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MON ANNÉE POLITIQUE (7/10)

«Il faut une transition sociale et écologique»



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Blanche Weber: «La nécessité absolue pour la période législative est donc d’entamer les discussions de fond sur le développement futur du pays: une croissance illimitée du PIB et de la consommation est-elle effectivement voulue et faisable?» (Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne / Archives)

Préparer la rentrée politique, c’est le devoir de vacances que Paperjam a donné à plusieurs acteurs de la vie publique! Aujourd’hui, Blanche Weber, présidente du Mouvement écologique, nous confie ses objectifs et les enjeux qui attendent le Luxembourg cette année.

La dernière période législative a été marquée par un certain nombre de changements sociétaux, telle la séparation entre l’Église et l’État.

Bon nombre d’acteurs et de citoyen(ne)s estimaient que l’on pouvait raisonnablement espérer que la période législative actuelle serait marquée par une accélération des réformes nécessaires en vue d’un modèle sociétal et économique dans le sens d’un développement durable.

Aucun changement de paradigme relatif n’est perceptible de la part des décideurs politiques.
Blanche Weber

Blanche Weber,  présidente,  Mouvement écologique

Parer aux défis écologiques évidents – changement climatique, perte de biodiversité dramatique, mitage de nos paysages – et sociaux – clivage croissant entre les (couches de) populations les plus riches et les plus pauvres, problèmes au niveau du logement... – et rendre notre économie performante pour les défis et transformations nécessaires.

Or, jusqu’à présent, aucun changement de paradigme relatif n’est perceptible de la part des décideurs politiques. Bien qu’on enregistre un grand «bravo» de presque tous les membres du gouvernement actuel et des partis politiques par rapport aux revendications des jeunes «Youth for Climate», la réalité en est tout autre.

Les dernières données connues montrent par exemple que les émissions de CO2 sont à la hausse, le Luxembourg est le deuxième pays au niveau mondial ayant déjà atteint en février l’«overshoot day», c’est-à-dire le moment où un pays a consommé les ressources naturelles qui lui reviendraient dans un monde (plus) juste.

Est-ce que le Luxembourg veut essayer d’accroître coûte que coûte – au détriment de ses ressources propres et de tous les désavantages connus au niveau du trafic, du logement – son PIB?
Blanche Weber

Blanche Weber,  présidente,  Mouvement écologique

On peut essayer de minimiser la situation, tel que le fait allègrement le ministre de l’Économie à l’heure actuelle en insinuant par exemple que les acteurs qui s’opposent à l’implantation du data center de Google à Bissen ne veulent que profiter des avantages de Google sans en accepter les désavantages.

On peut essayer de divaguer et de ne pas se confronter réellement aux arguments des autres... Car, en effet, les opposants au site de Google ne s’opposent pas à une firme; ils insistent en premier lieu sur la nécessité d’une analyse sereine. Est-ce que, par exemple, les capacités d’eau de notre pays sont suffisantes pour héberger une telle entreprise? Est-ce que le Luxembourg veut essayer d’accroître coûte que coûte – au détriment de ses ressources propres et de tous les désavantages connus au niveau du trafic, du logement – son PIB?

La nécessité absolue pour la période législative est donc d’entamer les discussions de fond sur le développement futur du pays: une croissance illimitée du PIB et de la consommation est-elle effectivement voulue et faisable? Ou faut-il réfléchir à un financement alternatif de notre sécurité sociale? Comment répartir la richesse dans un pays comme le nôtre? Acceptons-nous les limites des ressources naturelles de notre pays et quelles conclusions doivent en être tirées?

Mais il faut aussi surtout une réforme de notre système fiscal. Il est tout simplement absurde que nous taxions davantage les prestations sociales que l’utilisation des ressources...
Blanche Weber

Blanche Weber,  présidente,  Mouvement écologique

Il est par ailleurs grand temps de mettre en œuvre – à court terme – tous les instruments nécessaires et connus afin d’assurer la transition écologique. Une loi pour la protection du climat, un «Nohaltegkeetscheck» pour toutes les décisions gouvernementales, un renforcement du rôle de l’aménagement du territoire, une réorientation de notre politique agricole vers une production biologique ou du moins plus durable, pour ne citer que ces instruments essentiels.

Mais il faut aussi surtout une réforme de notre système fiscal. Il est tout simplement absurde que nous taxions davantage les prestations sociales que l’utilisation des ressources... Et que notre système fiscal encourage en fait la consommation en énergie, voire son gaspillage. Rappelons que notre pays est la «lanterne rouge» en ce qui concerne la taxation environnementale au niveau européen! Une réforme fondamentale, avec l’intégration notamment d’une taxe CO2 et d’une taxation des pesticides, liée à une redistribution selon des critères sociaux, est de mise.

La deuxième partie de la période législative doit être mise au service d’une transition sociale et écologique. Sinon, elle risque de se terminer en échec.