ENTREPRISES & STRATÉGIES — Commerce

Grande distribution

«Je pense qu’on a bien défendu notre bifteck»



Laurent Schonckert: «Pour l’instant, je pense que notre secteur est quand même épargné en grande partie par les défections de chiffres d’affaires.» (Photo: Julien Denis)

Laurent Schonckert: «Pour l’instant, je pense que notre secteur est quand même épargné en grande partie par les défections de chiffres d’affaires.» (Photo: Julien Denis)

Le leader luxembourgeois de la grande distribution, avec 61 magasins répartis sur 59 sites, poursuit son expansion, mais avec une approche prudente, souligne son administrateur-directeur, Laurent Schonckert.

Comment se portent les ventes de Cactus dans cette dernière ligne droite avant les fêtes de fin d’année?

Laurent Schonckert . – «Pour l’instant, je pense que notre secteur est quand même épargné en grande partie par les défections de chiffres d’affaires, et cela, pour des raisons connues: il n’y a pas eu beaucoup de départs en vacances, la restauration à l’extérieur reste quelque chose de difficile (on le remarque d’ailleurs dans nos propres restaurants, ils souffrent comme tous les autres), donc les budgets sont alloués différemment, et cela nous a évidemment été favorable cette année, comme pour l’ensemble de la branche alimentaire. Et puis, il y a ces achats de première nécessité.

Cela était plus marqué à la première vague, et cela l’est un peu moins actuellement. Il y a un atout que nos confrères n’ont pas: nous avons nos propres entrepôts et on a pu faire nos propres réserves. Cela a joué en notre faveur. Si je fais un bilan à ce jour (le 13/11, ndlr), c’était une année particulière, mais qui nous a donné un bon élan.

On est peut-être le plus grand au Luxembourg, mais nous sommes le plus petit parmi ceux qui sont ici.
Laurent Schonckert

Laurent Schonckert,  administrateur-directeur,  Cactus

Quels sont vos plus grands concurrents?

«Il n’y a pas de concurrents, mais seulement des confrères. On est peut-être le plus grand au Luxembourg, mais nous sommes le plus petit parmi ceux qui sont ici, il faut être humble. Puisque nous avons quatre formats de magasins différents, nous touchons aussi bien les acteurs qui sont dans les grands que les moyens et les petits formats.

Qu’est-ce qui fait la force de Cactus sur le marché?

«On est une enseigne multiformat: on a les grands hyper, les supermarchés, les Marchés et les Shoppi. Un autre aspect, c’est que, de par nos emplacements, on est moins dépendants de ceux qui travaillent au bureau. Le choix de nos emplacements a toujours été très sélectif. Aujourd’hui, nous sommes quand même bien implantés sur des zones d’habitation plus ou moins denses, c’est quelque chose qui nous a aidés malgré tout.

Un autre atout, c’est notre production propre en boucherie, charcuterie, traiteur et pâtisserie. Enfin, il y a le bio, sur lequel on est présent depuis 25 ans. Le local, cela fait partie de notre ADN: notre atout, c’est notre authenticité, parce qu’on a, je crois, un rapport plus humain avec les très petits producteurs. On a réussi à créer un climat de confiance, et nous avons apporté notre savoir-faire au niveau marketing, packaging, et ce qui est important pour eux, c’est la masse de clientèle que l’on peut leur apporter.

Quelles sont les prochaines ouvertures prévues?

«Nous sommes en train de conclure un accord avec un des grands pétroliers pour une demi-douzaine de nouveaux Shoppi à partir de l’année prochaine. C’est quand même un marché qui a explosé, et on constate que ces petits formats sont devenus de vrais lieux d’achats pour certains, au même titre qu’un supermarché.

À Ingeldorf, notre Cactus sera refait complètement l’année prochaine, mais sans fermeture, comme cela a été le cas précédemment à Howald, Bereldange et Kayl. À Roodt-sur-Syre, nous avons eu l’opportunité d’avoir un site bien localisé entre des localités avec un beau pouvoir d’achat. Et force est de constater que nous n’avons jamais été présents dans l’est du pays. Il y aura un supermarché classique de 3.000m2 avec une demi-douzaine de boutiques attenantes. Le chantier a débuté en août 2020, et l’ouverture est prévue pour la fin 2022 ou le début 2023. Enfin, à Esch/Lallange nous préparons celui qui sera notre troisième plus grand magasin, après Bascharage et la Belle Étoile, avec 7.500m2. Il sera situé vis-à-vis de l’actuel Cactus et comprendra un centre de fitness, une crèche, et ce qui est tout à fait nouveau, c’est l’intégration d’une soixantaine d’appartements et d’une vingtaine de boutiques dans la galerie commerciale. Au niveau de l’assortiment, ce Cactus sera concentré sur nos points forts alimentaires. Son ouverture est prévue pour fin 2023 ou début 2024.

On voit que votre parc se développe majoritairement sur l’enseigne Shoppi. Est-ce une volonté de grandir sur le segment du commerce de proximité?

