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Marie-Hélène Massard, Ceo – Axa Luxembourg

«Je suis par nature confiante dans l’avenir»



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Marie-Hélène Massard: «J’essaie d’exercer ce que j’appelle une ‘exigence bienveillante’.» (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne)

Avant de prendre la tête d’AXA Luxembourg il y a 6 ans, Marie-Hélène Massard, d’origine bretonne, a mené sa barque en France, puis en Pologne. Sa vision du management, ses astuces pour se déconnecter du boulot… La CEO les partage dans le cadre de notre série Female Leadership.

Quel est le rôle d’un CEO?

Marie-Hélène Massard . – «Selon moi, c’est de fixer et de garder le cap pour assurer le développement et la pérennité de l’entreprise, et de veiller en chemin à mener tout le monde à bon port.

Et s’il y a des vagues?

«On se serre les coudes, on s’adapte, et on s’en sort tous ensemble!

Je pense que c’est important que tous les collaborateurs se sentent parties prenantes dans le projet de l’entreprise. La contribution de chacun est différente, complémentaire, et tout aussi importante.

Je crois que c’est universel d’aspirer à se réaliser, à être fier de ce que l’on fait et à participer à une belle aventure.

De quoi êtes-vous la plus fière dans votre carrière?

«De ce que j’ai réalisé avec mes équipes depuis six ans. Nous avons en parallèle transformé nos activités existantes pour renforcer notre compétitivité et lancé une nouvelle activité, amélioré notre rentabilité, tout en créant une centaine d’emplois supplémentaires.

 Je vois plutôt les fintech comme des partenaires potentiels qui peuvent nous permettre d’aller plus vite.
Marie-Hélène Massard

Marie-Hélène Massard,  CEO,  AXA Luxembourg

Êtes-vous venue avec une stratégie?

«J’agis bien sûr en cohérence avec la stratégie du groupe dont nous faisons partie, mais avant de définir plus spécifiquement le projet pour notre filiale luxembourgeoise, la première étape a été pour moi de comprendre ce nouvel environnement. Je suis d’origine française, j’avais à ce moment-là passé quatre ans en Pologne. J’ai pris le temps de découvrir le Luxembourg et de m’adapter pour définir la meilleure stratégie possible.

Justement, comment vous positionnez-vous par rapport aux fintech, qui développent également aujourd’hui des produits dans le domaine de l’assurance? AXA en développe-t-il aussi?

«Le groupe AXA aborde les fintech de différentes manières.

Nous avons trois AXA Labs situés à San Francisco, Shanghai et Londres qui ont pour mission d’identifier les nouvelles tendances et de se connecter avec les acteurs de la nouvelle économie.

Il y a aussi Kamet, ‘start-up studio’ présent à Paris, Londres et Tel-Aviv, qui est une structure dédiée à la création d’entreprises innovantes dans les domaines de l’assurance et de la gestion d’actifs.

Enfin, AXA Venture Partners est un fonds d’investissement international dédié à la fintech et l’insurtech. Il est doté de 600 millions d’euros et il investit aux différents stades de développement des entreprises.

Notre objectif est de pouvoir offrir des solutions plus attractives et plus efficaces à nos clients.

Les fintech, c’est une nouvelle concurrence pour vous?

«Certaines peuvent l’être, mais je les vois plutôt comme des partenaires potentiels qui peuvent nous permettre d’aller plus vite dans notre adaptation aux évolutions du marché et d’être plus compétitifs.

Avant votre arrivée au Luxembourg en 2012, vous avez travaillé au sein d’AXA Pologne, où vous étiez membre du comité exécutif et responsable du retail. Quel souvenir gardez-vous de cette expérience?

«Au-delà des hivers rigoureux… que j’ai d’ailleurs appris à vraiment apprécier [rires], je dirais que ce qui m’a le plus marqué humainement, ce sont mes collègues. Pour la plupart, nos jeunesses ont été très différentes, puisqu’ils ont connu le régime communiste et l’état de siège du début des années 80. À cette période, qui aurait pensé que nous nous retrouverions à travailler aussi efficacement ensemble? J’ai beaucoup appris de leur capacité d’adaptation, de leur énergie à surmonter les obstacles, de leur volonté de se développer.

Je dis souvent à mes amis que le Luxembourg, c’est le paradis pour y élever des enfants.
Marie-Hélène Massard

Marie-Hélène Massard,  CEO,  AXA Luxembourg

Vous avez aussi travaillé à Paris, quel serait votre coup de cœur là-bas?

«Un lever de soleil sur le pont des Arts, face au pont Neuf et à l’île Saint-Louis. Paris qui s’éveille avant l’effervescence de la journée, cela peut être magique!

Mais j’ai quitté Paris il y a 10 ans et je suis d’origine bretonne... Alors je vous inviterais aussi à aller plus à l’ouest pour un coucher de soleil face à la mer en dégustant des fruits de mer.

Et au Luxembourg, qu’est-ce qui vous plaît?

«Beaucoup de choses. Je dirais tout d’abord l’accueil. C’est un pays très ouvert, international et au cœur de l’Union européenne. J’aime la diversité que l’on côtoie chaque jour, la taille humaine du pays, l’importance de la vie sociale et associative, la proximité avec la nature.

Je dis souvent à mes amis que c’est le paradis pour y élever des enfants. Mon fils, qui a 16 ans, a bénéficié dans sa jeunesse d’une qualité de vie et d’une autonomie qu’il n’aurait sans doute pas eues à Paris.

C’est aussi important que chacun puisse donner le meilleur de lui-même.
Marie-Hélène Massard

Marie-Hélène Massard,  CEO,  AXA Luxembourg

En tant que CEO des entités AXA au Luxembourg, quel est votre style de management?

