POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Marie, infirmière

«Il y a 3 semaines, on travaillait encore sans masque ni protection…»



Marie, infirmière frontalière. (Photo: Shutterstock)

Marie, infirmière frontalière. (Photo: Shutterstock)

Les infirmiers sont en première ligne dans la lutte contre le coronavirus. Avec professionnalisme et dévouement, ils assurent leur mission malgré l’angoisse. Témoignage.

Je suis déjà assez angoissée de nature. Mais là…» La voix reste en suspens. Marie — son prénom a été modifié —, 30 ans, infirmière dans un des 10 réseaux de soins et d’aide au Luxembourg, a la gorge nouée. «J’ai des difficultés à m’endormir, je suis angoissée à l’idée d’aller travailler, à l’idée qu’on découvre un Covid positif parmi nos collègues ou nos patients. Encore plus quand on est parent et qu’on doit prendre des dispositions particulières quand on rentre à la maison.»

Il y a un moment que la jeune femme suit de près ce mystérieux virus. «Je suis beaucoup l’actualité. Depuis le début. Notamment en Chine et en Italie. Là, on voit directement que le virus prend de l’ampleur chaque jour, alors qu’en France ou au Luxembourg, les choses ont été prises un peu à la légère jusqu’aux mesures de confinement. Il faut combien de personnes touchées et combien de décès pour que les gens restent chez eux?

En France, comme au Luxembourg, il faudrait qu’Emmanuel Macron et Xavier Bettel (DP) sanctionnent plus durement ces comportements.»

«J’ai peur, explique la frontalière française, parce qu’il y a 14 jours d’incubation avec ce virus. Et il y a 3 semaines, on travaillait sans masque ni protection! On nous disait encore qu’on n’avait pas à mettre de masque chez les clients, qu’il n’y avait aucun risque. Et trois jours après, tous les masques étaient obligatoires. Sans parler des gants, du lavage des mains et de la distance au maximum. C’est un peu contradictoire, la distance au maximum, quand vous devez faire des injections, des pansements ou poser des transfusions… Quand la ministre de la Santé a donné la possibilité aux soignants d’avoir accès aux masques ou à des mesures de protection, là, tout le monde a pris conscience que c’était un virus qui tuait!»

Il faut combien de personnes touchées et combien de décès pour que les gens restent chez eux?

Marie,  Infirmière

Élan de reconnaissance

«Il y a des personnes asymptomatiques, on ne teste que les personnes qui présentent des symptômes. Beaucoup de gens ne savent pas encore qu’ils sont positifs. On continue à aller faire des soins chez eux et à les voir tous les jours.» Elle continue en effet à aller à la rencontre d’une trentaine de patients. «Ils sont contents qu’on porte des masques et qu’une continuité des soins soit assurée. Ils sont dépendants, dans le besoin. Pour la plupart, ils ne pourraient pas gérer leurs soins eux-mêmes. Même si certaines familles ont pris le relais, certaines personnes sont totalement isolées.»

L’élan de reconnaissance de l’importance des frontaliers la laisse dubitative, elle qui a pris des cours de luxembourgeois et qui le parle à chaque fois que c’est possible avec ses patients. «Que ça vienne maintenant… Vous savez, nous, les soignants, mais aussi les caissiers, les éboueurs et tous les autres, on travaille tous les jours pour faire notre métier correctement. Et c’était déjà le cas avant cette crise! J’espère qu’après tout ça, cela restera…»

Au terme de ces journées à géométrie variable, «j’ai créé un sas “de décompression”: j’abandonne toutes mes affaires, que je mets dans un sac isotherme dans lequel je les laisse quelques heures avant de les passer à la machine. Les chaussures sont en bas, et je passe à la douche.» L’heure de décompresser? Pas sûr. Les réseaux sociaux et les chaînes d’information déversent «des informations honteuses sur le sort réservé au personnel soignant».