PLACE FINANCIÈRE & MARCHÉS — Banques

Quand la finance luxembourgeoise s’exporte

Le havre suisse de Quilvest



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Stéphane Chrétien gère Quilvest Switzerland, basée à Zurich. (Photo: Quilvest)

Les groupes financiers de la Place étendent leur empreinte à l’étranger pour différentes raisons. Ce mois-ci, rendez-vous à Zurich avec Stéphane Chrétien, le CEO de Quilvest Switzerland, la filiale helvétique de Quilvest Wealth Management.

Depuis la fusion, fin 2010, entre la Compagnie de banque privée (CBP) et les activités de banque privée de Quilvest, le groupe Quilvest Wealth Mana­gement repose sur trois piliers géographiques: le Luxem­bourg, où il est basé, la France et la Suisse.

Installé à Zurich depuis avril 2018, Stéphane Chrétien, le CEO de Quilvest Switzerland, connaît particulièrement bien la maison. Arrivé au Luxembourg en 1989, il a d’abord travaillé 17 ans pour la Société Générale. Mais en 2006, il fait le choix de rejoindre le projet de Marc Hoffmann et Norbert Becker : la création d’un nouvel acteur financier local.

«J’ai donc compté parmi les membres fondateurs de CBP», explique-t-il. Après la fusion avec le groupe Quilvest, il prend, dans le courant de l’année 2011, la présidence de Quilvest Banque Privée à Paris, avant de rejoindre l’entité suisse l’an dernier.

Notre activité bancaire est assez récente, nous n’avons notre licence que depuis 2012.

Stéphane Chrétien,  CEO,  Quilvest Switzerland

Située à Stockerstrasse, dans le quartier bancaire de la grande cité de Suisse alémanique, Quilvest Switzerland se démarque des autres acteurs bancaires par son histoire et ses activités. «Nous nous positionnons surtout en tant que family office», explique son CEO. «Notre activité bancaire est assez récente, nous n’avons notre licence que depuis 2012.»

Créée par la famille Bemberg dans les années 1930, l’entité suisse a donc longtemps servi de family office pour les intérêts de la famille, qui doit sa fortune au développement d’une importante activité brassicole en Argentine.

«Nous n’avons donc pas développé une activité de banque privée classique, comme peuvent en proposer les autres banques suisses», poursuit Stéphane Chrétien. «Notre licence bancaire nous permet surtout de proposer une large palette de services et de produits à nos clients, du conseil en gestion de fortune à l’activité de crédit.»

Histoire de familles

Au départ fondée pour les intérêts d’une seule famille, Quilvest Switzerland en sert aujourd’hui plusieurs centaines et gère environ 8 milliards de dollars d’actifs.

Pour définir ses activités, son responsable cite trois grandes particularités: une cible constituée de très grandes fortunes familiales; l’expertise dans le private equity; et le fait de sélectionner exclusivement des produits de tiers pour des clients internationaux, surtout basés en Amérique latine.

Elle dispose en effet de deux filiales au sein du sous-continent latino­-américain, en Uruguay (Quilvest Montevideo) et au Chili (Quilvest Wealth Management Chile). La première est un family office qui apporte des services localement à des familles sudaméricaines, alors que la filiale chilienne se concentre sur les grandes fortunes locales.

«D’où l’importance pour nous d’être en Suisse», poursuit le CEO. «Les clients latino-­américains, comme ceux du Moyen-Orient, sont très attachés au modèle suisse pour sa sécurité et sa stabilité.»

La banque couvre aussi une certaine clientèle suisse depuis son bureau de Zurich. Mais elle n’envisage pas l’ouverture de nouvelles succursales dans le pays pour s’en rapprocher. Une démarche que Stéphane Chrétien estime plus judicieuse dans le secteur du retail.

Ici, malgré notre appartenance au groupe Quilvest Wealth Management, nous sommes considérés comme une banque suisse.

Stéphane Chrétien,  CEO,  Quilvest Switzerland

De même, il estime que la place du nord du pays reste judicieuse pour les activités de Quilvest. On voit d’ailleurs que certaines banques rapatrient des activités genevoises en bordure du lac de Zurich, où se situent souvent les maisons mères.

Pour l’ensemble de ses activités, Quilvest Switzerland emploie une centaine de personnes, dont 80 au sein de son siège helvétique. C’est évidemment peu par rapport aux 100.000 postes encore occupés dans l’important secteur bancaire du pays.

Mais si la concurrence existe, encore une fois, l’institution l’analyse par rapport aux autres family offices. Et sur ce marché, elle fait con­fiance à son histoire et à sa réputation acquise sur des décennies d’expérience depuis l’installation de la famille Bemberg, qui reste d’ailleurs toujours fidèle à son ancienne structure.

En revanche, le fait d’être reliée à un groupe luxembourgeois n’influence en rien l’activité de la banque. «Ici, malgré notre appartenance au groupe Quilvest Wealth Management, nous sommes considérés comme une banque suisse», note le CEO. «Mais c’était également le cas lorsque j’étais à la tête de Quilvest Banque Privée à Paris. Nous étions alors perçus comme une banque française.»

Ayant longtemps travaillé au Lux­embourg, M. Chrétien est aussi particulièrement bien placé pour comparer les deux grandes places financières.

«On peut dire que, depuis le virage pris par le Luxem­bourg vers les grandes fortunes, elles sont assez similaires. Avec un avantage pour le Luxem­bourg, par rapport à sa large offre de fonds.» Et donc l’avantage pour Quilvest Wealth Mana­gement d’être présente des deux côtés.