On connaît les grandes lignes du . Un projet porté par qui veut lutter contre la fragmentation de la société luxembourgeoise menacée pour partie par la crise du logement.
Vous avez annoncé hier vos dix priorités pour les élections législatives. Quelle est la philosophie de ce cadre?
Luc Frieden: «C’est un programme qui allie économie, responsabilité sociale et durabilité sans mettre un de ces sujets au-dessus des autres. Nous voulons un équilibre qui fasse que les gens vivent mieux ensemble.
La réduction de la charge fiscale, l’accroissement de l’offre de logements, le soutien aux jeunes familles, la compétitivité des entreprises, l’accroissement des énergies renouvelables et une amélioration de l’accès à la santé sont les éléments clés pour assurer cette cohérence entre l’économie, le social et la durabilité.
Vous employez le terme «vivre ensemble». Pensez-vous que la société soit fragmentée ou en cours de fragmentation?
«La société est en cours de fragmentation à cause essentiellement du problème du logement. Il est donc absolument nécessaire que la politique actuelle soit changée fondamentalement. Il faut aussi que les gens puissent disposer de plus de revenus nets pour vivre. Non seulement pour pouvoir rembourser les prêts ou payer les loyers, mais aussi pour faire face à un renchérissement de la vie de tous les jours.
J’ajouterais que l’insécurité qui a augmenté est aussi en partie la conséquence d’une fragmentation de la société. La sécurité doit aussi être une priorité pour le prochain gouvernement pour qu’une vie en commun harmonieuse tant sur le plan matériel que sur le plan physique reste possible.
Nous estimons qu’à l’intérieur du périmètre de construction, des études d’impact supplémentaires freinent trop la construction.
Le logement est une de vos priorités. Parmi vos propositions, on trouve la volonté d’accélérer les procédures, en limitant les freins administratifs, dont les études d’impact. N’est-ce pas un point de vue très polémique pour une grande partie de l’électorat sensible au thème du développement durable?
«La crise du logement est une priorité absolue. Si on veut la résoudre, il faut assumer de faire des choix. Nous estimons qu’à l’intérieur du périmètre de construction – donc là où les communes ont décidé qu’on peut construire –, des études d’impact supplémentaires freinent trop la construction. Il faut qu’il n’y ait pas de mesures de compensation à l’intérieur du périmètre. Et nous estimons aussi qu’il faut construire un peu plus haut et un peu plus dense à l’intérieur des grandes agglomérations. Le développement durable n’est pas en contradiction avec ces objectifs si nous agissons au niveau des matériaux de construction, de l’énergie et de la mobilité.
Accroître l’offre, y compris par des mesures fiscales, est pour moi l’élément essentiel pour résoudre le problème du logement.
Ce volontarisme politique affiché, notamment sur la question du logement, aura un coût pour les finances publiques. Comment pouvez-vous concilier baisse d’impôts et hausse des dépenses pour financer vos priorités?
«Nous estimons qu’une baisse des impôts pour les personnes physiques comme pour les personnes morales entraîne une hausse de l’activité économique. Si vous baissez les impôts pour les personnes, ils vont consommer plus. Si vous baissez les impôts pour les entreprises – et notamment si vous leur permettez de faire des déductions fiscales pour soutenir la transition écologique et digitale –, elles seront plus compétitives. Et donc par plus de consommation et par plus d’investissements, le pays sera plus attractif et donc plus d’impôts seront payés. C’est la logique sous-jacente à notre projet sur les finances publiques.
Moins d’impôts crée plus d’activité. C’est un cadre de référence qui pouvait être pertinent ces dernières années. Mais dans un contexte de hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, l’est-il encore?
«Notre programme couvre les cinq prochaines années. Et il est fort probable que l’inflation revienne d’ici là à un niveau moins élevé. Je crois vraiment que notamment les mesures fiscales pour encourager le logement, mais aussi la rénovation énergétique des immeubles existants vont favoriser l’émergence de nouvelles activités dont profiteront notamment l’artisanat et tout le tissu économique du pays.
Nous souhaitons faire du Luxembourg la capitale de la finance durable.
Une hausse des dépenses conjuguée à une baisse des impôts conduit à une hausse de la dette. Est-ce que la dette a vocation à devenir un mode de financement du budget? Et où mettez-vous la barre de l’endettement?
«Notre ligne de conduite est le maintien du triple A. Et dans les circonstances actuelles, nous estimons que le taux d’endettement doit rester autour de 30% du PIB pour ne pas le mettre en danger. La courbe ascendante de la dette doit être stoppée. L’endettement supplémentaire doit être limité à de grands défis comme la construction de logements subventionnés ou le développement des énergies renouvelables qui sont des dépenses d’investissement sur une période limitée. La dette ne doit pas servir à financer les activités courantes de l’État.
Allez-vous élaborer une réforme fiscale globale?
«Une réforme fiscale est urgente, elle figure dans notre programme et elle doit couvrir l’ensemble des sujets que j’ai abordés, tant pour les personnes physiques que pour les personnes morales. Pour les personnes morales, il s’agit surtout de la superdéduction pour les investissements dans la transition écologique et digitale et la réduction du taux de l’impôt sur le revenu des collectivités pour aboutir à la moyenne de l’OCDE. Pour les personnes physiques, l’imposition doit commencer plus tard et augmenter moins vite. Il faut aussi des mesures fiscales spéciales pour les jeunes qui commencent à travailler. Enfin, il faut soutenir davantage les personnes monoparentales ainsi que les veufs en prolongeant de trois à six ans la période du changement de la classe d’imposition à la suite du divorce ou du décès du partenaire.
La taxe d’abonnement suscite un rejet commun de la part de la place financière. Comptez-vous la supprimer ou la conserver?
«Nous souhaitons la supprimer pour tous les fonds qui investissent dans des produits ESG. Nous souhaitons faire du Luxembourg la capitale de la finance durable.
L’intelligence artificielle est la question sociale d’actualité. Certains y voient un risque pour l’emploi, d’autres une opportunité. Quelle est votre position sur le sujet?
«Je suis toujours ouvert à toute évolution technologique. J’en vois toujours les opportunités avant d’y voir des risques. Il appartient à ceux qui gouvernent d’encadrer les risques. Mais il ne faut en aucun cas bloquer les évolutions technologiques. Et cela vaut pour l’intelligence artificielle tout comme cela vaut pour les différentes sources d’énergie renouvelable. Il faut être ouvert à tout pour justement faire évoluer un pays.
Et c’est pour cela aussi qu’en matière de digitalisation, je souhaite aller plus loin. Nous voulons que l’État fasse un grand bond en avant sur ce sujet.»