POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Il y a urgence(s) pour l’Europe (3/5)

L’industrie a un avenir en Europe



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Nicolas Schmit: «La BEI continuera pour cela à jouer un rôle décisif dans les années à venir.» (Photo: Maison Moderne/Archives)

Tout le monde est d’accord pour affirmer qu’il faut soutenir PME et TPE. Mais si l’Europe propose une kyrielle d’aides, la lourdeur administrative – mise en place pour éviter les fraudes – dissuade souvent les patrons. Un Small Business Act 2.0 pourrait apporter des solutions.

Nicolas Schmit sera la tête de proue de la liste du LSAP lors du prochain scrutin européen. Ministre de 2004 à 2018, c’est aussi un connaisseur avisé des matières européennes.

L’accord passé entre le DP, Déi Gréng et le LSAP au niveau national prévoit que le poste de commissaire européen revienne à un socialiste, si la composition du futur Parlement européen offre cette possibilité. «Et il y a une décision de nos instances internes qui me désigne comme candidat à la Commission», confirme Nicolas Schmit.

Qui, si le choix lui était laissé, se verrait bien prendre la responsabilité des affaires sociales. Un domaine étroitement lié à celui de l’économie, des entreprises, de l’industrie.

Soutenir la réindustrialisation

L’industrie, justement, il y voit un enjeu majeur. «La réindustrialisation est importante et l’in­dustrie a un avenir en Europe, martèle-­t-il sans la moindre hésitation. On a besoin d’une base industrielle. Aller exclusivement vers les services n’est pas un modèle économique durable. Mais l’industrie est en mutation aussi et il faut en tenir compte. Elle va fonctionner avec moins de salariés, c’est clair. Il faut donc investir dans la formation et mettre en place une vraie politique industrielle européenne.»

Qui se trouvera un allié dans les nouvelles technologies. «Elles vont contribuer à freiner les délocalisations, développe Nicolas Schmit. Pourquoi? Car ces délocalisations étaient basées sur le coût de la main-d’œuvre. Mais si vous employez moins de monde, d’autres critères deviennent plus importants: les délais, les coûts de transport, la stabilité de l’environnement de votre activité et la proximité du marché. Quand Goodyear veut implanter son usine 4.0, elle le fait au Luxem­bourg pour ces raisons.»

Les PME constituent l’épine dorsale de toutes les économies européennes, c’est vrai. Je vois aussi que c’est un vecteur d’innovation et un moteur pour l’entrepreneuriat.

Nicolas Schmit,  LSAP

En Europe, PME et TPE constituent 99% du tissu économique et emploient deux tiers des salariés européens. Les chiffres de la Banque européenne d’investissement décrivent à suffisance l’impact européen sur les PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire) en 2018: 23,3 milliards investis auprès de 374.000 entreprises qui comptent 5 millions de salariés. Cela via plus de 260 aides possibles différentes.

«Les PME constituent l’épine dorsale de toutes les économies européennes, c’est vrai, concède Nicolas Schmit. Je vois aussi que c’est un vecteur d’innovation et un moteur pour l’entrepreneuriat.» Car, selon lui, «en Europe, on ne crée pas assez d’entreprises. Si on compare avec les États-Unis par exemple, c’est tout à fait insuffisant. Ma conviction est claire: on doit créer plus d’entreprises.» Le besoin est là, notamment dans le domaine des nouvelles technologies.

«Cela a été reconnu par l’Europe, mais il faut continuer. La BEI continuera pour cela à jouer un rôle décisif dans les années à venir.»

Si cette lourdeur administrative est née, c’est pour limiter les abus et les fraudes, et c’est louable. Mais il faut simplifier, en mettant des contrôles après.

Nicolas Schmit,  LSAP

Nicolas Schmit pointe un danger: le fait que l’entrepreneur ou la collectivité locale «est souvent perdu face à la multiplicité des instruments d’aide. Et même quand ce risque est repéré, les potentiels demandeurs sont souvent désespérés face à la bureaucratie qui entoure ces ins­tru­ments.»

La charge administrative exigée est aussi clairement trop lourde aux yeux du candidat socialiste, «et si le coût administratif est plus important que ce que cela peut rapporter, on laisse alors tomber. Évidemment, si cette lourdeur administrative est née, c’est pour limiter les abus et les fraudes, et c’est louable. Mais il faut simplifier, en mettant des contrôles après.»

C’est non seulement une question d’efficacité, mais aussi une question d’image, «car finalement, cela donne une image déplorable de l’Europe et on doit changer cela». Cela constitue donc un défi de taille car il s’agit, exercice difficile, de «simplifier des procédures qui sont souvent de bonnes procédures, les restructurer et en diminuer le nombre».

Dynamique à préserver

La demande est claire en faveur de convergences économiques. Mais aussi sociales. «C’est étroitement lié. Il n’y a aucune raison économique qu’un salaire soit, par exemple en Roumanie, trois fois inférieur à celui proposé en Allemagne. Je ne dis pas qu’ils doivent être les mêmes. Mais il faut tenir compte de différents critères, dont les conditions de travail et la protection sociale, afin que les gens puissent vivre de manière décente», analyse Nicolas Schmit.

Qui ne se montre pas un grand supporter d’une mesure comme celle de possibles appels d’offres de marché liés à des critères sociaux, «car créer de la concurrence sur le seul facteur social n’est pas admissible». Il préfère insister sur les progrès à faire dans le détachement des travailleurs et «multiplier les contrôles. C’est nécessaire».

Le social, et donc en corollaire l’économie, sera donc le pro­­chain grand chantier européen. «Il y a eu une bonne amorce via la Com­mission Juncker, sous l’impulsion des socialistes. Il faut veiller à ne pas stopper cette dynamique. Sinon, j’ai des craintes pour l’Europe.»