ENTREPRISES & STRATÉGIES — Services & Conseils

Julien Demoulin (Sodexo Luxembourg)

«L’impact post-Covid sera ressenti sur du très long terme»



Le jeune Belge de 40 ans, Julien Demoulin, a pris la tête de Sodexo Luxembourg l’année dernière. L’entreprise (2.300 salariés) mise sur sa diversité, et notamment sur ses services de nettoyage, utiles en période de crise du Covid-19. (Photo: Sodexo)

Le jeune Belge de 40 ans, Julien Demoulin, a pris la tête de Sodexo Luxembourg l’année dernière. L’entreprise (2.300 salariés) mise sur sa diversité, et notamment sur ses services de nettoyage, utiles en période de crise du Covid-19. (Photo: Sodexo)

Le télétravail freine la reprise dans la restauration collective, qui représente près de la moitié de l’activité de Sodexo Luxembourg. Le point avec Julien Demoulin, son CEO.

Il est encore tôt pour calculer les effets du Covid-19 sur l’activité de Sodexo. Qu’en est-il au Luxembourg?

Julien Demoulin . – «Pour le Luxembourg, toutes nos activités n’avaient pas totalement été stoppées pendant le confinement . Nos équipes (2.300 personnes au total) ont continué à travailler, principalement dans les hôpitaux, à la préparation des repas pour les patients. Nos maisons seniors ont bien évidemment continué leur activité. De même pour le cleaning, la réception… Nous avons donc gardé plus ou moins 50% de nos activités au Luxembourg.

Comment s’est passée la reprise?

«Dans tout ce qui est entreprises et institutions, la reprise est partielle et très progressive. Il y a encore peu de personnel présent dans les bureaux, le télétravail reste la norme chez beaucoup de nos clients, avec plus ou moins 20% des effectifs sur site. Nous avons une offre alimentaire extrêmement réduite, le take-away reste la norme.

Bien entendu, nous avons mis en place toutes les mesures de protection pour accueillir au mieux nos consommateurs et pour protéger nos équipes. Nous suivons les mesures d’hygiène et de distanciation édictées par l’Horesca et la restauration collective.

Du côté des écoles, la reprise est progressive également. Notre volume y est de l’ordre de 65% des repas par rapport à avant. Toutes les activités événementielles restent également suspendues.

Sur toutes nos activités, là où nous étions sur une perte de 50%, nous sommes toujours autour de 35-40%.

Distributeurs de gel hydroalcoolique et marquage au sol à la sandwicherie de l’Atrium Business Park, où se trouve le siège social de Sodexo Luxembourg,  (Photo: Sodexo Luxembourg)

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La plupart des restaurants d’entreprise ne proposent que du take-away, vu le peu de collaborateurs présents sur les sites. (Photo: Sodexo Luxembourg)

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Quand espérez-vous un retour à la normale dans les restaurants d’entreprises?

«Nous aurons une meilleure vision des choses à la mi-juin. Tout va dépendre du télétravail: si les frontaliers peuvent toujours faire du homeworking pendant encore deux ou trois mois, ça aura un impact. Le Luxembourg trouvera probablement des accords avec ses voisins à long terme pour qu’ils puissent télétravailler un jour par semaine, ce qui pourrait représenter 20% de consommateurs en moins dans nos restaurants. L’impact post-Covid sera ressenti sur du très long terme pour nous.

Un grand nombre de nos salariés sont encore en chômage partiel. Nous sommes passés de 1.100 à 800 personnes inactives. Ce sera encore le cas pour les prochaines semaines ou les prochains mois.

Aujourd’hui, le cadre dans lequel nous évoluons est inconnu. La seule donnée tangible que j’ai à ce jour, c’est que nous avons la chance que Sodexo Luxembourg soit extrêmement diversifiée dans ses activités.

Justement, comment se partagent les activités de Sodexo Luxembourg?

«En ce qui concerne Sodexo Luxembourg, sans Covid, cette année, on aurait dû arriver à 140 millions d’euros de chiffre d’affaires. 30-35% sont les activités dans nos maisons seniors, 10-15% pour le cleaning et la réception, et tout le reste concerne la restauration (restaurants d’entreprises et d’institutions, hospitaliers et scolaires).

La partie chèques-restaurants est toujours à part.

Quels sont vos projets pour l’avenir?

«Cette crise sanitaire a développé plus d’expertise pour nous dans les activités de nettoyage, et nous comptons capitaliser sur ces compétences pour développer encore plus nos activités de cleaning. C’est une stratégie que nous mettons déjà en place depuis trois ou quatre ans, nous avons près de 500 salariés dans ce domaine. Nous avons mis en place un robot nettoyeur dans un lycée en septembre 2019. Nous n’avons pas d’objectifs chiffrés à ce sujet.

Le confinement nous a aussi permis d’élargir notre gamme de services aux seniors. Nous avons mis en place dans certaines communes la livraison de repas à domicile. Les seniors ont ainsi pu éviter de se rendre au supermarché, où le risque de pandémie était plus élevé. Nous comptons continuer à développer ce service.

Et en termes de digitalisation?

«Pour réduire le gaspillage alimentaire, nous allons déployer dans les prochains mois notre système Leanpath (développé par une entreprise américaine). C’est un outil de gestion des déchets qui sera mis en place dans nos cuisines et restaurants. Concrètement, c’est une balance connectée à une tablette qui calcule nos déchets et détermine ceux qui sont inévitables, comme les pelures de carottes, et ceux qui ne le sont pas, comme la surproduction et les restes dans les assiettes.

Nous souhaitons continuer d’augmenter la part de nos fournisseurs luxembourgeois et de la Grande Région, qui est déjà très élevée. Sur 90 sites, 30 ont le label SSL (Sou schmaacht Lëtzebuerg).