Le va dans le bon sens. Mais Bruxelles doit aller plus loin. Et plus vite. C’est ce qui ressort du débat, mercredi au Parlement européen, concernant le soutien à l’acier européen. Central pour le continent et le Luxembourg, le secteur est confronté à l’explosion des coûts de l’énergie, à des surcapacités mondiales massives – alimentées par les pratiques chinoises – et aux tarifs douaniers de 25% imposés par Donald Trump.
Le centriste français Christophe Grudler, membre de la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie du Parlement européen, est en pointe dans ce dossier. Il appelle l’UE à «prendre des mesures plus drastiques pour défendre nos aciéries».
Ce plan d’action comporte de nombreuses mesures. Si vous deviez en retenir une seule, ce serait laquelle?
Christophe Grudler. – «Celle qui me paraît la plus significative concerne les marchés publics. Ceux-ci représentent environ 14% du PIB européen. Décider que l’acier propre produit en Europe devra être privilégié dans ces marchés, c’est un signal politique et économique très fort. Cela ouvre des débouchés.
J’ai toujours défendu l’idée que si nous imposons des contraintes de décarbonation à nos industriels, alors nous devons aussi leur donner les moyens de réussir, notamment via la commande publique. Il serait incohérent d’imposer ces exigences tout en continuant à importer de l’acier bon marché, mais très carboné, simplement parce qu’il coûte quelques euros de moins. Il faut que nos marchés publics fassent un choix stratégique.
Cette mesure phare s’inscrit dans un plan global, qui comprend aussi des volets essentiels sur l’énergie abordable, l’utilisation de l’hydrogène, etc. N’oublions pas que ce secteur représente 2,6 millions d’emplois en Europe. L’acier n’est pas un vestige du passé: il est crucial pour nos industries, nos infrastructures, nos transports. Il fallait agir, et ce plan le permet, à condition que les annonces soient suivies d’effets rapides. Nous sommes en pleine guerre commerciale mondiale. L’UE doit soutenir l’acier avec force et sans délai.
Ce plan arrive-t-il trop tard?
«Je pourrais dire ‘mieux vaut tard que jamais’, mais je pense sincèrement qu’il n’est pas trop tard. Des mesures existent déjà. Les lois antidumping ont permis de protéger nos producteurs européens jusqu’à présent. Et nous avons désormais une vraie perspective. J’ai cité à la tribune l’exemple de l’acte délégué très attendu sur l’hydrogène bas carbone. Il pourrait être adopté dès avril. Nous devons mettre la pression sur la Commission pour que les textes d’application sortent rapidement.
Il faut sortir du cycle où l’on vote un texte le matin, où l’on tergiverse le lendemain et où l’on met tout en pause l’année suivante. Ce temps-là est révolu. C’est maintenant le temps de l’action.
L’enjeu, c’est l’accès à une énergie abordable. Que ce soit de l’électricité ou de l’hydrogène.
Comment concilier le soutien à l’industrie sidérurgique avec les objectifs de décarbonation?
«L’enjeu, c’est l’accès à une énergie abordable. Que ce soit de l’électricité ou de l’hydrogène, il nous faut une énergie bon marché pour des industries qui en consomment énormément. Si nous y parvenons, nous pourrons produire de l’acier décarboné à des prix compétitifs. Cela permettra à l’Europe de se positionner comme un modèle. En disant: ‘Chez nous, les voitures sont fabriquées avec de l’acier propre’, nous envoyons un message fort au reste du monde.
Ce modèle vertueux est notre force face aux États-Unis ou à d’autres pays qui continuent à miser sur les énergies fossiles. Si l’énergie reste abordable, notre industrie restera compétitive. La décarbonation ne doit pas être vue comme un fardeau, mais comme une marque de fabrique européenne. Il faut simplement que les conditions de production soient viables économiquement.
Dans le sillage de ce plan d’action, faut-il renforcer le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM)?
«Il faut en effet aller plus loin. Le CBAM doit s’appliquer non seulement aux matières premières comme l’acier brut, mais aussi aux produits transformés. Il est incohérent de taxer l’acier fortement carboné à l’entrée de l’UE, tout en laissant passer sans autre une voiture fabriquée avec ce même acier.
C’est une question d’équité. Si nous produisons une voiture en Europe avec de l’acier décarboné, et qu’elle est mise en concurrence avec un véhicule fabriqué ailleurs à partir d’acier polluant, c’est une double peine pour nos industriels. Nous devons donc élargir le CBAM à tous les produits contenant de l’acier ou des métaux concernés, quelle que soit leur forme.
Il faut aussi s’assurer que ce mécanisme soit conforme aux règles de l’OMC. Prenons l’exemple des Philippines, qui achètent de l’acier chinois et le réexportent vers l’Europe. En tant que pays en développement, ils échappent à certaines règles antidumping. Ce genre de contournement est inacceptable. Qu’importe l’origine: si le produit est carboné, il doit être soumis au même traitement. Nous attendons des règles claires et fermes.»