ENTREPRISES & STRATÉGIES — Technologies

3 questions à Ismaël Fadiga (SoRisk3)

«L’humain, la technologie, et l’ampleur de la vision»



Ismaël Fadiga: «En résumé, l’humain, la technologie et l’ampleur de la vision (en termes de débouchés géographiques) constituent les facteurs responsables du déclenchement de notre aventure entrepreneuriale.» (Photo: DR)

Ismaël Fadiga: «En résumé, l’humain, la technologie et l’ampleur de la vision (en termes de débouchés géographiques) constituent les facteurs responsables du déclenchement de notre aventure entrepreneuriale.» (Photo: DR)

En amont de l’événement Start-up Stories: Round 4 organisé par le Paperjam Club le mardi 10 novembre chez Welkin et Meraki, le représentant de la société SoRisk3, Ismaël Fadiga, partage sa vision d’entrepreneur.

D’où vous est venue l’idée de votre start-up?

Ismaël Fadiga. – «L’idée de créer SoRisk3 & Compliant résulte de la conjugaison de multiples facteurs:

- Facteurs professionnels: suite à une douzaine d’années d’expérience au sein du secteur financier à Londres et à Luxembourg, majoritairement en gestion des risques, une exposition au sein des secteurs de la gestion d’actifs et bancaire a facilité une fine compréhension des besoins des acteurs locaux et internationaux compte tenu de l’évolution du cadre réglementaire. S’il est indéniable que la crise sanitaire, contemporaine, agisse en tant que catalyseur de la digitalisation des services financiers, l’anticipation de ces enjeux de digitalisation à des fins d’efficience opérationnelle remonte, en ce qui nous concerne, à une dizaine d’années.

En effet, tout au long de la précédente décennie, nous cherchions constamment à résoudre l’équation entre la hausse de la qualité des services en gestion des risques & de la conformité, et la baisse des coûts opérationnels à l’endroit des sociétés financières régulées. Nos expériences nous ont permis d’observer, brièvement:

· une faible culture empirique de l’‘intrapreneurship’, à l’origine de la création de la ‘start-up’;

· une raréfaction graduelle des profils à la fois ‘techniques et réglementaires’ en gestion des risques et de la conformité. Phénomène accentué localement au sein de l’industrie de la gestion d’actifs (sociétés de gestion, professionnels du secteur financier…), comparativement au secteur bancaire, et entraînant de facto un besoin d’accompagnement continuel des équipes par de ‘réels’ experts;

· des investissements dispendieux dans des systèmes d’information et de gestion des risques et de la conformité pour des raisons psychologiques, souvent en inadéquation avec les besoins ‘réels’, affichés au sein des départements de gestion des risques et de la conformité;

· des solutions logicielles existantes sur le marché, souvent axées sur une problématique réglementaire (parmi tant d’autres), indigentes par la robustesse des techniques/modélisations en gestion des risques, surtout en l’absence de prescriptions légales, et très peu personnalisables pour répondre à des besoins ‘uniques’ exprimés par les acteurs du marché;

· le ‘hiatus’ entre l’installation progressive d’une bureaucratie au sein des départements techniques justifiée par une aversion rationnelle mais souvent excessive aux risques compte tenu du renforcement de l’environnement réglementaire, et d’autre part une inflation réglementaire croissante dans le temps, impliquant indubitablement une agilité (en termes de quantification et de prompt suivi des risques financiers) au sein des départements de gestion des risques et de la conformité. 

- Facteurs académiques: notre formation de base en économie nous a permis de: 1) mieux appréhender certains concepts tels que: le concept ‘schumpétérien’ de la ‘destruction créatrice’, l’‘uberisation de l’économie’, la ‘révolution numérique’; 2) confronter ces concepts à nos réalités empiriques; 3) anticiper ensuite continuellement les changements futurs au sein de nos sociétés.

Ainsi convaincus, non pas par la destruction de certains secteurs de l’économie, mais par leur nécessaire ‘mutation’ vu la vitesse des innovations technologiques affectant de plus en plus l’économie réelle, nous avons créé et développé la plateforme SoRisk3 pour répondre aux besoins d’adaptation technologiques des fonctions permanentes de gestion des risques et de conformité au sein des entreprises financières régulées.