«Mon style est plutôt participatif et j’essaie d’exercer ce que j’appelle une ‘exigence bienveillante’.

Je crois que pour réussir, il faut une certaine rigueur. C’est aussi important que chacun puisse donner le meilleur de lui-même. Parce que c’est un motif de fierté pour nos collaborateurs. J’ai vraiment à cœur qu’ils se développent.

Cette exigence est bienveillante, car ce que je souhaite, c’est qu’ils soient avant tout fiers d’eux-mêmes et de ce qu’ils font.

En quoi l’écoute est-elle une qualité qui vous tient à cœur?

«L’écoute est une qualité-clé pour percevoir et comprendre notre environnement, son évolution, et un atout pour ensuite prendre les meilleures décisions possible. Je l’ai expérimenté en tant qu’expatriée. Quand on s’installe dans un nouveau pays, on perd un peu ses repères. Il faut beaucoup écouter, observer pour s’adapter, s’intégrer.

Cela s’applique aussi avec nos clients et nos collaborateurs. Pour satisfaire nos clients, il faut être à leur l’écoute. Si on veut que nos collaborateurs soient à bord, motivés, il faut aussi savoir les écouter.

Je ne me suis jamais sentie discriminée en tant que femme.
Marie-Hélène Massard

Marie-Hélène Massard,  CEO,  AXA Luxembourg

Avez-vous un modèle ou une source d’inspiration?

«Une source d’inspiration, certainement. J’ai beaucoup d’admiration pour Simone Veil. Quand je rencontre une difficulté, je pense souvent à elle instinctivement.

Cette femme a vécu et surmonté de telles épreuves... Elle a su garder confiance en elle, persévérer et continuer à faire preuve de bienveillance. Cette énergie m’inspire.

En tant que femme CEO, avez-vous déjà ressenti une différence de traitement?

«Je ne me suis jamais sentie discriminée en tant que femme. J’ai eu cette chance. Maintenant, il existe encore des différences de traitement, conscientes ou non. Heureusement, le sujet est plus largement discuté, il y a une prise de conscience et les choses bougent, peut-être encore trop lentement, mais cela évolue. Les femmes ont de plus en plus de postes à responsabilité, cela leur donne le pouvoir, chacune à sa mesure, d’accélérer cette évolution.

Aujourd’hui chez AXA Luxembourg par exemple, nous avons atteint un équilibre hommes/femmes à tous les niveaux: collaborateurs, managers et comité exécutif, où nous sommes huit: quatre hommes et quatre femmes.

Quand j’entends qu’on ne trouve pas de femmes pour exercer des postes à responsabilité, je ne le crois pas. Des femmes qui veulent prendre des responsabilités, il y en a, je reçois régulièrement des candidatures qui le prouvent. Tout l’enjeu est de créer un environnement dans lequel elles ont envie de travailler et pensent pouvoir s’épanouir.

 J’ai de plus en plus envie de partager et de transmettre ce que l’on m’a donné. 
Marie-Hélène Massard

Marie-Hélène Massard,  CEO,  AXA Luxembourg

Comment vous voyez-vous dans cinq ans?

«J’espère avoir une activité qui me permette de continuer à découvrir et à apprendre, à développer de nouveaux projets, à cultiver les relations humaines.

J’ai eu la chance de beaucoup recevoir professionnellement. Aujourd’hui, j’ai de plus en plus envie de partager et de transmettre ce que l’on m’a donné. Mais je n’ai pas de plan millimétré de ce que je ferai dans cinq ans.

Je suis par nature confiante dans l’avenir et je pense que si on se prépare à pouvoir saisir les opportunités qui s’offrent, l’avenir réserve de belles surprises.

Je fais du sport, de la relaxation, c’est essentiel à mon équilibre.
Marie-Hélène Massard

Marie-Hélène Massard,  CEO ,  AXA Luxembourg

Comment faites-vous pour déconnecter?

«J’utilise le trajet pour rentrer chez moi comme un sas de décompression qui me permet de me déconnecter et d’être prête à me concentrer sur ma famille en rentrant. Je fais du sport, de la relaxation, c’est essentiel à mon équilibre.

Mais je dois quand même avouer que je ne suis pas un modèle pour déconnecter de mon smartphone…

Quels sports pratiquez-vous?

«Fitness, stretching, course à pied aux beaux jours, et je viens de découvrir le qi gong.

Le qi gong est une gymnastique traditionnelle chinoise, très douce, qui associe les mouvements et le souffle.
Marie-Hélène Massard

Marie-Hélène Massard,  CEO,  AXA Luxembourg

De quoi s’agit-il?

«Le qi gong est une gymnastique traditionnelle chinoise, très douce, qui associe les mouvements et le souffle. C’est excellent pour la tonicité, la souplesse et la relaxation.

Sur le plan «organisation de l’espace de travail», avez-vous opté pour des open spaces?

«Le bâtiment que nous occupons depuis six ans a été conçu en open spaces. Mais nous allons faire évoluer cet environnement pour répondre à deux besoins majeurs : la gestion du bruit et l’adaptation de l’espace aux différentes activités des collaborateurs.

C’est la raison pour laquelle nous allons être très attentifs à tout ce qui touche à l’insonorisation, la création d’espaces individuels, pour téléphoner par exemple, ou d’espaces pour discuter en binôme. Nous souhaitons également développer des zones pour travailler en équipe par projets, des zones calmes de type bibliothèque pour pouvoir se plonger tranquillement dans un dossier.»

Marie-Hélène Massard, en trois dates:

- Juillet 1996: Arrivée au sein du Groupe AXA

- Septembre 2012: CEO AXA Luxembourg

- Mars 2016-2018: Présidente de l’Aca (Association des compagnies d’assurances et de réassurances au Grand-Duché de Luxembourg)