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Icix, la start-up qui va profiter aux opérateurs



Les opérateurs de télécommunications dépensent de 20 à 50% de trop pour leur infrastructure. Icix leur permettra de savoir où ils ont trop dépensé et où ils devraient investir pour satisfaire les exigences de leurs clients. (Photo: Shutterstock)

Les opérateurs de télécommunications dépensent de 20 à 50% de trop pour leur infrastructure. Icix leur permettra de savoir où ils ont trop dépensé et où ils devraient investir pour satisfaire les exigences de leurs clients. (Photo: Shutterstock)

Pas encore installée au Luxembourg à cause du Covid-19, la start-up Icix intégrera le Luxembourg-City Incubator avec une idée: faire économiser de l’argent aux opérateurs dans la mise à niveau de leur infrastructure. Et préparer la box du futur.

La question agace les parents et rend les geeks fébriles. «Y aura-t-il du réseau en vacances?» La solution viendra, dans quelques années, d’une nouvelle génération de box, qui ira chercher de la connexion non pas sur la fibre optique, mais sur le réseau 4G ou 5G le plus efficace à proximité. Les vacanciers comme les voyageurs embarqueront leur box dans les valises, sans avoir rien à payer de plus, merci l’Europe.

Mais ce n’est pas par le «Fixed Wireless Access» qu’Olivier Rostaing et Michel Trudelle ont mis en route leur start-up. Icix, qui aurait déjà dû être inscrite au Luxembourg s’il n’y avait pas eu le Covid-19, proposera un logiciel comme un service, capable, quand le trafic augmente rapidement, de détecter quand et où les opérateurs doivent investir ou modifier leur infrastructure pour mieux coller à la réalité de leur marché.

«Nous avons créé un logiciel qui permet aux opérateurs de téléphonie mobile d’investir ce qu’il faut exactement quand le trafic grandit. Aujourd’hui, ils ne savent pas le faire correctement. Ils observent juste que ça passe dans le rouge à certains endroits et ils décident d’investir. Plus ils ont d’argent, plus c’est facile, mais en général, ça ne correspond pas, ni en quantités ni à des saturations.»

«Il y a deux conséquences», poursuit cet ingénieur aux 20 années d’expérience dans le secteur. «Les opérateurs ne sont pas si riches qu’on le croit et les abonnés ne sont pas toujours très heureux de leurs services, soit ça marche mal, soit la couverture n’est pas très bonne alors qu’on pourrait faire beaucoup mieux avec notre logiciel.»

Le logiciel va chercher des données – c’est du big data – sur le réseau, les données de performance du réseau, et il va les analyser – du machine learning et de l’intelligence artificielle – et va dire à l’opérateur d’abord que la performance de son réseau est comme ça – ce qui est déjà compliqué – et ensuite combien il faut investir pour l’amener à telle qualité de service ou bien combien il faut désinvestir si l’opérateur a surinvesti dans des endroits où ce n’est pas utile.

«Ça coûte très très cher selon les équipementiers. Les opérateurs essaient de mesurer, de comprendre comment ça sature, ils ont des compteurs approximatifs, du coup, je vais aller acheter chez Nokia une unité d’équipement. Mais ça ne suffira pas, il en faudrait trois. Quand on leur montre nos résultats mathématiques par rapport à ce qu’ils font, on voit qu’ils sont à 50% ou 60% inefficaces. Il y a une différence importante. Et ce n’est pas moi qui le dis, mais tous les grands auditeurs, comme PwC, Accenture ou EY, qui ont mesuré les investissements des opérateurs et qui leur ont dit leur inefficacité.»

Un modèle mathématique de plus de 30 ans de recherches

«Pour une hausse de trafic de 40%, ils ne savent pas combien de boîtes ils doivent mettre pour y répondre. Si, sur dix personnes, neuf sont sur YouTube et une passe un appel, ce n’est pas pareil que si neuf personnes passent un appel et une seule est sur YouTube. Il existe tout un tas de configurations possibles qui rendent la prise de décision compliquée pour les opérateurs. Il faut un modèle mathématique. On a été en contact avec l’Inria, le CNRS français, qui a 30 ans de travaux mathématiques sur cette thématique, avec le modèle de Kaufman et Roberts (1981). Nos chercheurs ont adapté ce modèle», explique l’entrepreneur, encore basé à Andorre.

«Nous devions venir, mais avec la crise sanitaire, nous sommes un peu coincés. D’un point de vue commercial, le Luxembourg est au centre de l’Europe alors que prendre un avion à Andorre est assez compliqué. Ici, on est très vite à Francfort ou Paris. Le pays est aussi plus réputé, mais surtout, l’accueil et l’attention du gouvernement par rapport aux start-up sont importants. Convaincre un opérateur est très compliqué et le Luxembourg vient nous aider à apporter cette innovation de rupture. Idéalement, on aimerait convaincre Post, Orange Luxembourg ou Proximus.»