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Isotropic, une start-up clé pour SES



La technologie développée par Isotropic avec SES permettra à l’armée américaine de se connecter instantanément à plusieurs satellites, y compris non militaires, pour avoir plus de données et élargir la palette de ses options stratégiques en temps réel. (Photo: SES/Isotropic)

La technologie développée par Isotropic avec SES permettra à l’armée américaine de se connecter instantanément à plusieurs satellites, y compris non militaires, pour avoir plus de données et élargir la palette de ses options stratégiques en temps réel. (Photo: SES/Isotropic)

Trois ans après avoir signé un partenariat avec la britannique Isotropic et un mois après y avoir investi, SES a terminé le premier de ses deux tests d’ampleur du terminal révolutionnaire de la start-up… dont rêve l’armée américaine. Entre autres.

Il faudrait s’imaginer une armée dans une zone de conflit comme un anonyme qui perd le réseau et en cherche un autre, pour se reconnecter aussi vite que possible et continuer à discuter, à aller surfer sur internet ou faire du shopping. Devenue aveugle, cette armée souffre d’un double handicap, la non-communication des satellites militaires entre eux et le verrouillage de ses équipements pour des raisons de sécurité. Pour corser le tout, pour communiquer en mouvement, l’armée s’appuie surtout sur des antennes paraboliques à cardan qui ne peuvent pas suivre les satellites en orbite terrestre basse et moyenne ou répondre aux demandes croissantes de débit élevé, déclarait le vice-président d’Isotropic Systems pour la gestion des produits, Brian Billman, à SpaceNews.

Dans la nouvelle doctrine militaire, américaine surtout , publiée il y a un an, il faut trouver des solutions technologiques pour retrouver instantanément une connectivité à haut débit. Voire être plus ambitieux en retrouvant plusieurs satellites en même temps pour élargir encore le spectre des options disponibles, quitte à utiliser des satellites commerciaux en plus des satellites militaires.

Il y a longtemps que SES, engagée dans le projet O3b mPower et très active dans la fourniture de services gouvernementaux via sa filiale américaine SES Government Solutions, l’a compris. En 2018, le leader mondial des opérateurs de satellites avait déjà noué un partenariat avec une start-up britannique en train de pivoter de la production de «modems» à haut débit pour le grand public à celle de récepteurs révolutionnaires.

Premier des deux tests réussi

Ce jeudi, le fleuron luxembourgeois et la start-up britannique annoncent avoir réussi le premier test d’importance, sur le campus d’Harwell, à Oxford, et grâce au téléport de SES à Port Sainte-Lucie, en Floride: le système d’Isotropic est capable de gérer la transmission de plusieurs satellites en même temps, de fonctionner avec les satellites O3b mPower et de répondre aux standards militaires américains. Dans le courant de l’année sera menée la deuxième salve d’essais, encore plus importante pour SES, pour savoir si le «récepteur» peut gérer des flux sur deux orbites différentes, comme la haute et la moyenne orbite, où sont et seront situés les satellites luxembourgeois. Ces essais sont menés dans le cadre d’un premier contrat avec l’armée américaine.

La hauteur des satellites joue un rôle-clé dans la couverture et dans la vitesse de transmission. Plus ils sont hauts, meilleure est la couverture, mais le signal met plus de temps à arriver sur Terre et au satellite; plus ils sont bas, plus rapides ils sont, mais la couverture géographique est limitée, d’où des risques de perte de signal et le besoin d’une multitude de satellites pour avoir une couverture satisfaisante.

«Les satellites et les constellations de nouvelle génération ont besoin de terminaux et d’infrastructures au sol tout aussi robustes et résilients pour répondre à la vision du gouvernement ‘Fighting Satcom’», a déclaré Pete Hoene, président et chef de la direction de SES Government Solutions, brigadier général de l’USAF (à la retraite). «L’interopérabilité et les capacités multiorbites sont essentielles pour réaliser cette vision, et ces essais en collaboration avec les forces armées démontrent comment l’antenne multifaisceau d’Isotropic Systems peut fournir avec succès une connectivité robuste à travers notre vaste flotte MEO et GEO. Chaque phase réussie est un excellent exemple de la façon dont le gouvernement et les partenaires commerciaux peuvent développer des capacités en parallèle, ce qui est particulièrement important pour nous alors que nous sommes prêts à lancer notre constellation O3b mPower et le satellite SES-17 cette année.»

Des débouchés bien au-delà du militaire

«Sans affecter la liaison de communication principale, le terminal multifaisceau d’Isotropic Systems peut utiliser une deuxième ou une troisième liaison pour évaluer l’environnement afin de décider de manière préventive la meilleure option de routage à tout moment afin de maximiser les performances», a expliqué Brian Billman, vice-président du produit «Gestion des systèmes isotropes». «C’est le niveau de capacité de différenciation auquel notre feuille de route terminale conduit à la suite de ces essais importants avec l’armée américaine.»

L’armée américaine est prête à y consacrer un premier budget de 43 millions de dollars cette année et il n’y a pas d’offre alternative sur le marché pour le moment. À terme, on peut aussi imaginer que les satellites de SES pourraient bénéficier de nouvelles commandes américaines en plus de celles qu’elle honore déjà.

Début mai, la start-up britannique a levé 42 nouveaux millions de dollars, sur 70 depuis son pivot en 2017, auprès de SES, d’Orbital Ventures, ainsi que des investisseurs existants Boeing HorizonX Global Ventures, Space Angels et Firmament Ventures. Isotropic, avec laquelle SES n’a pas de contrat d’exclusivité, cherche à travailler avec les pays de l’Otan et l’alliance Five Eyes (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et États-Unis).

Les enjeux vont bien plus loin que la fourniture de services militaires puisque ces terminaux pourraient être utilisés dans le ferroviaire, le maritime, l’aéronautique et toutes les industries en mouvement. Avec 294 millions d’euros sur 1,878 milliard de revenus en 2020, l’activité de solutions gouvernementales est celle qui rapporte le plus à SES, derrière son activité historique de distribution de vidéos.

Le terminal d’Isotropic devrait entrer en production dès l’an prochain, ce qui coïncide avec le lancement des trois nouveaux super-satellites d’O3b mPower au troisième trimestre 2021.