POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Semestre européen

L’UEL demande «d’investir dans l’avenir» du pays



Nicolas Buck, patron de l’UEL, souhaite continuer à travailler avec le gouvernement pour développer la croissance du pays.  (Photo: Matic Zorman)

Nicolas Buck, patron de l’UEL, souhaite continuer à travailler avec le gouvernement pour développer la croissance du pays.  (Photo: Matic Zorman)

L’UEL vient de publier sa contribution au Semestre européen dans le cadre de la réunion du Conseil économique et social de mercredi. Son nouveau président, Nicolas Buck, appelle à un travail en commun pour trouver un modèle qui puisse garantir le succès du pays à l’avenir.

Le récent rapport «Luxembourg 2019» sur l’état du pays édité par la Commission européenne a servi de base de discussion lors de la réunion du Conseil économique et social (CES) qui s’est tenue ce 3 avril.

Une réunion organisée dans le cadre du Semestre européen, ce cycle de coordination des politiques économiques et budgétaires au sein de l’UE.

En réponse à la Commission ou plutôt en guise de contribution au débat public, l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL) vient d’éditer une feuille de route en cinq points pour faire de «l’entreprise Luxembourg» une entité durablement forte, pérenne et capable de remettre en question son mode de fonctionnement.

La croissance économique, que l’UEL estime incertaine et fragile, a également été pointée du doigt par la Commission européenne: «Alors que les tendances récentes de l’économie au Luxembourg étaient annonciatrices d’une expansion économique modérée, les perspectives sont désormais assombries par une détérioration de l’environnement extérieur auquel l’économie est très sensible», pointe le rapport européen.

Pour l’UEL, tant le contexte international (Brexit, Beps...) que national (hausse du salaire social minimum, congés supplémentaires, organisation du temps de travail...) pèsent sur les entreprises et représentent des freins à sa croissance.

Des constats et des projections à prendre en compte

«Notre conviction, c’est que ces défis ne peuvent se résoudre qu’ensemble avec des entreprises fortes et des individus engagés dans un véritable projet de société», déclare l’UEL dans son rapport.

Les différents aspects ou paramètres du pays «imposent d’agir dès aujourd’hui, sans croire que tout se passera bien dans le futur pour la simple raison que cela a été le cas ces dernières années.»

Dans sa présentation, le président de l’UEL, Nicolas Buck , dresse l’essentiel des enjeux pour un pays que tous veulent voir briller dans une Europe, dans un monde qui change:

Compétitivité et productivité en recul

Les patrons s’inquiètent notamment de la compétitivité et productivité grand-ducales. Les indicateurs montrent, en effet, une certaine érosion.

«La productivité a baissé depuis 2014 avec un PIB qui progresse moins vite que l’emploi. Le coût de la main-d’œuvre, par unité produite, a augmenté de 5,2% en 2017, en raison notamment de l’indexation des salaires. Sans compter que la croissance potentielle du PIB a diminué de moitié par rapport à la période antérieure à la crise», précise le rapport.

L’UEL se joint donc à la Commission européenne pour recommander au gouvernement de renforcer les secteurs à forte intensité de connaissances et accroître les investissements dans la recherche, l’innovation, la numérisation et la technologie pour améliorer la productivité.

Selon la Commission, il faut maintenant investir dans le transfert de connaissances, car la valorisation des résultats de la recherche n’est pas encore efficiente. L’Europe pointe également la chute spectaculaire des investissements des PME en R&D qui sont inférieurs à la moyenne européenne (0,30% du PIB en Europe contre 0,12% du PIB au Luxembourg).

Enfin, le pays ne dispose pas encore d’une stratégie nationale de recherche et d’innovation qui permettrait une hiérarchisation des priorités.

Investir dans les compétences

L’éducation, la formation et les compétences sont par ailleurs épinglées comme axe de travail et d’investissement majeur par le rapport de l’UEL.

D’autant que la Commission européenne a mis en évidence plusieurs lacunes du pays: le pourcentage de jeunes inactifs a progressé, passant de 5,4% en 2016 à 5,9% en 2017. Les résultats en matière d’éducation sont d’ailleurs inférieurs à la moyenne européenne, notamment dans des domaines tels que la lecture et les sciences.

Enfin, le décrochage scolaire est en hausse depuis 2009 pour atteindre 13,5% en 2015. D’autant que 20% des élèves ont déjà redoublé avant leur entrée en troisième primaire et un sur deux a recommencé une année avant la fin de l’enseignement secondaire.

Investir dans une formation qui corresponde aux besoins de l’économie et revoir l’orientation scolaire sont donc des pistes essentielles pour développer la croissance du pays, certains secteurs déplorant un manque criant de main-d’œuvre.

Le rapport européen évoque notamment qu’environ «70% des offres d’emploi enregistrées dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, ainsi que dans la finance n’aboutissent pas à des recrutements».

Point positif néanmoins: 77,1% des entreprises luxembourgeoises ont fourni une formation à leurs salariés, ce qui dépasse la moyenne européenne qui est à 72,6%.

Le logement pointé du doigt

Sans surprise, le logement fait également partie des chantiers importants. «La croissance comparativement plus rapide des prix de l’immobilier par rapport aux revenus pourrait à terme peser négativement sur l’attractivité du travail au Luxembourg», pointe le rapport de l’UEL.

L’offre de logements trop faible, l’absence d’incitants pour la construction et les modestes investissements dans la construction résidentielle sont autant de facteurs d’inquiétude pour les entreprises. 

La Commission européenne apporte une note positive en soulignant que les finances du pays restent saines et que «les recettes du Luxembourg provenant de l’impôt sur le revenu des sociétés sont supérieures à la moyenne européenne».

L’UEL reste vigilante dans son rapport: «La gestion des finances publiques est d’ores et déjà un défi aujourd’hui dans un contexte d’environnement en pleine mutation (transition numérique et écologique). En outre, les recettes fiscales luxembourgeoises sont fragiles et vulnérables de par leurs spécificités.»

Satisfait globalement du constat dressé par la Commission européenne qui augure une meilleure prise en compte de la réalité luxembourgeoise, l’UEL espère qu’il servira aux réflexions sur l’avenir du pays.

Des réflexions qui passeront par un nécessaire travail en commun, comme Nicolas Buck l’avait déclaré lors de l’interview accordée à Paperjam au moment de son entrée en fonction.

Une ambition renouvelée ce mercredi: