Sur base de l’étude «The Economic Opportuniy of AI in Luxembourg» qui analyse les potentiels impacts de l’intelligence artificielle au Luxembourg, le ministre du Travail (CSV) a indiqué dans une réponse parlementaire que l’IA pourrait remplacer 6% des emplois au Luxembourg, contre 7% en moyenne dans l’UE. Selon le ministre, «l’impact global de l’IA sur le marché du travail luxembourgeois est donc plutôt perçu comme positif, en particulier dans les secteurs de la finance, de la comptabilité, du droit et de l’informatique».
L’IA pourrait ainsi renforcer 72% des emplois contre 61% en moyenne dans l’UE. 22% des emplois ne seront, eux, tout simplement pas affectés (contre 32% dans l’UE). Par ailleurs, 6% des emplois sont considérés comme «à risque» est-il indiqué dans le document parlementaire. Il s’agit principalement de fonctions administratives pour lesquelles il faudra «mettre en place des mesures préventives pour aider les travailleurs concernés à renforcer leurs compétences et à rester complémentaires à l’IA», a insisté le ministre de centre droit.
C’est tout l’enjeu du projet de loi «skills-plang» présenté aux députés fin janvier par le ministre. Il vise à favoriser la montée en compétences et la reconversion des employés confrontés à des évolutions liées à l’IA via l’introduction d’un programme de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences, en priorité pour les petites et moyennes entreprises. Il poursuit trois grands objectifs, est-il décrit dans le dossier lié à la Chambre: maintenir l’emploi des salariés grâce à des parcours de montée en compétences et de déqualification interne; renforcer l’employabilité générale des salariés formés et lutter contre le chômage; et améliorer la compétitivité et la résilience des entreprises en anticipant les besoins en compétences du marché.
Deux millions d’euros par an
Selon les contours de l’actuel projet, les salariés concernés sont ceux qui disposent d’une ancienneté d’au moins 12 mois et qui ont besoin d’une requalification d’au moins 120 heures. L’entreprise doit choisir un consultant ou une entreprise de conseil agréés pour faire approuver sa candidature par l’Adem. Le consultant doit mener une analyse prévisionnelle de la situation de l’entreprise et du plan de formation envisagé, qui sera ensuite soumise à l’Adem, avec l’objectif d’élaborer un plan de formation. Selon la fiche financière jointe au projet de loi, le budget prévoit environ 2 millions d’euros par an.
Mais lors de la présentation, le projet semble avoir du mal à convaincre. Lors de sa présentation aux députés, certains d’entre eux ont évoqué une «lourdeur administrative» et une «complexité» pour la mise en œuvre de ce projet, initié par l’ancien ministre du Travail, (LSAP) en juin 2023. La Chambre des salariés avait déjà délivré un avis sur ce projet, peu après le dépôt par le ministre socialiste. Elle pointait un «bricolage de mesures à la va-vite qui n’apporte guère de solutions pertinentes à la longue» et a rejeté le projet tel que présenté. La Chambre de commerce, qui salue le projet sur le principe et soutient son ambition, suggérait quant à elle de simplifier les modalités de mise en œuvre pour alléger la charge des entreprises.
Le projet est aussi une «suite» du Luxembourg Digital Skills Bridge, projet pilote déroulé en 2018 et 2019 par le ministère du Travail et l’Adem pour anticiper les répercussions des évolutions technologiques. Il a permis de «tester la pertinence d’un accompagnement des entreprises et de leurs salariés», rappelle l’Adem sur son site, évoquant une expérience qui va lui servir à mieux orienter son offre pour sécuriser l’employabilité des salariés luxembourgeois, notamment dans le cadre de ce nouveau projet.
Toujours en commission, l’actuel projet de loi a fait l’objet de plusieurs amendements de la Commission travail le 4 mars dernier et poursuit son parcours législatif.