«Oui. Parce que c’est devenu un pilier important, cela renforce notre pouvoir d’achat auprès des fournisseurs, ce qui est un aspect non négligeable pour avoir les meilleures conditions.

Notre volonté, c’est d’être présent sur un marché porteur. Il ne faut pas l’oublier, nous avons été les premiers sur ce marché en 1998, avec Shell, c’est un marché que l’on connaissait de façon très prématurée.

Les Cactus Shoppi connaissent en outre un nouveau branding, où la marque Cactus est mise en avant dans ce réseau de 33 franchisés (Photo: Cactus)

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Parmi les spécificités de Cactus figure le fait que l’enseigne est généralement propriétaire et exploitante des surfaces occupées. (Photo: Nader Ghavami / Maison Moderne) 

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Ces formats sont franchisés. C’est un avantage pour vous?

«La franchise a l’avantage d’être plus dynamique en expansion que si on est en intégré. Mais le cahier des charges est très spécifique. Il faut donner un cadre aux franchisés pour que l’ADN Cactus soit présent dans ces ‘shops’. Je crois que c’est une situation win-win, car les franchisés connaissent notre savoir-faire, ils profitent de notre dynamique commerciale, c’est quelque chose qui apporte du positif à tout le monde. Et je dois dire qu’on a de plus en plus de demandes à gauche, à droite. Mais il faut trouver les bons emplacements. Et les bons emplacements qu’on avait prévus en partie sont ceux où aujourd’hui il y a beaucoup de gens en télétravail. Mais il y aura un après-Covid, je suis assez confiant.

On remarque que Cactus ne se positionne pas, ou peu, sur les nouveaux projets d’envergure, comme le Royal-Hamilius ou Infinity, qui sont occupés par Delhaize. Est-ce un choix?

«On était aussi cité sur ces projets, mais peut-être sommes-nous plus rigoureux, je dirais. On est plus prudent sur certains sites. Maintenant, est-ce que l’avenir nous donnera raison?

D’une façon générale, on s’est quand même rarement planté. Et sur les sites cités, la situation est aujourd’hui totalement différente, du moment où la signature a été faite. Il faut donner le temps au temps. Nous sommes une entreprise familiale avec un actionnaire familial à qui il faut rendre des comptes. Et puis, il y a une grosse différence (parmi d’autres) avec nos confrères: on est à 98% propriétaire et exploitant, les autres sont locataires. C’est une approche patrimoniale différente.

On voit des signes d’essoufflement pour certains sites, avec ou sans Covid.
Laurent Schonckert

Laurent Schonckert,  administrateur-directeur,  Cactus

Cactus est l’un des rares retailers leaders sur leur marché à ne pas être présents à l’étranger ni être détenus par des capitaux étrangers. Cette situation exceptionnelle est-elle viable?

«Je pense qu’elle est viable, car le facteur démographique joue en notre faveur. Quand je suis arrivé chez Cactus, on était 370.000 habitants. On ne peut pas avoir plus de morceaux que la taille du gâteau, mais ce gâteau a augmenté. Quand j’étais jeune, il y a avait Cactus, Match et quelques acteurs locaux. On s’est dit, deux c’est peut-être un de trop. Les autres sont venus. Et puis, ça devient de plus en plus difficile, mais je pense qu’on a bien défendu notre bifteck. Shoppi nous aide quand même beaucoup aussi dans notre positionnement.

Il y a toujours eu des opportunités qu’on n’a pas pu prévoir malgré le fait qu’il y a beaucoup plus d’acteurs. Dans l’absolu, on voit des signes d’essoufflement pour certains sites, avec ou sans Covid. Il y a des endroits où il y a certainement trop de surfaces.

Quelles sont vos ambitions futures?

«On a depuis cette année une collaboration avec la société EatHappy, qui confectionne des sushis sur place dans nos magasins de la Belle Étoile, Howald et Merl. Cela a démarré très fort, et continuer, c’est aussi un moyen de se différencier.

Pendant la foire aux vins, nous avons fait un essai fructueux en mettant des références sur Letzshop. Nous allons continuer. Je n’exclus pas que certains produits ciblés aillent sur Letzshop, ce serait des produits typiques de Cactus un petit peu plus qualitatifs.

Quels sont les défis futurs de Cactus?

«La prolifération de surfaces et le recrutement de la main-d’œuvre: trouver des gens motivés pour le commerce n’est pas évident. Pendant le confinement, nous avons eu la chance que notre personnel ait joué le jeu. Il y a eu un bel élan de solidarité qui a été fait, j’aimerais le souligner. Le prix du foncier est aussi une chose. Puisqu’on a un certain nombre de galeries, il est dans notre intérêt que nos partenaires locataires n’aient pas trop de problèmes à l’avenir pour rester dans nos galeries. Nous sommes dépendants de décisions prises par des grands groupes. C’est quand même un risque qui plane non seulement sur nous, mais aussi sur tous ceux qui ont des galeries commerciales.»