Pour atteindre ses ambitions de neutralité carbone et renforcer son autonomie énergétique, l’Union européenne doit s’attaquer à un défi de taille: moderniser en profondeur son réseau électrique. Un réseau vieillissant, souvent dépassé, alors même que la demande en électricité pourrait plus que doubler d’ici à 2050. C’est le constat dressé dans la
«Près de la moitié des lignes de distribution en Europe ont plus de 40 ans», avertit la membre de la Cour responsable du document d’analyse, Keit Pentus-Rosimannus. «Si l’on veut garantir la compétitivité de notre industrie et des prix d’énergie abordables, des investissements considérables dans le réseau doivent inévitablement être réalisés.»
Selon les auditeurs, si le rythme actuel est maintenu, les investissements planifiés par les gestionnaires de réseau d’ici 2050 s’élèveront au total à 1.871 milliards d’euros. Un chiffre impressionnant, mais encore en deçà des estimations de la Commission européenne, qui estime des besoins d’investissement entre 1.994 et 2.294 milliards.
Retards structurels
Le problème? Le rythme de modernisation ne suit pas, «freiné par la planification médiocre du réseau, la lenteur des processus d’octroi des permis et l’adhésion limitée du public». À ces freins, s’ajoute la pénurie d’équipements, de matériaux et de main-d’œuvre qualifiée.
Pour contenir les coûts, la Cour des comptes appelle à mieux exploiter le potentiel des technologies intelligentes Objectif: optimiser l’existant avant d’élargir. Une meilleure gestion des pics de consommation, grâce notamment aux compteurs intelligents – déjà bien déployés au Luxembourg – peut par exemple réduire la pression exercée sur le réseau. «La technologie offre de nombreuses possibilités (par exemple, le développement de nouvelles solutions de stockage à plus grande échelle), mais certaines solutions restent encore trop coûteuses», note le rapport.
Autre levier identifié: simplifier les processus d’octroi des permis et renforcer la coordination entre les pays. «Il serait très utile de renforcer les interconnexions entre les pays de l’UE», insiste l’organisation
Trouver le bon tarif
La réglementation est également déterminante pour les décisions d’investissement. C’est elle qui encadre les revenus des gestionnaires de réseau, via les tarifs appliqués aux utilisateurs. «Toutefois, trouver un équilibre entre le besoin d’investir et celui de maintenir les factures d’électricité à un niveau abordable pour les consommateurs, en particulier les ménages et les industries grandes consommatrices d’énergie, relève du défi.»
L’équation est complexe: comment encourager les investissements tout en protégeant les consommateurs ? «L’Union européenne a un rôle crucial à jouer, en améliorant notamment la gouvernance et la planification générales, ainsi qu’en mettant en place l’environnement réglementaire requis», conclut l’analyse. «En parallèle, il incombe aux États membres et aux gestionnaires de développer le réseau et de résoudre les difficultés d’ordre pratique, réglementaire et financier.»