PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Marchés financiers

La chronique des chefs économistes

Inflation: retour vers le futur



Lionel Balle  occupe la fonction de  head of fixed income strategy chez Quintet Private Bank. (Photo: Quintet Private Bank)

Lionel Balle occupe la fonction de head of fixed income strategy chez Quintet Private Bank. (Photo: Quintet Private Bank)

L’année 1974 fut marquée par un taux d’inflation à deux chiffres, entraînant dans son sillage un taux de chômage élevé. Près de 50 ans plus tard, la hausse des prix qui s’accélèrent un peu partout dans le monde, et en particulier aux États-Unis, fait craindre ce même scénario.

Mercredi passé, le 17 novembre, l’indice canadien des prix à la consommation s’est par exemple hissé à 4,7%, son niveau record en 18 ans. Au même moment, l’inflation a bondi au Royaume-Uni, se hissant à 4,2%, son plus haut niveau depuis 2011. Soit un taux largement au-dessus des 3,9% estimés par les économistes, ainsi que les membres de la Banque d’Angleterre (BoE). 

Cette dernière avait d’ailleurs surpris les investisseurs en maintenant sa politique monétaire inchangée en début de mois, alors que les marchés anticipaient une hausse de taux qui aurait fait d’elle la première des grandes banques centrales à franchir le cap. Avec un marché de l’emploi solide et un indice des prix à la consommation à la hausse, nous pensons que la BoE devrait resserrer sa politique monétaire en relevant son taux directeur lors de sa prochaine réunion du mois de décembre.

La semaine passée également, l’inflation aux États-Unis a atteint 6,2%, soit son niveau record depuis les 6,3% enregistrés en 1990. Le taux d’inflation sous-jacent, qui correspond à la tendance à long terme de l’évolution du niveau des prix, s’accélère également à 4,6%. C’est la sixième fois en huit mois que l’inflation est supérieure au consensus des marchés, avec une hausse mensuelle de +0,9% contre +0,6% anticipé. 

Cette hausse est occasionnée principalement par trois segments représentant 46% de l’indice des prix, mais expliquant près de 70% de son évolution, à savoir l’énergie, les véhicules neufs et d’occasion et les logements.

Énergie, véhicules et logements

La hausse du prix de l’énergie n’est pas une surprise compte tenu de l’augmentation du prix du pétrole et du gaz. Quant au prix des voitures neuves, il continue sur sa tendance à la hausse étant donné que le niveau des stocks ne permet pas de faire face à la demande; cela impacte également le prix des voitures d’occasion. À noter que la crise liée à l’approvisionnement des semi-conducteurs devrait prolonger cette tendance à la hausse. Enfin, les prix de l’immobilier ont évolué de +0,5% depuis le mois passé en raison d’un faible taux d’inoccupation, ainsi qu’un marché en plein essor.

Si ces chiffres vont certainement exercer un peu plus de pression sur la banque centrale américaine (Fed), le marché ayant ajusté sa potentielle première hausse de taux en juillet 2022, celle-ci devra se montrer très attentive à l’évolution du marché de l’emploi.

Dès lors, nous pensons que, tout comme pour la BoE, la Fed devra être extrêmement vigilante quant à l’ajustement de sa politique monétaire. En effet, la pénurie de l’offre impacte l’activité économique et des hausses de taux agressives ne feraient qu’empirer la situation, d’autant plus que ses membres s’attendent à une atténuation de la pénurie et une inflation seulement transitoire. 

La Fed, au moment de lire ces lignes, pourrait connaître le nom de son prochain grand patron. En effet, Joe Biden devrait annoncer sa nomination d’ici ce week-end, date qui coïncide avec la fin des discussions sur le plan des réformes sociales et environnementales au sein du parti démocrate. Un choix difficile pour le président américain, entre la reconduction pour un second mandat de l’actuel président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell, ou la nomination de Lael Brainard, seule gouverneur démocrate siégeant au Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale.