POLITIQUE & INSTITUTIONS — Politique

Le «Field Hospital» est prêt

L’«hôpital de guerre» que Bettel voudrait ne pas ouvrir



Le Premier ministre, Xavier Bettel (DP), et la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP), ont visité ce lundi matin le «Field Hospital», hôpital de guerre installé à côté du CHL grâce à l’Otan, Cargolux et Félix Giorgetti pour répondre à des besoins face à la pandémie de Covid-19.

«Le confinement, ce n’est pas seulement des chiffres de malades ou des données économiques. Le confinement, c’est aussi des suicides, des dépressions, des violences domestiques, des viols, des agressions. Il est important de prendre en compte tous ces aspects quand on prend des mesures.»

Masque sur le nez, qu’il réajuste toutes les trois secondes, le Premier ministre, Xavier Bettel , rappelle ce lundi matin les fondamentaux de l’action politique: «Gouverner, ce n’est pas réagir, c’est anticiper!»

Il y a un mois déjà, un vendredi après-midi, le gouvernement confirmait la création d’un «Field Hospital» , un hôpital de campagne pour ne pas dire un «hôpital de guerre». Ce jour-là, quatre gros acteurs se réunissent pour donner au Centre hospitalier de Luxembourg (CHL) des capacités d’accueil supplémentaires si jamais la crise venait à mal tourner.

Quand j’ai demandé qu’on commande tout ce qu’on pouvait, on me prenait pour un extraterrestre. Aujourd’hui, on est content d’avoir ce que nous avons.
Xavier Bettel

Xavier Bettel,  Premier ministre

La structure est fournie par la NSPA, l’Agence de soutien et d’acquisition de l’Otan. Depuis Bari, en Italie, l’installation est ramenée par Cargolux. Plus personne ne songe à égratigner Cargolux Italia. Et au Luxembourg, l’entreprise de construction Félix Giorgetti met à disposition une centaine de ses salariés et des moyens logistiques. La zone est sous le contrôle strict de l’armée.

«Quand j’ai demandé qu’on commande tout ce qu’on pouvait, on me prenait pour un extraterrestre. Aujourd’hui, on est content d’avoir ce que nous avons», confie le Premier ministre.

Un mois plus tard, ce lundi matin, l’hôpital, pour l’instant installé jusqu’à la fin de l’année, reçoit la visite du Premier ministre et de la ministre de la Santé, Paulette Lenert . Après une semaine pour monter la structure et dix jours pour qu’elle soit câblée, meublée, dotée d’électricité et d’oxygène, de toilettes et d’un parcours fléché irréprochable – tout cela doit répondre à des normes strictes –, l’hôpital n’a pas encore dû ouvrir.

Un scanner précieux qui a besoin de 15 secondes

Le confinement, mesure prise au bon moment, a permis aux structures médicales de gérer les arrivées de malades, mais rien ne dit que la situation restera contenue. «Nous avons une cellule de crise tous les deux jours, qui décide des moyens à adopter en fonction de différents paramètres. Pour l’instant, une seule fois, nous avons dû augmenter les capacités en soins intensifs», explique la directrice des soins au CHL, Monique Birkel.

La visite, sous les yeux du président de la Commission administrative du CHL,  Paul Mousel , est guidée par le directeur des urgences, Marc Simon. À l’entrée, un parcours vert et un parcours rouge pour les cas les plus graves et les plus urgents.

Après l’accueil et le dispatching, un scanner provisoire est installé sur la gauche dans une pièce à l’écart, spécialement aménagée elle aussi en raison des radiations. Le Premier ministre y interpelle Valérie, celle qui en assure le fonctionnement. «Je suis très honorée que monsieur le Premier ministre se souvienne de mon prénom», s’amuse-t-elle un instant en emmenant tout le monde voir cet outil qui permet de réaliser une «photo» du thorax en 15 secondes et de la livrer numérisée au médecin, où qu’il soit, qui doit délivrer son diagnostic. 

Il n’y a pas besoin de beaucoup de faux pas pour déclencher une deuxième vague.
Paulette Lenert

Paulette Lenert,  ministre de la Santé

Xavier Bettel prend le temps de se faire expliquer comment les images peuvent aussi révéler des séquelles chez ceux qui auraient déjà attrapé le virus et qui vont s’en remettre. Pour le politique comme pour les médecins, au fur et à mesure de l’apprentissage du Covid-19, les questions changent et les réponses aussi, ajoute le directeur général du CHL, Romain Nati .

Le Premier ministre, Xavier Bettel, et la ministre de la Santé, Paulette Lenert, écoutent les explications du docteur Marc Simon, directeur des urgences, à droite, en présence de Romain Nati, le directeur général du CHL. (Photo: Matic Zorman)

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Un scanner permet, en 15 secondes, de savoir où en est un patient donné, afin donc de mieux gérer son traitement. (Photo: Matic Zorman)

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Une première tente d’accueil, pour bien diriger les patients. (Photo: Matic Zorman)

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Le docteur Nati, qui montre comment les différents parcours ont été aménagés afin que les malades les plus graves ne croisent pas les malades plus légers. (Photo: Matic Zorman)

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Au total, 80 lits, dans quatre tentes, permettent d’accueillir des patients dans des conditions proches de l'hébergement «en dur». (Photo: Matic Zorman)

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La directrice des soins, Monique Birkel, assure que les soignants ont pris la mesure de la crise et avancent de manière solidaire pour aider la population. «La mobilisation est générale», dit-elle. (Photo: Matic Zorman)

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«J’espère qu’on n’en aura pas besoin!», glisse une première fois le chef du gouvernement, sous le soleil, en arrivant sur ce qui est habituellement un petit parking et où les tentes peuvent héberger jusqu’à 80 personnes, selon leur état de gravité.

L’hôpital est quasiment autonome. Seuls les médicaments sont préparés, patient par patient au CHL, parce que l’espace ne permettait pas d’accueillir encore une pharmacie. C’est une structure provisoire qui s’ajoute aux capacités d’accueil du CHL.

60 à 70 soignants du CHL dorment à l’hôtel

«Pour l’instant, l’effet recherché avec le confinement a fonctionné», glisse la ministre de la Santé. «Le plan a marché. Mais il faut rester très prudent: il n’y a pas besoin de beaucoup de faux pas pour déclencher une deuxième vague.»

«Aujourd’hui», commente Mme Birkel, «notre personnel a dépassé ses peurs. Ils ont tous reçu des formations en sécurité pour eux et pour les patients. Il y a toujours la peur de rentrer à la maison et de contaminer ses proches, ses enfants, mais la plupart ont installé des rituels comme des sas de décompression.»

«En temps de crise», explique la directrice des soins, «l’individuel n’a pas sa place, le collectif prime. Le covoiturage a été interrompu, mais nous avons augmenté les places de parking. Certains ont saisi les opportunités de garde des enfants, d’autres de la cellule psychologique, qui organise des ‘Cafés du bien-être’ où ils peuvent parler, et 60 à 70 soignants utilisent la possibilité mise en place par l’État de dormir à l’hôtel et de s’épargner les trajets. La mobilisation est générale!»

Une cinquantaine de soignants sont prêts à faire fonctionner cet hôpital de campagne en pleine ville. En espérant ne jamais avoir à en ouvrir les portes.