, collection Archives nationales de Luxembourg, dépôt au Lëtzebuerg City Museum (Photo: Lëtzebuerg City Museum)

4 / 4

Guy Thewes est docteur en histoire. Après quelques années d’enseignement, il entre au service du Musée d’histoire de la Ville de Luxembourg en 1993 en tant qu’historien, avant de devenir conservateur en 1999. Aujourd’hui, il est directeur des 2 Musées de la Ville de Luxembourg. Il est également secrétaire général de l’Institut grand-ducal de Luxembourg et représentant de la Ville de Luxembourg au sein du Réseau des villes fortifiées de la Grande Région.