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Visite officielle

Luxembourg et Russie ont des atouts pour se plaire



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Les deux premiers ministres se sont notamment promenés dans les rues de la capitale en se dirigeant vers le Lëtzebuerg City Museum. (Photo: SIP / Emmanuel Claude)

Le Premier ministre de la Fédération de Russie, Dmitri Medvedev, est au Luxembourg pour une visite officielle d’un peu plus de 24 heures. L’occasion de renforcer les liens qui unissent déjà les deux pays.

La visite officielle du Premier ministre de la Fédération de Russie , Dmitri Medvedev, accompagné d’une importante délégation, entre ce mardi 14h et ce mercredi 15h30, est un réel événement au Luxembourg. Les liens entre les deux pays ne cessent de se renforcer. Le voyage du ministre Étienne Schneider (LSAP) à Moscou voici quelques semaines à peine en a été un autre signe évident. Mais qu’est-ce qui peut ainsi intéresser les Luxembourgeois chez les Russes et les Russes chez les Luxembourgeois?

151 millions d’euros exportés en 2017

Alors que l’économie mondiale a connu une belle croissance, le marché luxembourgeois reste relativement petit et donc rapidement saturé. Pour soutenir leur propre croissance et leur développement, les entreprises locales doivent donc se tourner vers l’étranger. «La Russie est un choix parmi beaucoup d’autres, et un marché avec un grand potentiel», souligne Steven Koener, attaché aux affaires internationales Russia, CIS, Europe à la Chambre de commerce.

«Le volume des exportations de biens du Grand-Duché vers la Russie a plus que septuplé sur les deux dernières décennies: environ 21 millions d’euros en 1997, 151 millions d’euros en 2017, principalement via la vente de machinerie lourde, d’appareils électriques, de produits chimiques, de caoutchouc et de métaux de base.»

Les entreprises luxembourgeoises peuvent profiter d’un marché de 190 millions de personnes.

Steven Koener,  attaché aux affaires internationales,  Chambre de commerce

Historiquement, des liens entre les deux pays ont existé via la sidérurgie. «Aujourd’hui, les flux financiers et les échanges de services ont pris le pas sur les échanges purement commerciaux. L’export de services vers la Russie s’élevait à 36 millions d’euros en 2002 et a atteint plus de 237 millions d’euros l’année dernière, selon le Statec. Cette croissance est relativement importante, mais ces chiffres sont faibles en termes d’échanges absolus, si l’on compare les échanges commerciaux actuels du pays, notamment avec les États-Unis ou la Chine», analyse encore Steven Koener.

Les entreprises luxembourgeoises ayant un point d’entrée en Russie peuvent profiter d’un marché potentiel de 142 millions de personnes. «Mais via les accords entre Russie et Biélorussie, Kazakhstan, Arménie et Kirghizistan, c’est en réalité un potentiel de 190 millions d’habitants.»

Un investisseur choyé

En Russie, on a aussi vite compris qu’il fallait choyer le Luxembourg, cité voici quelques années comme le troisième investisseur dans le pays. «Attention, les chiffres peuvent être traîtres», précise la Chambre de commerce. «La place financière luxembourgeoise représente 62% du marché mondial d’investissements transfrontaliers distribués dans 70 pays. Or, la source des fonds administrés et domiciliés au Grand-Duché ne provient pas forcément toujours du Luxembourg. Les gestionnaires d’actifs sont souvent basés à l’étranger et ne font que choisir le Luxembourg comme plate-forme pour son expertise internationale inégalée.»

Néanmoins, le Luxembourg reste un des plus importants investisseurs en Russie, avec des changements de position d’année en année dans le ranking.

Les deux premiers ministres se sont promenés dans les rues de la capitale en se dirigeant vers le Lëtzebuerg City Museum. (Photo: SIP / Emmanuel Claude)

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Lydie Polfer, bourgmestre de la Ville de Luxembourg, Dimitri Medvedev, Premier ministre de la fédération de Russie et Xavier Bettel, Premier ministre lors de la visite Lëtzebuerg City Museum. (Photo: SIP / Charles Caratini)

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Lydie Polfer, bourgmestre de la Ville de Luxembourg, Xavier Bettel, Premier ministre et Dimitri Medvedev, Premier ministre de la fédération de Russie. (Photo: SIP / Emmanuel Claude)

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Paul Wurth, Guardian Glass...

