Sur quoi déboucheront les annonces du président américain, Donald Trump, cette semaine: à des ouragans économiques aux effets encore très incertains. (Photo: Shutterstock)

Sur quoi déboucheront les annonces du président américain, Donald Trump, cette semaine: à des ouragans économiques aux effets encore très incertains. (Photo: Shutterstock)

Après la folle semaine que le président américain, Donald Trump, a imposée aux bourses mondiales avec le relèvement des droits de douane et les contre-mesures prises notamment par la Chine, analyser les conséquences est encore bien hasardeux: les exemples récents montrent que les effets dépendent du contexte économique et que les Américains eux-mêmes ont beaucoup à perdre.

«Il ne veut pas limiter les importations américaines, il veut augmenter les exportations américaines. Comment faire ? Imposer des droits de douane prohibitifs, puis négocier. Négocier quoi? Négocier que des partenaires européens donnent une préférence aux produits américains plutôt qu’asiatiques, que des entreprises s’installent aux États-Unis et, surtout, que les institutions financières étrangères, y compris les banques centrales, souscrivent à des obligations publiques américaines à très long terme.» Dans un de ses nombreux posts d’analyse, Bruno Colmant s’installe dans le fauteuil du président américain, Donald Trump, pour regarder la situation. Toujours une bonne idée au lieu de regarder une réalité par notre propre prisme.

Mais au-delà de cette vision qui peut parfaitement s’entendre, les études récentes offrent des éléments beaucoup plus nuancés, parfois contradictoires, sur les effets d’un relèvement des droits de douane. Une étude portant sur les pays du G20 a trouvé une corrélation négative entre les tarifs et la croissance économique, suggérant que des droits de douane élevés peuvent freiner le développement économique. Les nouvelles recherches de Christopher Meissner, professeur d'économie au College of Letters and Science de l'UC Davis, montrent qu'à la fin du XIXe siècle, les droits de douane n'ont pas amélioré la productivité des entreprises américaines, mais ont eu l'effet inverse. L'étude de Meissner sur les droits de douane américains de 1870 à 1909 a révélé qu'une augmentation de 10 points de pourcentage des droits de douane réduisait la productivité nationale de 25 à 35 %. Et le chercheur assure que ces nouveaux droits de douane n’ont rien de différents de ceux-là.

Et aujourd’hui? Dans une économie mondialisée très différente? Les effets des droits de douane dépendent de nombreux facteurs, notamment la structure économique du pays, la nature des industries protégées, et les réactions des partenaires commerciaux. Si, dans certains cas, des tarifs peuvent temporairement protéger des industries naissantes, ils peuvent également entraîner des inefficacités, des hausses de prix pour les consommateurs et des représailles commerciales.

Les multiples conséquences potentielles

Diminution de la production et de la productivité nationales: selon une étude de la Banque mondiale qui paraît déjà ancienne, les augmentations de droits de douane sont associées à des baisses persistantes et significatives de la production et de la productivité nationales. Cette étude, portant sur 151 pays de 1963 à 2014, utilise une méthode d'estimation d'impulsions-réponses qui permet d'établir cette corrélation. L'étude suggère que les effets négatifs sur la production et la productivité sont amplifiés lorsque les tarifs sont augmentés pendant les périodes d'expansion économique. De plus, l'analyse au niveau de l'industrie révèle que les augmentations des tarifs sur les intrants entraînent des baisses importantes de la production et de la productivité sectorielles. Cette diminution de la productivité pourrait être due aux effets de gaspillage du protectionnisme, qui réduisent l'efficience de l'utilisation du travail. Les tarifs sur les intrants rendent également la production moins efficace.

Augmentation du chômage et des inégalités: l'étude de la Banque mondiale indique que les hausses de tarifs sont suivies d'une augmentation du chômage et des inégalités. Cette augmentation du chômage pourrait être une conséquence de la baisse de la demande pour les produits nationaux due à des prix plus élevés ou à des mesures de rétorsion, entraînant des licenciements. L'augmentation des inégalités pourrait résulter de la hausse du chômage et du fait que le protectionnisme pourrait avantager davantage les riches que les pauvres par le biais de la recherche de rentes.

Appréciation du taux de change réel: selon la Banque mondiale, les tarifs douaniers entraînent une appréciation du taux de change réel. Cela signifie que la monnaie nationale devient plus chère par rapport aux autres monnaies, ce qui peut nuire à la compétitivité des exportations en les rendant plus coûteuses pour les acheteurs étrangers.

