POLITIQUE & INSTITUTIONS — Institutions

Karin Weyer (respect.lu)

«La radicalisation existe au Luxembourg»



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«La vulnérabilité est plus présente lors du développement de son identité, tout particulièrement lors de l’adolescence.» (Photo: Shutterstock)

Le centre contre la radicalisation Respect.lu, qui se donne pour mission de contrer les menaces de la radicalisation idéologique, a publié son rapport annuel 2017, lundi 1er juillet. Karin Weyer, chargée de direction, répond à nos questions sur leurs méthodes et la situation au Luxembourg.

Le Luxembourg est-il touché par la radicalisation de la même manière que les autres pays?

Karin Weyer. – «Difficile de savoir où se situe le pays. Le Luxembourg n’est pas dans une situation isolée. Des risques de radicalisation existent comme dans les autres pays. Des personnes se sont radicalisées, certaines sont parties en Syrie. Depuis notre création en 2017, nous avons été confrontés à 63 situations, dont 25 depuis le début de l’année 2019.

Nous sommes de plus en plus sollicités par des personnes inquiètes, mais c’est aussi parce que nous sommes davantage connus. On ne sait pas s’il existe une situation de grand risque.

Quelles sont les raisons d’une radicalisation dans un pays où, a priori, les conditions de vie et les chances de réussite sont élevées?

«Les personnes vulnérables existent toujours. Tout le monde peut vivre une situation difficile dans sa vie. La vulnérabilité est plus présente lors du développement de son identité, tout particulièrement lors de l’adolescence. Durant cette période, la personne peut être plus fragile vis-à-vis du discours d’un recruteur.

L’idéologie radicale présente une vision simpliste du monde, constitué de bon et de mauvais. Elle propose d’appartenir à une communauté dont les membres, présentés comme une élite, sont très proches et excluent les autres.

Pour l’extrême droite, ce sera être blanc et luxembourgeois. Pour l’extrémisme religieux, appartenir à une communauté proche de dieu permettra de s’imaginer comme quelqu’un de spécial.

Comment intervenez-vous?

«Nous intervenons au cas par cas. Si nous sommes sollicités par les parents, alors ceux-ci, qui ont une emprise sur leur enfant, peuvent l’amener chez nous. Si l’école nous prévient, nous pouvons organiser des groupes de discussion, sans viser directement la personne concernée. Si celle-ci est déjà en contact avec un service psychologique, nous pouvons les solliciter afin de mettre en place un système d’aide.

Dans le cas où des collègues de travail nous préviendraient, la situation est plus compliquée. Nous pouvons contacter le service des ressources humaines, ou mettre en place un support pédagogique ou une aide psychologique. Souvent, cette radicalisation est liée à de multiples problèmes. Mais il nous faut évaluer la situation: s’il existe un risque de passage à l’acte, nous devons alors prévenir la police.»