- Facteurs sociaux: passionné de philosophie recherchant incessamment la ‘Vérité’, attiré par le partage des connaissances, et profondément ‘aristotélicien’, la maximisation du ‘Souverain Bien’ nécessitait, entre autres, la création de SoRisk3 & Compliant. Ainsi, la plateforme digitale SoRisk3 a été conçue et développée avec un esprit de rigueur intellectuel reflété à travers les applications réglementaires codées qui y sont hébergées. Par ailleurs, SoRisk3 demeure protéiforme en revêtant, à titre d’illustration, un aspect collaboratif (partage des connaissances avec des experts) via l’application de conseil réglementaire en ligne, dans l’optique d’aider les entreprises financières régulées (sociétés de gestion, banques, et sociétés d’assurances) à constamment minimiser leurs coûts réglementaires tout en se conformant continuellement à la loi.

De l’idée à sa concrétisation, il n’y a qu’un pas… et pourtant. Quel a été l’élément déclencheur de votre aventure entrepreneuriale?

«La révolution numérique, caractérisée de nos jours par une vélocité du rythme des innovations technologiques affectant nos économies globalisées, a indéniablement déclenché notre aventure entrepreneuriale. En effet, l’apprentissage automatique (‘machine learning’), la ‘blockchain’, le ‘cloud computing’, auxquels nous recourons intensément au sein de SoRisk3, impliquent de repenser, au moins marginalement, nos méthodes actuelles de travail, tombant rapidement en désuétude. Concernant la gestion des risques et la conformité, le recours à la ‘blockchain’ ouvre de nouvelles opportunités, notamment sur le volet de la gouvernance, champ sur lequel nous travaillons activement dans la première version de SoRisk3 (ciblant principalement le secteur de la gestion d’actifs), notamment dans le cadre d’une minimisation du risque réglementaire à la suite d’inspections sur site des régulateurs.

En plus des ‘intéressants’ aspects technologiques considérés ci-dessus, nous réitérons l’assertion selon laquelle la plateforme SoRisk3 a également été conçue dans un esprit de collaboration et de partage. Ainsi, la ‘start-up’ – SoRisk3 & Compliant – reflète une étroite collaboration avec la Lhoft (Luxembourg House of Financial Technology), hub de créativité et de convivialité, où divers entrepreneurs rencontrent facilement leurs pairs et nouent des partenariats d’affaires: cas de notre partenariat avec Greenwich Dealing. 

Au-delà du Luxembourg et du marché européen, l’opportunité offerte par SoRisk3 & Compliant de déployer la plateforme digitale SoRisk3 dans les marchés émergents en personnalisant nos applications propriétaires a également constitué un élément déclencheur de notre aventure entrepreneuriale.

En résumé, l’humain, la technologie et l’ampleur de la vision (en termes de débouchés géographiques) constituent les facteurs responsables du déclenchement de notre aventure entrepreneuriale.

Quelles sont les qualités nécessaires pour lancer sa start-up?

«La création d’une ‘start-up’ telle que SoRisk3 & Compliant requiert, pour l’entrepreneur, un ensemble de qualités imbriquées, à commencer par le stoïcisme. En effet, la compréhension et l’acceptation des traits d’un marché local pour tout nouvel acteur, où la visibilité auprès des participants du marché (clients, investisseurs) est significative, reste essentielle. 

Ensuite, l’opiniâtreté demeure un attribut important, permettant à l’entrepreneur de conserver sa vision, immuable dans le temps. L’immuabilité d’une vision pour tout projet similaire à SoRisk3 en dépit de chocs exogènes inopinés (Covid-19) pourra s’appuyer sur une forte légitimité ou expertise de l’entrepreneur dans un secteur donné, en plus d’une certaine résilience. Fédérateur, stratège et fin négociateur, l’entrepreneur au sens ‘SoRisk3’ devra développer sa vision en l’absence de financements externes en limitant extrêmement ses coûts opérationnels, sachant qu’un MVP nécessite au minimum 10 mois de R&D pour être au minimum crédible auprès d’une audience. D’où une polyvalence naturelle, à court terme, à endosser un rôle dual de ‘CEO & CTO’ en dépit d’efforts incommensurables consentis, et une culture du résultat afin d’attirer graduellement des acteurs (investisseurs/cofondateurs…) sur la base de résultats tangibles, renforçant la crédibilité de sa ‘Vision’. 

Enfin, la remise en cause constante du soi, facilitée par une capacité d’écoute et l’humilité, le charisme et la persuasion, notamment auprès des clients et investisseurs potentiels (incl. cofondateurs, ‘angels’, VC’…) sont indispensables pour mener à bien un projet tel que ‘SoRisk3’.»

Vous pouvez vous inscrire à l’événement Start-up Stories: Round 4 du Paperjam Club.