Les amendes et coûts liés à la non-conformité aux objectifs de réduction des émissions de CO2 pourraient atteindre 15 milliards d’euros pour l’industrie automobile européenne en 2025, avertit le Clepa. (Photo: Shutterstock)

Les amendes et coûts liés à la non-conformité aux objectifs de réduction des émissions de CO2 pourraient atteindre 15 milliards d’euros pour l’industrie automobile européenne en 2025, avertit le Clepa. (Photo: Shutterstock)

Les équipementiers automobiles européens, dont l’Ilea, tirent la sonnette d’alarme face à la perte de compétitivité du secteur, miné par le coût élevé de production des véhicules électriques et une réglementation jugée trop contraignante. À l’approche de la présentation du plan d’action européen, ils exhortent Bruxelles à prendre des mesures urgentes pour préserver l’industrie.

C’est un signal d’alarme que lancent les équipementiers automobiles européens. Le Clepa (European Association of Automotive Suppliers), aux côtés de ses associations membres, dont l’Ilea (Industrie luxembourgeoise des équipementiers de l’automobile), a publié, ce 28 février, une déclaration conjointe intitulée: «L’industrie automobile européenne est en danger: comment peut-elle rebondir?».

Selon cette publication, le secteur automobile, qui emploie 13 millions de personnes et représente 7,5% du PIB européen, est «en danger». En une décennie, la demande de voitures particulières et de véhicules utilitaires a chuté de 20%. Dans le même temps, la concurrence internationale s’est intensifiée, et des réglementations de plus en plus strictes pèsent sur la compétitivité des constructeurs européens.

Parmi les principaux défis identifiés par les professionnels du secteur figure le coût de production des véhicules électriques (VE). Leur fabrication exige davantage d’énergie que celle des voitures thermiques, creusant l’écart des coûts entre l’Europe et ses principaux concurrents, les États-Unis et la Chine. Au premier semestre 2024, le prix moyen de l’énergie en Europe reste deux fois plus élevé que chez ses rivaux. Combinés à des coûts salariaux plus importants, ces facteurs pénalisent la compétitivité de l’industrie automobile européenne, analysent les associations.

Face à ce constat, le Clepa et ses partenaires plaident pour une réduction drastique des coûts énergétiques et un allègement des charges pesant sur la production des VE en Europe.

Des objectifs trop ambitieux?

Depuis vingt ans, l’Europe s’est illustrée par l’adoption de réglementations exigeantes en matière automobile. «Entre l’imposition de normes d’émissions plus strictes, l’obligation d’intégrer des systèmes de sécurité de plus en plus sophistiqués et l’exigence de rapports détaillés sur la durabilité et la diligence raisonnable des entreprises, l’Europe dépasse largement les États-Unis et la Chine en termes d’exigences réglementaires», indique le communiqué. 

Dans le même temps, Bruxelles pour l’adoption des véhicules électriques, imposant des seuils de ventes . Pourtant, en 2024, seuls , selon l’ACEA, bien loin des 25% exigés en 2025. La situation n’est pas meilleure pour les véhicules utilitaires légers, avec une part de marché de 6% en 2024, contre un objectif de 17% pour cette année.

L’inquiétude est d’autant plus grande pour les camions et bus, qui doivent atteindre 35% de véhicules électriques d’ici à 2030 et qui n’étaient seulement à 2,3% en 2024.

«Peu d’industries sont pénalisées lorsque les forces du marché libre ne suivent pas les décisions des régulateurs!», déplore le Clepa, qui estime à 15 milliards d’euros les amendes encourues par les constructeurs en 2025. «Des fonds qui seraient mieux investis dans le développement de véhicules plus performants et plus abordables.»

Repenser la stratégie industrielle européenne

Face à cette pression, les équipementiers appellent à une refonte de la stratégie industrielle européenne. L’exemple chinois est mis en avant: « (NEV), qui incluent les véhicules électriques à batterie (BEV) et les hybrides rechargeables (PHEV), en limitant les immatriculations des véhicules thermiques. Grâce à cette politique, la Chine a non seulement maîtrisé la technologie BEV, mais aussi celle des PHEV, qui restent populaires auprès des consommateurs en raison de leur flexibilité d’utilisation.»

En Europe, «l’interdiction des moteurs thermiques en 2035 a fait des PHEV une impasse technologique, sans avantage fiscal ou d’usage significatif par rapport aux véhicules à essence», insistent les associations. «L’exemple chinois, où 20% des ventes en 2024 concernaient des PHEV (contre 28% pour les BEV), montre que cette technologie – permettant une conduite zéro émission en ville et une autonomie étendue sur route – pourrait être un levier efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.»

Des mesures concrètes réclamées

Les organisations du secteur proposent plusieurs pistes pour relancer la compétitivité de l’industrie automobile européenne:

– Adapter la réglementation CO2: ajuster les normes afin d’éviter des sanctions à court terme qui fragiliseraient l’industrie. «Pour assurer une moyenne pluriannuelle conforme, une durée de cinq ans est optimale pour garantir des bénéfices concrets pour les constructeurs», estime le Clepa;

– Réduire les coûts de production: baisser le prix de l’énergie et accroître les incitations à l’innovation.

– Adopter une approche technologiquement neutre: reconnaître le potentiel des PHEV et des carburants neutres en carbone comme solutions intermédiaires.

– Alléger les contraintes administratives: réduire le fardeau réglementaire qui pèse sur l’industrie européenne, engendrant des coûts de conformité et de reporting démesurés sans réel bénéfice pour les consommateurs.

– Réviser la stratégie à moyen terme: accélérer l’évaluation des besoins du secteur pour adapter les objectifs post-2025.

«Le déclin n’est pas une fatalité, mais nous sommes à un tournant décisif: soutenir ou entraver l’industrie automobile déterminera si nous aurons un avenir prospère et propre, ou si nous nous infligerons un préjudice économique durable qui affectera le mode de vie européen pour les générations à venir», conclut la déclaration du Clepa. Un appel à l’action qui résonne alors que l’Europe s’apprête à présenter son plan d’action pour l’automobile le 5 mars.