LIFESTYLE & VIE PRATIQUE — Sorties

Marché de l’art

Leslie de Canchy nommée directrice de Luxembourg Art Week



Leslie de Canchy œuvre désormais à la direction de Luxembourg Art Week. Photo: Tania Bettega

Leslie de Canchy œuvre désormais à la direction de Luxembourg Art Week. Photo: Tania Bettega

Alors que les galeries d’art subissent de plein fouet la crise liée à la pandémie de Covid-19, une nouvelle nomination vient d’avoir lieu pour Luxembourg Art Week. Leslie de Canchy assurera désormais la direction et le développement de la foire aux côtés d’Alex Reding. Elle a accordé une interview à Paperjam.lu.

Vous venez d’être nommée directrice de Luxembourg Art Week. Ce n’est pas une foire qui vous est inconnue. Pouvez-vous nous rappeler votre parcours?

Leslie de Canchy. – «J’avais arrêté complètement ma vie professionnelle pendant plus de deux ans après la naissance de mes trois enfants, dont des jumeaux, en fermant définitivement ma galerie Leslie’s Artgallery au Bridel en 2013, que j’avais pendant presque sept ans. Puis j’ai rejoint Luxembourg Art Week en 2016 pour sa deuxième édition avec l’ajout de la section Take Off.  

C’était Alex Reding qui m’avait alors proposé de développer cette nouvelle section prospective, consacrée aux jeunes galeries émergentes et collectifs d’artistes proposant des œuvres à des prix abordables. J’étais tout de suite très enthousiaste, car pendant toutes mes années d’activité en tant que galeriste, je représentais essentiellement des jeunes artistes émergents nationaux et internationaux, et j’étais très engagée à soutenir et offrir une visibilité à ces artistes pour que le public puisse découvrir leurs œuvres. Le Take Off poursuivait et poursuit toujours cette même idéologie qui me correspond personnellement. À partir de 2017, et surtout les deux dernières années, j’ai étendu mes activités et missions au sein de l’organisation de la foire en prenant à charge une grande partie de l’organisation au sein de la logistique et de l’événementiel de la foire.

Pouvez-vous nous expliquer les missions qui vous sont attribuées et quel sera le rôle d’Alex Reding, initiateur de la foire qui occupait le poste de directeur de Luxembourg Art Week jusque-là?

«Alex Reding s’est lancé dans un énorme défi en 2015 avec la création de la première foire d’art contemporain au Luxembourg. Depuis, cette foire n’a cessé de se développer et de gagner en ampleur en passant de 20 exposants et 7.000 visiteurs pour son début à presque 70 exposants et plus de 15.000 visiteurs en seulement cinq ans d’existence. Parallèlement, Luxembourg Art Week a su mettre en place et développer une véritable plate-forme culturelle incluant toutes les institutions culturelles nationales et frontalières majeures, des cycles de conférences, des visites guidées, une large compagne de communication…

La taille de la foire, et toute l’organisation que celle-ci engendre à présent, nécessitait une personne à plein temps qui encadre toutes les missions et tous les objectifs de l’équipe de Luxembourg Art Week. Étant aussi galeriste, il était difficile pour Alex Reding de porter cette double casquette. Il doit consacrer plus de temps à son activité de galeriste, mais il restera évidemment le CEO de la foire. Dans ce sens-là, il ne s’agit pas de remplacer le rôle d’Alex Reding, mais de venir le compléter, d’accomplir et de développer plus de missions dans le but d’une meilleure gestion relationnelle et expansion de la foire.

Mes missions principales consisteront surtout à poursuivre et développer davantage différents volets de Luxembourg Art Week: continuer la prospection des nouveaux exposants internationaux et fidéliser nos galeristes; entretenir et approfondir nos relations avec tous nos sponsors et en chercher de nouveaux; maintenir une coopération dynamique avec les institutions culturelles majeures, mais aussi avec la Ville de Luxembourg et le ministère de la Culture qui sont des partenaires précieux et indispensables pour la foire; élargir la popularité de l’événement au niveau national, mais également vers les pays limitrophes grâce à une communication ciblée et au Programme VIP.

Luxembourg Art Week est l’occasion de découvrir et d’acheter des œuvres d’art. (Photo: Mike Zenari)

Luxembourg Art Week est l’occasion de découvrir et d’acheter des œuvres d’art. (Photo: Mike Zenari)

Nous connaissons actuellement une situation sans précédent avec la pandémie de Covid-19. Quelles conséquences a-t-elle sur le monde du marché de l’art?