Mais combien sont-ils à avoir fait le choix de la Russie? Difficile à dire en ce qui concerne ceux qui y sont actifs sans avoir de présence locale. Par contre, le groupe Paul Wurth, ArcelorMittal, Guardian Glass ou Accumalux font partie des industriels à y avoir une implantation. Jan De Nul y a un projet majeur, Cargolux dessert l’aéroport de Novossibirsk. Et le cabinet Arendt & Medernach a une représentation à Moscou.

«Tout type de société peut s’installer en Russie, mais cela peut être plus ou moins difficile. La Chambre de commerce est donc là pour explorer les opportunités et faciliter l’accès au marché pour ses membres», développe encore Steven Koener. En octobre 2018, une visite accompagnée au forum d’innovation à Skolkovo a regroupé 40 représentants de 24 entreprises luxembourgeoises.

Plus c’est local, meilleur c’est

Car comme c’est le cas avec la Chine, faire du business en Russie demande une certaine expertise et un certain savoir-faire. «Le marché russe peut prendre plus de temps de gestion que la plupart des marchés européens», concède Steven Koener. De plus, «lorsqu’elles s’attaquent au marché russe, les entreprises intéressées doivent envisager de localiser certaines de leurs opérations en Russie. Plus une société devient ‘locale’ en construisant un réseau en collaboration avec des partenaires locaux, meilleures sont ses chances de remporter des marchés publics et de s’étendre dans le marché intérieur.

Choisir le bon endroit pour promouvoir ou commencer ses affaires est tout aussi important: chacun des gouvernements fédéraux sujets de la Fédération de Russie a son propre profil sectoriel, économique, culturel et ses propres caractéristiques politiques. Des entreprises intéressées dans les mines devraient prendre en compte les régions des montagnes de l’Oural, Norilsk ou Novossibirsk en fonction du type de métal; Moscou, Saint-Pétersbourg, l’Oural, la région de la Volga et l’ouest de la Sibérie pour la construction de machines; la région de Lipetsk, de la Volga ou Tcherepovets pour la pétrochimie; la ville de Moscou pour les finances...»

Grâce aux accords de coopération entre la CLC et la Chambre de commerce fédérale de Russie, de même que grâce au lien entre Luxinnovation et la fondation Skolkovo dans le domaine des technologies innovantes, les entreprises innovantes et les start-up constitueront les prochains investisseurs prioritaires.

Lydie Polfer, bourgmestre de la Ville de Luxembourg, Dimitri Medvedev, Premier ministre de la fédération de Russie et Xavier Bettel, Premier ministre lors de la visite Lëtzebuerg City Museum. (Photo: SIP / Charles Caratini)

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Dimitri Medvedev, Premier ministre de la fédération de Russie, Xavier Bettel, Premier ministre et Étienne Schneider, Vice-Premier ministre et ministre de l'Économie. (Photo: SIP / Jean-Christophe Verhaegen)

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Dîner restreint offert par le Premier ministre, ministre d'État, Xavier Bettel en l'honneur du Premier ministre de la fédération de Russie, Dimitri Medvedev. (Phot: SIP / Jean-Christophe Verhaegen)

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Expertise internationale

Et qu’est-ce que les Russes peuvent bien trouver au Luxembourg qui puisse les intéresser? «Sans aucun doute, des entreprises de pointe dont ils ne disposent pas chez eux», concède un expert. Steven Koener avance, pour sa part, que «le Luxembourg est fort d’une expertise internationale reconnue dans de nombreux domaines et d’une situation privilégiée en Europe sur le plan géographique».

Le domaine spatial, dans lequel le Luxembourg est à la pointe, pourrait-il séduire les Russes? «L’histoire récente et les nombreux accords signés démontrent que le monde entier s’intéresse au Luxembourg et aux développements dans le spatial. La Russie est une nation historiquement intéressée par la conquête spatiale et ne peut donc être une exception», concède, pour finir, Steven Koener.

À la Luxembourg Space Agency, on fait preuve de plus de prudence. «Il n’y a rien de concret encore pour le moment avec la Russie, rien qui ne sera signé très prochainement», nous dit-on. Avant de préciser «que cela ne veut pas dire qu’il n’y aura rien plus tard, que rien n’est déjà dans le pipeline, que rien ne se discute».

Les plus belles pages de l’histoire d’amour entre le Luxembourg et la Russie sont encore à écrire. Mais le flirt en prélude est déjà bien réel.