Effets insignifiants sur la balance commerciale: les chercheurs de la Banque mondiale n'ont pas trouvé d'effet significatif des tarifs sur la balance commerciale. Ceci pourrait être dû en partie à l'appréciation du taux de change réel qui compense les effets directs de la protection en rendant les importations relativement moins chères et les exportations plus chères. La politique commerciale a peu d'effet sur la balance commerciale en l'absence de changements dans l'épargne ou l'investissement.

Réduction de la consommation et de l'investissement: la baisse de la production observée après une augmentation des tarifs semble être entraînée par des diminutions de la consommation et de l'investissement. Bien que l'effet sur l'investissement ne soit pas toujours statistiquement significatif à court terme, il peut persister à long terme en raison de l'impact négatif sur la chaîne de production et la confiance des entreprises. Une augmentation des tarifs peut entraîner une baisse de la demande intérieure plus importante qu'une baisse des tarifs n'entraîne une augmentation, ce qui affecte la consommation.

Déclin des exportations et des importations: l'imposition de tarifs entraîne une diminution à la fois des exportations et des importations réelles. Les tarifs rendent les importations plus chères, réduisant leur volume, tandis que l'appréciation du taux de change et les mesures de rétorsion peuvent freiner les exportations.

Effets asymétriques des augmentations et des baisses de tarifs: l'étude de la Banque Mondiale met en évidence que les augmentations de tarifs ont un impact négatif plus important sur l'économie que les baisses de tarifs n'ont un impact positif. Les baisses de tarifs entraînent des gains en production et en productivité beaucoup plus faibles que les pertes observées lors d'augmentations. Cela pourrait être lié à des effets intertemporels sur la demande intérieure : les hausses de tarifs peuvent entraîner une augmentation des achats avant leur mise en place, suivie d'un effondrement, tandis que les baisses peuvent entraîner un léger report des achats en anticipation de prix plus bas.

Impact plus important sur les économies avancées et petites: les coûts de production liés aux augmentations de tarifs semblent plus importants pour les pays avancés et les petites économies que pour les pays en développement et les grandes économies. Pour les économies avancées, la baisse de la production après une hausse des tarifs est plus marquée que pour les autres économies. Les petites économies sont plus susceptibles de subir des effets plus néfastes sur le chômage et les inégalités en raison des tarifs. Cela pourrait refléter des considérations de tarifs optimaux ou le fait que les pays riches sont plus ouverts et donc plus exposés aux chocs tarifaires.

Perturbations des chaînes d'approvisionnement: selon les analystes de Schroders et selon les chercheurs du Richmond Fed, les tarifs douaniers peuvent perturber considérablement les chaînes d'approvisionnement pour les entreprises nationales et internationales. L'incertitude créée par les tarifs peut rendre difficile la planification des décisions d'approvisionnement à long terme. Les entreprises pourraient chercher à diversifier leurs chaînes d'approvisionnement pour éviter l'impact des tarifs. Ce phénomène de réorganisation peut cependant prendre du temps et engendrer des coûts.

Augmentation des coûts et de l'inflation pour les consommateurs : selon ces deux mêmes sources, les tarifs peuvent rendre les produits importés plus chers, ce qui se traduit par une hausse des prix à la consommation et de l'inflation. Le fardeau des tarifs est généralement répercuté sur les consommateurs et les entreprises nationales. La Chambre de commerce du Canada estime que des tarifs de 25 % pourraient entraîner un coût moyen de 1.900 dollars par an pour les ménages canadiens en raison de la réduction du PIB.

Incertitude économique et impact sur les dépenses: les tarifs douaniers ajoutent une couche d'incertitude économique qui peut affecter les dépenses des entreprises et des consommateurs. Cette incertitude peut freiner les investissements et la consommation en raison de la difficulté à anticiper les coûts futurs et les conditions du marché. Plus de 30 % des entreprises interrogées dans le cadre du First Quarter 2025 CFO Survey considéraient le commerce et les tarifs comme leur préoccupation commerciale la plus urgente.

Utilisation comme outil de politique commerciale et diplomatique: les tarifs sont utilisés par les gouvernements pour soutenir les entreprises nationales en rendant les produits locaux plus compétitifs et pour créer un effet de levier diplomatique contre d'autres pays. Selon Schroders, les tarifs sont un outil clé pour protéger les industries et l'emploi aux États-Unis.