«La pandémie de Covid-19 impacte l’ensemble de la vie culturelle, et le marché de l’art subi inévitablement les conséquences: les expositions et les ventes sont reportées voir annulées, les galeries sont fermées. L’annulation de certaines foires porte un autre coup dur à l’économie des galeries, car chaque foire est une plate-forme très importante pour gagner de nouveaux clients nationaux et internationaux, nouer des relations, échanger…

Il faut inventer et trouver de nouvelles façons pour que les professionnels de l’art et leurs publics puissent rester et entrer en contact. Et ceci rapidement afin de garantir une continuité de ventes d’œuvres indispensables aux galeries que ne disposent souvent que de très peu de trésorerie. La vente en ligne d’œuvres d’art et la visite virtuelle des expositions semblent être des solutions, mais leur mise en place est souvent difficile et avec un succès non garanti.

Et pour Luxembourg Art Week, quelles pourraient être les conséquences?

«La section Take Off de Luxembourg Art Week est la plus menacée, car les petites galeries, qui sont déjà en temps normal particulièrement fragiles, ont aujourd’hui du mal à faire face à cette situation. Après la crise financière de 2008, plus de 30% des galeries avaient disparu. À cette première crise s’ajoutent la crise de 2020 et la problématique du confinement.

Nous avons la chance que Luxembourg Art Week, the Fair se déroule seulement au mois de novembre, ce qui laisse encore du temps et de l’espoir pour que la situation revienne à la normale ou du moins sous contrôle, et donc gérable. Il est impératif de rester confiant face au futur, d’avancer dans l’organisation de cet événement, tout en restant prudent, car personne ne sait à l’heure actuelle à quel point notre foire d’art va être impactée et sous quelle forme cette foire, qui est censée regrouper plus de 70 galeries et accueillir plus de 15.000 visiteurs, va pouvoir avoir lieu. Nous espérons qu’au mois de novembre, il sera possible à nouveau de voyager et de se rendre dans de grands événements fréquentés.

Nous suivons attentivement toutes les hypothèses concernant la pandémie et nous développons actuellement plusieurs scénarios pour la foire et l’événement culturel qui l’encadre. Nous pouvons être réactifs et allons nous adapter aux contraintes qui nous seront imposées et auxquelles nous devons faire face.

Mais il n’est pas question de baisser les bras. La sixième édition de Luxembourg Art Week aura lieu, car cette foire va être favorable au redémarrage du marché de l’art, après cette longue période de confinement et d’anxiété dans la population. L’ambiance d’une foire engendre toujours l’envie d’acheter de l’art. Il est impératif de pouvoir offrir une plate-forme de vente aux galeries nationales et internationales, afin de leur permettre de redémarrer leurs activités, de pouvoir rencontrer des amateurs d’art et des collectionneurs, d’avoir à nouveau l’opportunité d’échanger entre confrères, et que le public rencontre de nouveau physiquement les œuvres d’art, étape si importante pour conclure une vente.

Quelles sont vos ambitions pour l’édition 2020 de Luxembourg Art Week? 

«Aujourd’hui nous avons pour ambition principale que la sixième édition se déroule de la même manière que l’année dernière, avec en plus plusieurs nouveautés que nous avons développées ces derniers mois et que nous continuons à vouloir mettre en place.

Notre ambition est de réunir tous nos efforts pour faire venir un plus grand public de collectionneurs et amateurs d’art à ce grand rendez-vous en novembre. À cet effet, nous avons élargi notre Programme VIP vers les pays limitrophes et nous travaillons avec les Amis des musées du Luxembourg pour inviter les Amis des musées de l’étranger, démarche amorcée en 2019 avec un grand succès et que nous voulons développer encore plus pour l’édition 2020.

Nous continuons toujours notre prospection et nos relations avec les galeries étrangères pour les faire venir au Luxembourg, afin de pouvoir continuer à enrichir et rafraîchir l’offre des exposants de Luxembourg Art Week.

Nous sommes aujourd’hui à six mois de l’ouverture de la foire. À quoi travaillez-vous en ce moment?

«La situation actuelle de confinement se différencie énormément du quotidien de travail à six mois avant l’ouverture de la foire. Il a fallu que toute notre équipe s’adapte et anticipe les besoins. Beaucoup de choses ne peuvent pas encore être validées définitivement dues aux inconnues de la pandémie, mais nous continuons en essayant de développer plusieurs alternatives. 

Dans ce contexte, je me suis essentiellement concentrée ce dernier mois sur les relations que nous entretenons avec nos exposants, nos sponsors et partenaires, mais aussi nos fournisseurs et prestataires. Il était impératif d’échanger avec eux en ces temps perturbés, de trouver des stratégies, des solutions, et même de se rassurer et de se motiver face à une situation future inconnue.      

Pouvez-vous déjà annoncer une nouveauté pour cette prochaine édition?

«Il y aura du nouveau concernant la scénographie de la foire et concernant nos exposants. Nous développons un Focus Bruxelles où quelques jeunes galeries bruxelloises sont invitées dans la section Take Off par un curateur belge à montrer des œuvres inédites. Et pour que la journée du vendredi soit mieux fréquentée, nous travaillons sur une formule Early Acces, avec un nombre important de workshops et de conférences.»