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chronique financiÈre

La guerre commerciale: jeu à somme nulle?



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Pour David Seban-Jeantet, «s’il est clair que Chine et États-Unis ont beaucoup à perdre en cas de désaccord prolongé et qu’un dénouement favorable des négociations est de ce fait envisageable, il est difficile de prévoir le temps et le chemin sinueux que cela peut prendre». (Photo: Patricia Pitsch / Maison Moderne / Archives)

La guerre commerciale entre la Chine et l’administration Trump a franchi un nouveau seuil avec une hausse supplémentaire des droits de douane sur les produits chinois et des mesures prohibant le commerce de certaines entreprises chinoises avec les entreprises américaines.

L’opposition entre les États-Unis et la Chine dépasse en réalité la question du déséquilibre commercial et couvre aussi les sujets de propriété intellectuelle et de suprématie technologique, puisque les avancées de la Chine dans ce domaine sont une menace pour l’hégémonie américaine.

L’escalade des tensions sino-américaines, dans un contexte plus large de guerres commerciales initiées par les États-Unis avec ses partenaires, a entraîné une forte correction des marchés financiers. Face à ces craintes, les investisseurs peuvent-ils tirer des leçons des précédents historiques? Et quel éclairage la théorie économique peut-elle apporter sur l’issue de ces événements?

Il est rationnel pour les États-Unis d’augmenter les taxes sur les importations tant qu’ils ne connaissent pas la réponse de la Chine à une telle mesure.
David Seban-Jeantet

David Seban-Jeantet,  CIO,  Société Générale Private Wealth Management

Après la crise de 1929 et face à un net recul du pouvoir d’achat des ménages, les États-Unis avaient mis en place des barrières douanières de 45% sur les importations, ce qui avait rapidement entraîné des ripostes de la part de ses partenaires commerciaux. Le commerce mondial en avait considérablement souffert, avec un recul de plus de 60% des volumes d’échanges.

Alors que le poids du commerce mondial a nettement progressé – les exportations représentent plus de 12% du PIB américain contre moins de 5% à l’époque – et que les chaînes de production sont bien plus intégrées, la poursuite des tensions commerciales pourrait nuire franchement à la croissance mondiale

Sur le plan académique, la théorie des jeux permet de modéliser les actions des agents économiques en situation d’information imparfaite. Il est rationnel pour les États-Unis d’augmenter les taxes sur les importations tant qu’ils ne connaissent pas la réponse de la Chine à une telle mesure. Cette stratégie de jeu non coopératif aboutit cependant à un équilibre non optimal puisque le niveau d’activité en pâtit. Pour trouver une issue favorable, il faut coopérer, ce que M. Trump tente de faire en négociant en parallèle des accords commerciaux bilatéraux.

La situation est délicate pour les investisseurs.
David Seban-Jeantet

David Seban-Jeantet,  CIO,  Société Générale Private Wealth Management

L’important déficit commercial des États-Unis avec la Chine et leur volonté d’asseoir leur suprématie technologique les mènent rationnellement à surenchérir au cours de ces négociations. Si chacune des parties bénéficiait d’une issue rapide à cette guerre commerciale, il ne faut néanmoins pas sous-estimer leur intérêt paradoxal à ne pas coopérer, au moins initialement: seul un risque de perte de richesse significatif peut justifier la collaboration. On comprend donc qu’il est nécessaire de passer par la mise en œuvre de mesures à la fois crédibles et suffisamment menaçantes pour les deux parties pour aboutir à une issue favorable.

La situation est délicate pour les investisseurs: s’il est clair que Chine et États-Unis ont beaucoup à perdre en cas de désaccord prolongé et qu’un dénouement favorable des négociations est de ce fait envisageable, il est difficile de prévoir le temps et le chemin sinueux que cela peut prendre.