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En direct du Paris Fintech Forum

Koosmik, la comète africaine du Luxembourg



Claude Grunitzky et Grégoire Yakan, respectivement président du conseil d’administration et CEO de Koosmik, attendent leur licence bancaire pour voir leur comète véritablement décoller. (Photo: Paperjam)

Claude Grunitzky et Grégoire Yakan, respectivement président du conseil d’administration et CEO de Koosmik, attendent leur licence bancaire pour voir leur comète véritablement décoller. (Photo: Paperjam)

En 2019, Koosmik avait remporté le concours de start-up du Paris Fintech Forum. Un an plus tard, la fintech luxembourgeoise qui veut «bancariser» la population africaine attend sa licence d’émetteur de monnaie électronique pour devenir une comète.

Une grève peut avoir du bon. Ce jour-là, en 2015, Grégoire Yakan se rend à Casablanca, et Claude Grunitzky est attendu à Dakar. Faute d’avion chez Air France, les deux hommes se retrouvent assis côte à côte dans un vol de Royal Air Maroc. Échangent leurs cartes. Et décident d’aller déjeuner ensemble le lendemain.

«Quand j’ai fait un check sur Claude, j’ai vu qu’il avait une fiche Wikipédia», se souvient le CEO de Koosmik, Grégoire Yakan. Triple passeport togolais, français et américain, puisqu’il vit majoritairement à New York. Le Togolais porte un des noms les plus connus de ce pays d’Afrique de l’Ouest: descendant d’un Polonais qui avait quatre épouses au Togo, son arrière-grand-père, Nicolas, fut le deuxième président du pays (de 1963 à 1967), et la fille de ce dernier, une Première dame (Isabelle). «Au Togo, tout le monde connaît mon nom», sourit-il, dans l’allée du Paris Fintech Forum, où est installé le stand de la start-up.

Les deux hommes lancent Koosmik, avec l’appui du groupe Onomo, filiale de Batipart Invest, créée par le Lorrain Charles Ruggieri, qui possède Sofitel, Novotel et autres Mama Shelter.

Leur idée? Donner accès à des services bancaires aux 70% de Togolais qui en sont totalement dépourvus, et depuis toujours. «Nous visons les jeunes actifs, entrepreneurs et commerçants, et les femmes, qui traditionnellement gèrent mieux les finances que les hommes. Notre application a un intérêt pour le client, mais aussi pour le commerçant, puisqu’il est géolocalisé dans l’application, et que le fait de distribuer du cash lui amène du passage pour son propre commerce.»

Tripler le nombre de clients en 2020

Aujourd’hui, l’application compte 100.000 clients sur 8 millions de clients potentiels, et elle attend avec impatience sa licence d’émetteur de monnaie électronique de la part de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest pour croître plus rapidement.

«C’est toujours difficile d’obtenir un agrément», commente le président du conseil d’administration de Koosmik, Claude Grunitzky. «Il y a beaucoup de bureaucratie et de lenteur administrative, mais ça fait partie du jeu!»

La start-up veut tripler sa base de clients d’ici la fin de l’année et entamer alors une nouvelle levée de fonds, de plus de 10 millions d’euros, après les deux millions d’euros levés en 2019. «Cela nous permettra d’aller attaquer d’autres marchés, comme la Côte d’Ivoire, où la concurrence est plus féroce, mais les moyens financiers plus importants», commente encore M. Grunitzky. Une fois devenue le leader de la zone francophone, Koosmik commencera à s’intéresser à une extension vers la zone «britannique», comme le Nigéria.

Les «Luxembourgeois» ont encore un autre objectif, qui pourrait être contrarié par le coronavirus chinois: finalistes du  JumpStarter  à San Francisco, les deux hommes sont supposés aller pitcher les 11 et 12 février à Hong Kong, au milieu de 40 start-up repérées… par le fonds d’Alibaba et HSBC.

En jeu, jusqu’à 5 millions de financement. Soit le plus gros concours de start-up au monde et une belle visibilité, après celle engrangée à Paris, lors du programme Catapult de la Lhoft, ou encore au Consumer Electronics Show de Las Vegas.