ENTREPRISES & STRATÉGIES — Immobilier

Immobilier résidentiel

Le logement de l’après-Covid-19



La crise du Covid-19 va avoir des conséquences sur le marché immobilier résidentiel. (Photo: CBRE)

La crise du Covid-19 va avoir des conséquences sur le marché immobilier résidentiel. (Photo: CBRE)

Depuis ce lundi 11 mai, les agences immobilières ont de nouveau l’autorisation de pratiquer les visites des biens disponibles sur le marché. Mais est-ce que la crise du Covid-19 va avoir des impacts sur les demandes de logements? 

L’heure est désormais au déconfinement pour plusieurs secteurs. C’est le cas pour l’immobilier aussi, puisque les agents peuvent, à partir de ce lundi 11 mai, recommencer les visites «physiques» des biens disponibles sur le marché, tout en respectant les gestes barrières et certaines mesures de sécurité.

«Pendant le confinement, la demande a fortement chuté», explique Kathia Robert, directrice du secteur Résidentiel chez CBRE Luxembourg . «Ceci nous a permis de parfaitement renseigner les demandes qui nous sont parvenues et d’être actifs sur les projets en cours de développement. Le travail est resté très productif avec les promoteurs», explique-t-elle. «Les transactions initiées avant la crise ont été menées à terme et quelques nouvelles transactions VEFA ont pu être finalisées.

Des actes notariés ont eu lieu, et même si beaucoup de procédures ont été fortement ralenties, une partie de l’activité a été maintenue. Plutôt qu’un effet de panique, je dirais plutôt que les actions ont été menées avec prudence. Les particuliers qui ont un projet d’acquisition et qui disposent d’un budget adéquat ne remettent pas celle-ci en question.»

Vers une fluctuation des prix?

Mais cette crise du Covid-19 pourrait-elle avoir comme effet une fluctuation, voire une chute des prix de l’immobilier résidentiel?

«Si les acquéreurs-occupants restent proactifs, on sent en revanche que les investisseurs prennent un peu de recul. Ils ne remettent pas nécessairement en question leurs investissements, mais ont besoin de sentir le marché. Cependant, il semble que l’argent reste disponible chez les grands investisseurs, et le Luxembourg reste un pays attractif qui les intéresse de plus en plus. Les grands ensembles résidentiels les intéressent toujours, la confiance reste, et le logement est toujours un besoin primaire à assouvir. C’est une des raisons pour lesquelles l’immobilier résidentiel ne devrait pas s’effondrer», rassure Kathia Robert.

Plutôt qu’une baisse des prix, la directrice du département Résidentiel voit plutôt un effet de stabilisation. «Je ne pense pas que les prix vont baisser, car la demande reste toujours plus forte que l’offre. De plus, il faudra aussi peut-être s’attendre à ce que les personnes qui souhaitent vendre leur bien existant le retiennent encore quelques mois avant de le mettre sur le marché. Cela va créer encore plus un effet de rareté. Le résidentiel reste un secteur stable, si ce n’est en croissance, et probablement l’investissement le plus sûr en cette période de pandémie comparé à ses voisins du retail ou du bureau. C’est pourquoi je ne pense pas que les prix vont nécessairement chuter. Au pire, ils se stabiliseront pendant quelques mois pour donner le temps aux acquéreurs de reprendre confiance, au lieu de suivre la courbe de croissance que nous avons connue ces dernières années.»

Et des changements de conception?

Après avoir vécu cette utilisation intense et forcée des logements, on pourrait s’attendre à ce que les futurs acquéreurs aient de nouvelles exigences en ce qui concerne leur future habitation.

«En effet, pour les projets en développement, les promoteurs se posent déjà des questions sur les changements de besoins des futurs acquéreurs», souligne Kathia Robert. «Et des modifications sont déjà en cours. Le secteur a été très réactif. Je ne serais pas étonnée que la crise du Covid-19 accélère certains phénomènes. Le besoin d’avoir des espaces extérieurs va peut-être se traduire par le développement des toits-terrasses en toiture verte. Toutefois, je ne pense pas que la volonté d’avoir un home office va forcément se traduire par la création d’une pièce supplémentaire. L’effort financier est trop lourd à porter au vu du prix du mètre carré au Luxembourg.

Je pense que des solutions plus flexibles seront privilégiées, comme un coin bureau installé dans une chambre, la création d’un meuble pivotant qui permettrait de créer une nouvelle cloison, et donc un nouvel espace sans mobiliser toute une pièce. Les solutions apportées seront plus flexibles, plus modulables. Par ailleurs, je ne serais pas étonnée que des espaces de coworking commencent à apparaître dans les nouvelles résidences. Ces espaces pourraient bénéficier d’une très bonne connexion, de scans, d’imprimantes qui seraient partagées entre les résidents de l’immeuble. L’utilisation de ces équipements pourrait être facturée directement sur les charges des utilisateurs par exemple.

Ce sont de nouvelles stratégies qui restent à définir. On pourrait même imaginer que ces frais soient pris en charge directement par l’employeur. Avec ce que nous venons de traverser, tout est arrivé d’un coup, et nous avons dû gérer ces changements dans l’urgence. Nous n’avons pas eu le temps de trouver de nouveaux mécanismes pérennes, mais il y en aura très certainement à venir» conclut Kathia Robert.