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Lydie Polfer

«Jacques Chirac propageait une joie de vivre»



Lydie Polfer évoque avec tristesse ses souvenirs d’un Jacques Chirac bon vivant et fin politique. (Photo: Shutterstock)

Lydie Polfer évoque avec tristesse ses souvenirs d’un Jacques Chirac bon vivant et fin politique. (Photo: Shutterstock)

La bourgmestre de Luxembourg, Lydie Polfer, garde un souvenir ému de l’ancien président français dont le décès a été annoncé jeudi.

«C’est une amitié de 37 ans que je perds», confie avec tristesse Mme Polfer. «Notre première rencontre a eu lieu à Paris en 1982: je venais d’arriver comme bourgmestre de la Ville de Luxembourg et je suis allée à Paris dans le cadre de l’Association internationale des maires francophones, qui a été fondée par M. Chirac pour garder le contact avec les pays d’Afrique, mais aussi évidemment avec les autres pays francophones d’Europe et au-delà. Notre amitié ne s’est jamais démentie.»

Les affaires étatiques ont amené M. Chirac et Mme Polfer à se revoir à un plus haut niveau de décision, lui président de la République et elle ministre des Affaires étrangères. «Nous avons eu à traiter de dossiers extrêmement importants comme l’élargissement de l’UE. Nous nous voyions quatre fois par an dans le cadre des conseils européens. Les liens d’amitié que nous avons tissés au cours de ces années sont vraiment très forts.»

Je voudrais souligner que le rôle et la place qu’occupait Jacques Chirac au sein de l’UE et du Conseil de l’UE étaient bien plus importants que d’aucuns veulent le faire croire.
Lydie Polfer

Lydie Polfer,  bourgmestre de Luxembourg

Mme Polfer souligne encore l’attention portée par Jacques Chirac au Grand-Duché. «Le Luxembourg lui doit une fière chandelle puisque c’est lui qui a proposé que le nombre minimum de membres par pays au Parlement européen soit fixé à six, ce qui nous a permis de conserver nos six sièges, alors que d’autres voulaient le faire passer à quatre.»

«Je voudrais souligner que le rôle et la place qu’occupait Jacques Chirac au sein de l’UE et du Conseil de l’UE étaient bien plus importants que d’aucuns veulent le faire croire», ajoute Mme Polfer. «Il avait une vraie présence. Il a été l’un des premiers à formuler une opposition à l’intervention militaire en Irak – je rappelle que la ‘Bande des quatre’ était constituée de la France, de l’Allemagne, de la Belgique et du Luxembourg. Je lui suis très reconnaissante pour tout ce que j’ai pu apprendre à son contact et grâce à son engagement international.»

Il aimait la vie et les gens, avec beaucoup de respect et de dignité. C’était un homme politique comme on n’en voit plus tellement.
Lydie Polfer

Lydie Polfer,  bourgmestre de Luxembourg

Un engagement «sincère» qui trouve sa racine dans son «empathie pour les gens». «C’était vraiment quelqu’un de profondément humain, son amitié n’était pas de pacotille.» Mme Polfer a revu l’ancien président, retiré de la politique depuis 2007, «régulièrement jusqu’à il y a quelques années», profitant de visites à sa fille, étudiante à Paris, pour saluer son vieil ami. «J’apportais toujours des chocolats qu’il adorait.»

Car on ne peut évoquer Jacques Chirac sans que des images de festins ne nous reviennent en mémoire. «Il aimait beaucoup bien manger et il adorait venir à Luxembourg, car nous sommes connus pour notre bonne cuisine», glisse Mme Polfer, qui cite encore un mémorable repas chez Bocuse à Lyon en compagnie du maire de la ville Gérard Collomb en 1988. «Il propageait une joie de vivre», souligne-t-elle. «Il aimait la vie et les gens, avec beaucoup de respect et de dignité. C’était un homme politique comme on n’en voit plus tellement. Il avait énormément d’empathie pour les gens. Évidemment en tant qu’homme politique, il sentait aussi les faiblesses de l’autre et ne se gênait pas pour en profiter. Mais même les gens qui n’étaient pas d’accord avec ses idées politiques l’aimaient beaucoup pour la chaleur humaine qu’il dégageait.»