POLITIQUE & INSTITUTIONS — Economie

CHRONIQUE DES CHEFS ÉCONOMISTES

L’Irlande sera-t-elle l’Athéna de Boris Johnson?



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Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil.  (Photo: Bil)

Chaque semaine, Paperjam vous propose un regard de chefs économistes d’institutions bancaires et financières sur l’actualité des marchés et de l’économie. Aujourd’hui, Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil, analyse la situation du Brexit et la manière dont Boris Johnson souhaite aboutir à cette sortie de l’Union européenne avant l’échéance du 31 octobre.

Boris Johnson s’est engagé à faire aboutir le Brexit à tout prix avant l’échéance du 31 octobre. Mais il a peut-être été trop optimiste. Avant d’être suspendu pendant cinq semaines, le Parlement a bloqué sa stratégie en vue du Brexit, refusant par ailleurs d’organiser les élections qu’il réclamait.

Le député travailliste Hilary Benn a présenté un projet de loi visant à empêcher un Brexit dur, stipulant que si aucun accord n’était trouvé avec l’UE avant le 19 octobre, le Premier ministre devrait demander le report de l’article 50 au 31 janvier (à moins que le Parlement n’approuve une sortie de l’UE sans accord). Bien que le texte ait été entériné par la Chambre des lords et la reine, M. Johnson a campé sur ses positions, déclarant qu’il s’efforcerait de parvenir à un accord, mais se préparerait à ce que le pays quitte l’UE sans en avoir trouvé un.

Pour trouver un accord qui soit acceptable de part et d’autre de la Manche, M. Johnson devra vraisemblablement adoucir sa position sur la question du «backstop» irlandais, qui constitue le principal point d’achoppement des négociations jusqu’ici. Le Premier ministre irlandais s’est adressé en ces termes à Boris Johnson lundi: «Négocier des accords de libre-échange avec l’UE et les États-Unis et obtenir leur ratification en moins de trois ans représentera pour vous une tâche herculéenne. Nous voulons être votre ami et votre allié, votre Athéna, dans cette démarche.»

Il se murmure déjà que Boris Johnson cherche à redéfinir le ‘backstop’.
Fredrik Skoglund

Fredrik Skoglund,  chief investment officer,  Bil

Rappelons qu’Athéna est venue au secours d’Hercule, devenu fou, en l’assommant afin de l’empêcher de faire plus de dégâts qu’il n’en avait déjà fait.

Il se murmure déjà que Boris Johnson cherche à redéfinir le «backstop», après avoir évoqué la possibilité d’une zone alimentaire couvrant l’ensemble de l’Irlande, ce qui impliquerait d’établir une frontière douanière dans la mer d’Irlande, entre l’Irlande et la Grande-Bretagne, plutôt qu’entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Ce faisant, M. Johnson s’expose à de vives protestations de la part du DUP, le Parti unioniste démocrate.

Mais l’opposition du DUP ne changera pas profondément la donne dans la mesure où le parti du Premier ministre a déjà perdu sa majorité au Parlement, après l’exclusion de 21 députés conservateurs rebelles. Si l’Irlande et le Royaume-Uni parviennent à trouver un accord, Boris Johnson le soumettra aux 27 pays de l’UE lors du Conseil européen qui se tiendra les 17 et 18 octobre prochain, en sachant que s’il n’est pas ratifié, il devra demander un report le 19 octobre.

Le président de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, est optimiste à l’égard des ressources budgétaires du pays.
Fredrik Skoglund

Fredrik Skoglund,  chief investment officer,  Bil

Tandis que la bataille entre partisans et opposants au Brexit fait rage dans les milieux politiques britanniques, l’économie paie le prix fort. Tous les segments de la demande globale sont en berne, l’investissement affichant les plus mauvais chiffres (et les plus inquiétants pour la croissance à long terme). Selon une nouvelle étude de la Banque d’Angleterre, le Brexit aurait entraîné une baisse de 11% des nouvelles dépenses d’investissement. Cependant, avec une croissance du PIB de 0,3% en juillet (contre une prévision de 0,1%) le Royaume-Uni devrait, mécaniquement, pouvoir éviter une récession technique ce trimestre.

Le président de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, est optimiste à l’égard des ressources budgétaires du pays, affirmant qu’elles sont suffisantes pour faire face au ralentissement de l’économie mondiale, tout en écartant l’idée de recourir à des taux d’intérêt négatifs comme outil de politique monétaire. Toutefois, il s’est dit inquiet de la volatilité de la livre sterling, qu’il a comparée à une devise émergente. Après avoir rebondi à 1,32USD en mai, la livre a flirté avec la barre des 1,20USD ce mois-ci.