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Le Luxembourg ne veut pas éteindre le chauffage en terrasse



C’est la fin des terrasses chauffées en France, mais pas encore au Luxembourg. (Photo: Mathilde Obert)

C’est la fin des terrasses chauffées en France, mais pas encore au Luxembourg. (Photo: Mathilde Obert)

Alors que les restaurateurs et cafetiers ne pourront plus chauffer leurs terrasses extérieures à partir du 31 mars en France, le sujet n’est toujours pas d’actualité au Luxembourg, où l’on craint des conséquences économiques néfastes. Le ministère de l’Environnement garde tout de même ce sujet à l’œil.

Vous ne devriez pas trouver de terrasses extérieures chauffées si vous prenez un verre du côté français de la frontière le week-end prochain. La France les interdit à partir du 31 mars, mettant en cause leur «non-sens absolu» d’un point de vue écologique. Le Luxembourg pourrait-il faire de même?

«Une interdiction des terrasses chauffées n’est actuellement pas prévue», répond le ministère des Classes moyennes. Qui justifie: «Elles représentent un avantage pour les entreprises du secteur horeca tant sur le plan économique que sanitaire. Elles permettent notamment de prolonger la saison des terrasses et d’attirer ainsi davantage de clients. Pour un secteur qui a beaucoup souffert ces deux dernières années, c’est un atout non négligeable. À cela s’ajoute le fait que nous nous trouvons toujours en période de pandémie et que certaines personnes évitent des espaces fermés pour des raisons sanitaires.» Les hébergements touristiques qui reçoivent l’écolabel n’ont d’ailleurs aucune obligation de renoncer aux chauffages ou aux climatisations extérieurs.

Le sujet pourrait cependant redevenir d’actualité. Le ministère de l’Environnement luxembourgeois se dit «très attentif aux détails de la mise en œuvre en France, avant qu’une telle discussion ne soit ouverte au Luxembourg». Il rappelle accueillir «en principe favorablement toute mesure visant à réduire la consommation d’énergie».

La fédération Horesca n’est pas convaincue

Pour le président de la fédération Horesca, François Koepp , «c’est encore une idée à la c…», lâche-t-il. «Surtout en cette période de pandémie, qui n’est pas terminée.» Il rejoint le ministère des Classes moyennes sur ses arguments sanitaires et économiques. Tout en ajoutant que «ce n’est pas avec cela que nous allons gagner la guerre du climat», mettant en avant d’autres sources de pollution, comme la guerre en Ukraine. Même à plus long terme, après le Covid, «cela ne va pas aider. Les cafetiers qui ont investi dans des chauffages vont les utiliser dans le domaine privé, on va l’interdire dans les commerces, mais pas à la maison. C’est juste ennuyer un secteur entier», résume-t-il. 

Que représente réellement la consommation d’une terrasse chauffée? «Cela dépend du type de chauffage, de la puissance à laquelle on l’utilise, car on ne le met pas toujours au maximum, de la taille de la terrasse, de la température extérieure», détaille Andy Welter, conseiller à Klima-Agence. En prenant l’exemple d’un chauffage de 2.000W, deux seraient nécessaires pour chauffer un espace de 5 mètres de large et 10 mètres de long, selon lui. Utilisés pendant une heure, ils consommeraient alors 4kW, calcule-t-il. Pendant 5 heures, on passe à 20kW, ce qui équivaut, en termes de pollution, à «rouler 100 kilomètres avec une voiture», compare-t-il.

D’importantes émissions de CO 2

En France, Le Figaro cite le cabinet de conseil Carbone 4 , selon lequel «le bilan carbone d’une terrasse équipée de quatre braseros au gaz, allumés à pleine puissance pendant 8 heures, est équivalent à celui d’un trajet de 350km en voiture». Sur Linkedin, l’ingénieur Thierry Salomon de l’association Négawatt va plus loin en imaginant une terrasse de 15 mètres de long sur 5 de large, équipée de cinq braseros allumés de 8h à 22h chaque jour, de mi-novembre à mi-mars. Résultat: elle émettrait 13,7 tonnes de CO2, «de quoi faire trois fois le tour de la terre en voiture».

La ministre déléguée à la Transition écologique en France, Emmanuelle Wargon, estime d’ailleurs que l’interdiction pour les bars et restaurants de chauffer leurs terrasses extérieures permettrait d’économiser un demi-million de tonnes de CO2 chaque année.

Avant cette décision nationale, plusieurs villes françaises avaient pris les devants, comme Rennes, qui a aboli les terrasses chauffées dès 2020.  À Luxembourg-ville, «une telle mesure n’est pas envisagée. Bien-sûr, la Ville estime que les commerces du secteur horeca doivent adopter les bons gestes et faire une utilisatin responsable de l’énergie, notamment en recourant à des équipements énergétiquement efficients».