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Le régulateur belge alerte

Henri et Bettel, «stars» de la même arnaque



L’arnaque à l’investissement dans le bitcoin utilise les codes de nos confrères du Quotidien et la confiance que le grand public a dans le Premier ministre, Xavier Bettel, ou dans le Grand-Duc Henri. (Screenshot: Maison moderne)

L’arnaque à l’investissement dans le bitcoin utilise les codes de nos confrères du Quotidien et la confiance que le grand public a dans le Premier ministre, Xavier Bettel, ou dans le Grand-Duc Henri. (Screenshot: Maison moderne)

Le Grand-Duc Henri et le Premier ministre Xavier Bettel auraient donné deux interviews exclusives à nos confrères du Quotidien à propos d’un placement qui affole la place financière. Une arnaque contre laquelle l’équivalent de la CSSF en Belgique a déjà émis une alerte il y a un an.

«Le français, je le parle très mieux que vous et je vous merde!», disait Coluche. Une idée largement reprise par le monde de la cybersécurité, qui retient les fautes d’orthographe et de grammaire comme l’un des premiers moyens de détecter une cyberarnaque. Les deux interviews exclusives que le Grand-Duc Henri et le Premier ministre Xavier Bettel (DP) auraient accordées à nos confrères du Quotidien, et qui ont allègrement circulé sur les réseaux sociaux cet été, ne devraient pas permettre à leurs auteurs de postuler à l’Académie française, mais c’est le cadet de leurs soucis.

Dans cette interview menée par la présentatrice du journal télévisé de RTL Lëtzebuerg, Mariette Zenners, le Grand-Duc explique inviter les Luxembourgeois à souscrire au robot de trading de La Formule Française, qui permettrait «de devenir millionnaire en trois ou quatre mois». «Je suis heureux de l’avoir essayé car c’était littéralement le moyen le plus rapide d’avoir un gain d’argent immédiat», dit encore le chef de l’État. Le texte assure que de grandes personnalités comme Richard Branson, Elon Musk et Bill Gates en profitent allègrement. La version «Xavier Bettel» s’intitule même parfois «Le scandale Xavier Bettel est enfin révélé» ou «Est-ce la fin de sa carrière?».

Rien de tout cela n’est vrai… Sauf que des escrocs tentent de profiter de la crédulité des internautes pour tenter de leur arracher quelques centaines ou milliers d’euros qu’ils ne reverront plus. RTL s’est d’ailleurs fendu d’un démenti sur son site internet, le 12 juillet . La Cour fait savoir qu’elle a signalé ces campagnes à Govcert.lu et à Facebook, où elles étaient principalement diffusées.

Une alerte lancée il y a un an

L’arnaque de La Formule Française tourne depuis avril 2018. Cliquer sur les liens qui figurent sur l’annonce [que nous avons choisi de ne pas ajouter à cet article] n’est pas une bonne idée. Certains internautes affirment que les escrocs viennent d’Israël, nos tentatives pour tirer sur le fil se sont arrêtées en Bulgarie.

Il y a quasiment un an jour pour jour, le 17 septembre 2020, l’équivalent belge de la CSSF, la FSMA, avait publié une alerte devant le nombre d’internautes qui la contactaient pour se plaindre . Comme le régulateur belge, l’Autorité française des marchés financiers tient à jour une liste des arnaques liées aux cryptomonnaies . Le dernier exemplaire est long de trois pages, signe d’un business model qui a encore de beaux jours devant lui.

Ce jeudi, les 6.750 cryptomonnaies listées sur CoinMarketCap avaient une valorisation de 1.910 milliards de dollars. Dont 809 milliards de dollars pour le bitcoin et 351 milliards pour l’ethereum. Les escrocs profitent généralement de la volatilité de l’une des deux pour faire miroiter de gros gains en peu de temps. D’autres, plus discrets et dans une formule beaucoup plus complexe, proposent des monnaies plus exotiques qui ont généralement des départs fracassants en termes de retombées potentielles avant de s’effondrer comme des soufflés sortis trop tôt du four.

Une jauge de l’arnaque

Si, de manière générale, tout placement trop prometteur est douteux par nature, la FSMA a mis en ligne un outil aussi concret que rapide et utile. Neuf questions pour un baromètre de l’arnaque. Voici le résultat que nous avons obtenu avec La Formule Française:

Le résultat du détecteur d’arnaque du régulateur financier belge. (Screenshot: Maison moderne/FSMA)

Le résultat du détecteur d’arnaque du régulateur financier belge. (Screenshot: Maison moderne/FSMA)

Avec bon sens, la FSMA invite à veiller à ce que la société qui est derrière l’investissement soit mentionnée, à vérifier qu’elle ait bien une licence pour le faire auprès de ses services ou des régulateurs financiers, selon le lieu d’installation de la société, à se méfier des clones que l’on peut repérer en regardant attentivement les adresses e-mail ou encore à ne jamais souscrire à une offre par téléphone. Enfin, en cas de problème sur son compte, à prendre contact avec sa banque.

Les NFT, nouveau terrain de jeu

Les tentatives d’escroquerie nuisent à ceux qui font tout pour respecter les règles. Dans son dernier post, Scorechain, start-up luxembourgeoise spécialisée dans le KYC et la lutte anti-blanchiment des cryptos, indiquaient que les deux plateformes qui ont un pied au Luxembourg, BitFlyer et Bitstamp, figurent dans le top 5 des virtual asset service providers, une nouvelle classification de la CSSF .

L’arnaque de La Formule Française n’est plus la dernière imaginée par des escrocs. Comme le raconte The Verge, ce mercredi , ils ont envahi le nouveau domaine très tendance des NFT, ces objets d’art virtuels. Avec une difficulté supplémentaire: comme ces objets sont logés sur une blockchain, ils peuvent être transférés vers des escrocs sans aucun intermédiaire central et réglementé. Un des nouveaux charmes de la décentralisation…