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Sortie au cinéma

«Lost in the 80s», dans une décennie qui reste d’actualité



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La transformation du boulevard Royal, rebaptisé boulevard «Banal» par certains, montre combien la décennie a vu le pays se transformer. (Photo: «Lost in the 80s» /Capture d’écran)

Pour son 16e documentaire, Andy Bausch retourne dans les années 80. «Lost in the 80s» retrace les éléments marquants d’une décennie fondatrice. Entre images d’archives et témoignages, zoom sur un Luxembourg à la croisée des chemins. Sortie le 9 octobre.

Une décennie de transition. De peur. Et de combats. C’est sur fond de crise sidérurgique et de grande angoisse pour le pays que s’ouvre le nouveau documentaire réalisé par Andy Bausch.

«Lost in the 80s» propose un voyage dans le temps, il y a presque quarante ans. Lorsque le Grand-Duché était confronté à une crise industrielle cataclysmique: la fin de l’âge d’or de la sidérurgie.

Acculée, l’Arbed demande l’aide de l’État qui injecte quelque 40 milliards de francs luxembourgeois et met en place des mesures d’urgence: impôt de solidarité, chômage partiel... Quarante ans plus tard, les Aciéries Réunies de Burbach-Eich-Dudelange sont devenues Arcelor puis ArcelorMittal, coupant à chaque fois un peu plus le lien fusionnel entre les habitants et l’entreprise qui avait contribué à l’essor du pays.

«10 années sans sommeil»

Durant le documentaire de 93 minutes, 23 témoins partagent leurs souvenirs – avec le recul qu’offre le temps qui passe – sur une vingtaine de sujets. L’ensemble est complété par des images et interviews d’archives et la bande-son d’une époque où tout semblait possible.

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Quelques scènes de fiction à l’atmosphère «100% eighties» ponctuent le documentaire conté par Jay Schiltz. Ici, Luc Schiltz et André Jung. Corinne Wiron et Ben Reichling font également leur apparition. (Photo: Claude Piscitelli)

«Les années 80? C’est comme passer 10 années sans sommeil!», témoigne l’ancien journaliste et actuellement porte-parole de la police grand-ducale, Vic Reuter. Pour RTL, il avait notamment couvert la fameuse affaire du ou des poseurs de bombe qui ont fait trembler le pays entre 1984 et 1986: le «Bommeleeër». Une vingtaine d’attentats jamais élucidés… Malgré une enquête interminable et le recours au FBI.

L’image de la poussière mise sous un tapis est utilisée dans le documentaire pour illustrer la sensibilité et le secret qui continuent encore d’entourer cette affaire sur laquelle le Premier ministre en poste, Jacques Santer (CSV), interrogé dans le film, reste évasif.

Du boulevard Royal au boulevard «Banal»

L’attaque à la bombe toujours, mais par le gang dit «de Waldbillig» cette fois, du siège de la Banque internationale à Luxembourg rappelle par le tragique un autre aspect de la décennie: le passage d’un pays sidérurgique à une place financière importante.

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Tournage d’une scène de fiction représentant le braquage du siège de la Bil. (Photo: Claude Piscitelli)

Les banques sont partout. Et le marketing joue à plein pour que les guichets et les produits financiers entrent dans le quotidien des Luxembourgeois. Le boulevard Royal devient quant à lui le boulevard «Banal» à force de destruction des villas historiques qui le bordaient pour bâtir des buildings, pour certains insipides.

D’un monolithisme économique à un autre, les banques et leurs secrets étaient entourés d’un tabou. Quand le «dentiste belge» se rendait dans les agences situées à la gare à sa descente du train, quand la Banco Ambrosiano – détenue par le Vatican – faisait parler d’elle, quand des opérations de la CIA étaient financées en partie via le Luxembourg.

L’espace, l’identité et l’écologie, déjà

Des «affaires» délicates que le réalisateur et les intervenants abordent à juste titre et qui donnent à réfléchir. Tout comme en visionnant les images du lancement du premier satellite de SES. Un pari un peu fou qui avait engagé l’État avec une garantie de 5 milliards de francs. Déjà, des experts internationaux – américains – aidaient les autorités. Quarante ans plus tard, l’aventure Spaceresources.lu recourt aussi à de la matière grise étrangère… et suscite le débat politique.

En 1983, le jour de la Fête nationale, les membres du Gréng Alternativ Partei (ancêtre du parti Déi Gréng) plantent symboliquement un arbre devant la Chambre des députés pour montrer qu’ils veulent prendre racine dans le débat politique. Des manifestations massives sont aussi organisées pour clamer le rejet du nucléaire suite à la catastrophe de Tchernobyl et autour du projet avorté de centrale de Remerschen puis de celle, bien réelle, de Cattenom.

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Le pin’s avec le logo anti énergie atomique a vu le jour dans les années 80. (Photo: DR)

Remis au goût du jour lors de la campagne des législatives de 2018, le débat sur la place de la langue et, par prolongement, de l’identité luxembourgeoise s’est véritablement cristallisé dans les années 80, notamment par le biais d’auteurs désireux de donner ses lettres de noblesse à la littérature rédigée dans la langue nationale.

Une décennie marquée également par une professionnalisation progressive du théâtre et du cinéma. Comme des moyens pour la jeunesse d’exprimer sa vision d’un monde engendrant autant de crainte que d’espoir.

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L’affiche du film (Photo: «Lost in the 80s»)

1980-1989: en 10 ans, le Luxembourg aura entamé une mue vers ce qu’il est aujourd’hui. En remontant à nouveau dans le temps après «D’Fifties» (2013) et «Sixty8» (2017), Andy Bausch permet au spectateur de mieux comprendre un pays qui a dû se transformer rapidement. Et ouvre certaines questions sur l’avenir du Luxembourg.

«Lost in the 80s»

Réalisation et scénario: Andy Bausch

Production et distribution: Paul Thiltges

Sortie le 9 octobre 2019

En luxembourgeois, sous-titré en anglais et français

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L’équipe de «Lost in the 80s». (Photo: Claude Piscitelli)