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Rapport de l’OMC

Le commerce mondial au ralenti



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La Chine presse ses exportations en prévision des futures sanctions américaines sur ses produits.  (Photo: Shutterstock)

L’indice global de l’Organisation mondiale du commerce indique une contraction des échanges commerciaux. L’institution pointe du doigt les menaces de guerre commerciale qui risquent d’affaiblir l’économie planétaire.

Les derniers chiffres du commerce mondial ne sont pas franchement rassurants. L’indice trimestriel de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est en recul, et la plupart des indicateurs qui lui sont liés trinquent également. À l’automne 2018, il avait déjà affiché un recul à 98,6. Une première mauvaise nouvelle, glisser sous l’indice 100 revenant à constater une diminution du commerce mondial sur le long terme. Dans son dernier rapport publié le 19 février, l’indice pointe cette fois à 96,3. Le niveau le plus bas atteint depuis mars 2010. «L’atonie du commerce devrait perdurer au premier semestre 2019», estime l’OMC dans son rapport.

Les indicateurs se crashent

Un document qui pointe aussi que les commandes à l’exportation sont en forte baisse (95,3), de même que le fret aérien international (96,8), la production et les ventes d’automobiles (92,5) ou de composants électroniques (88,7).

Par les principaux indicateurs présentés par l’OMC, seul le flux de transport par conteneurs reste en progression. Une situation qui pourrait s’expliquer par le fait que la Chine ait voulu accélérer certaines exportations avant que les États-Unis ne lui imposent de nouveaux droits de douane.

«Le déclin simultané de plusieurs indicateurs liés au commerce devrait mettre en garde les responsables politiques contre un ralentissement plus prononcé, si les tensions commerciales actuelles n’étaient pas résolues», met en garde le rapport.

Elle estime que les tensions commerciales, principalement entre Washington et Pékin, liées à des incertitudes politiques et à la volatilité des marchés, risquent de provoquer une dégradation plus importante de la situation économique globale.

Les indices s’accumulent donc pour confirmer un ralentissement de l’économie mondiale, même si l’on ne parle pas de crise. Dans ses Minutes publiées ce mercredi 20 février, la Federal Reserve américaine (Fed) estime que la croissance économique va marquer le pas aux États-Unis, et que les perspectives sont devenues plus incertaines.

La mondialisation n’est plus tendance

Pour Philippe Ledent, senior economist chez ING Belux, ces observations ne sont pas une surprise. «On commence à voir dans les exportations chinoises l’impact des premières mesures prises par l’administration américaine.»

Mais pour l’économiste, il ne faut pas trop réduire la situation actuelle aux mesures protectionnistes de Trump. «Le repli sur soi est plus global. Au niveau mondial, on observe clairement une hausse des mesures protectionnistes, alors que celles en faveur du commerce international sont en repli.»

Enfin, si les échanges internationaux se contractent, c’est aussi que le phénomène de mondialisation qui a marqué les 25 dernières années est en phase de reflux. Les entreprises voient moins d’intérêt à produire au bout du monde, et rapprochent les unités de production de leurs marchés.

«C’est un phénomène très clair actuellement», poursuit Philippe Ledent. «Il est lié à l’évolution des coûts salariaux, notamment en Chine, et à la distance, qui est une autre source de coûts. Mais si les entreprises se rapprochent de leurs marchés, cela modifie évidemment les échanges mondiaux.»