Risque de guerres tarifaires et de mesures de rétorsion: l'imposition de tarifs par un pays peut entraîner des mesures de rétorsion de la part d'autres pays, conduisant à des guerres tarifaires qui peuvent nuire au commerce international et à la croissance économique. Le Canada a par exemple annoncé des mesures de rétorsion en réponse aux tarifs américains sur l'acier et l'aluminium. Et ce vendredi soir, la Chine a répliqué avec 34% de droits de douane pour les produits américains.

Vulnérabilité de certains secteurs et pays: les secteurs fortement dépendants des importations ou des exportations vers les pays imposant des tarifs sont particulièrement vulnérables. Selon Schroders, des pays comme le Mexique et le Canada, en raison de leur forte intégration économique avec les États-Unis, sont particulièrement exposés en termes de pourcentage de leur PIB dépendant des exportations vers les États-Unis. Taïwan est également très exposé en termes de revenus boursiers provenant des États-Unis.

Impact politique et exclusions tarifaires: les décisions tarifaires sont intrinsèquement des décisions politiques, souvent prises dans le but de répondre à des préoccupations nationales ou d'exercer une pression sur d'autres nations. Des exclusions tarifaires peuvent également être accordées pour certains produits ou pays en fonction de considérations stratégiques ou de pressions lobbying.

Conséquences pour les États-Unis

• Selon les chercheurs du Richmond Fed, les tarifs douaniers mis en place par les États-Unis sont susceptibles d'augmenter les coûts des intrants pour les entreprises américaines. Cela peut réduire leur compétitivité et potentiellement entraîner une baisse de la production.

• Ces mêmes tarifs peuvent entraîner une hausse des prix à la consommation aux États-Unis, selon Schroeder et les chercheurs du Richmond Fed. La transmission des coûts des tarifs aux consommateurs est généralement élevée.

• L'incertitude économique générée par les tarifs pourrait affecter négativement les dépenses des entreprises et des consommateurs américains. Cette incertitude peut freiner les décisions d'investissement et de consommation.

• Bien que l'objectif déclaré de certains tarifs soit de protéger les industries et l'emploi aux États-Unis, selon Schroders, l'expérience des tarifs de 2018-2019 suggère que l'augmentation de la production et de l'emploi nationaux pourrait être modeste, car les entreprises ont tendance à réorganiser leurs chaînes d'approvisionnement vers d'autres pays. Le Richmond Fed souligne que les nouvelles mesures tarifaires ciblant le Canada, le Mexique, l'UE et les automobiles pourraient entraîner des perturbations généralisées dans des secteurs clés.

• Le déficit commercial des États-Unis est souvent cité comme une préoccupation et un indicateur de risque tarifaire, selon Schroders. Cependant, l'augmentation des tarifs ne garantit pas une réduction de ce déficit, car les exportations peuvent également diminuer et le taux de change peut s'apprécier.

• Certains secteurs américains, comme l'agriculture, ont subi des dommages importants en raison des mesures de rétorsion imposées par d'autres pays en réponse aux tarifs américains.

Conséquences pour le reste du monde

• Selon Schroders, les pays exportant vers les États-Unis, comme le Mexique et le Canada, sont particulièrement exposés car une part significative de leur PIB dépend de ces exportations. Une baisse de la demande américaine due aux tarifs peut avoir un impact économique considérable sur ces pays.

• Les tarifs douaniers peuvent perturber les chaînes d'approvisionnement internationales pour les entreprises du monde entier. Selon Schroders, les entreprises des économies ciblées pourraient voir leur compétitivité diminuer ou leur accès au marché se restreindre.

• Un détournement du commerce loin des États-Unis pourrait engendrer des effets de contagion pour d'autres entreprises à travers le monde. Les entreprises liées aux chaînes de valeur affectées par les tarifs américains pourraient également subir des conséquences négatives.

• Selon Schroders, si le dollar américain se renforce en réaction aux tarifs, cela pourrait freiner les rendements des investisseurs sur les marchés étrangers, en termes de dollars américains. Cela affecte également les entreprises multinationales américaines générant des revenus internationaux.

• Selon l'étude de la Banque mondiale, les augmentations de tarifs douaniers à l'échelle mondiale sont associées à des baisses persistantes de la production et de la productivité nationales, ainsi qu'à une augmentation du chômage et des inégalités dans les pays qui les imposent. Ces effets peuvent être plus importants pour les économies avancées et plus petites.

• Selon la même étude, les tarifs entraînent généralement une appréciation du taux de change réel, ce qui peut nuire à la compétitivité des exportations d'un pays sur les marchés internationaux.